Arts

« Hors-champs » Nés de la vague – Christine Labrune à la Galerie David Hicks Paris

« Hors-champs » Nés de la vague – Christine Labrune à la Galerie David Hicks Paris

11 juillet 2013 | PAR Smaranda Olcese

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Le bruit paisible de la mer résonne entre les murs de la Galerie David Hicks. Les compositions au bois flotté de Christine Labrune fascinent par la simplicité d’un geste artistique qui saisit intimement le rythme de vagues, ressac incessant qui charrie une kyrielle d’histoires sur les rives de l’indicible.

Les œuvres de Christine Labrune entretiennent un rapport privilégié avec le temps. Ce temps flottant, insaisissable, des errances à la risée des vagues et la relation forte au paysage qu’il sous-tend, se donne, dans ses compositions abstraites, comme un précieux écrin pour des bribes et prélèvements d’un long moment où le végétal regarde vers le minéral avant de se consommer dans la tourmente des flots. Plus que le mouvement ample de ce temps quasi-géologique, c’est la multitude de temporalités éparses que véhicule chaque petit morceau de bois ciselé par la mer qui donne le vertige.

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La couleur devient ce rivage à la fois hospitalier et instable, toujours sur le point de se dérober. Des tons vifs font ressortir par contraste la douceur subtile de camaïeu du bois poli : un embrasement d’oranges éclatants ou encore la densité électrique d’un bleu Klein ne submergent pas pour autant la matérialité des reliques végétales. Intense et pourtant poreuse, la couleur instillée à la bombe aérosol ajoute parfois une couche de sédiments qui recouvre, tout en le laissant respirer, le bois flotté. L’artiste s’adresse ouvertement à Mark Rothko, à ses « champs colorés », et apporte en guise de réponse humble et sincère, les échos épars et éloignés de ses « Hors-champs » bercés par la mer.

Dans les séries récentes, une tension se fait jour entre l’abstraction et la tentation du paysage. La figuration reste pourtant au stade germinal. L’artiste s’en préserve pour mieux tenir cette position sensible toujours à la lisière d’un alphabet chamanique : braises éteintes, osselets d’animaux imaginaires, accents étranges et esprits de sons et incantations depuis longtemps oubliés, rayons d’énergie enfin qui rompent avec le cadre bidimensionnel pour moduler l’espace. Les morceaux de bois flotté  s’organisent selon des lois secrètes à l’efficacité redoutable.  Dans un geste empreint de patience, généreux, attentionné, Christine Labrune conjugue dans ses œuvres l’expérience rare des rythmes intimes des éléments.

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Des jolis pieds tout l’été…
Smaranda Olcese

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