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Partagez l’hospitalité, le quotidien et les aspirations des habitants de Babi

Partagez l’hospitalité, le quotidien et les aspirations des habitants de Babi

21 mai 2022 | PAR Magali Sautreuil

Babi est doux est une exposition qui nous transporte au cœur de la dynamique et cosmopolite Abidjan. Rendez-vous jusqu’au 28 mai 2022 à Paris, à la 193 Gallery, pour découvrir les différentes facettes de la ville, le quotidien et les aspirations de ses habitants, retranscrits avec finesse et sensibilité par huit artistes contemporains ivoiriens.

Bienvenue à la 193 Gallery pour un tour du monde de l’art contemporain

Cette invitation au voyage est ce qui caractérise la 193 Gallery. Créée en 2018, cette galerie parisienne doit son nom au 193 pays reconnus à l’époque par l’Organisation mondiale des Nations unies (ONU) et à la passion dévorante pour l’art, les voyages et les découvertes de ses créateurs.

Cette passion se ressent dans la programmation culturelle de la galerie, reflet de la diversité du monde de l’art contemporain. Au sein de ses 350 mètres carrés d’exposition, la 193 Gallery met à l’honneur aussi bien des artistes émergents que confirmés des scènes contemporaines locales d’Asie du Sud-Est, d’Afrique, des Caraïbes, d’Amérique du Sud, d’Océanie, d’Europe…

Pour donner à voir au public cette richesse, elle participe également à de nombreux hors-les-murs, en aménageant des espaces d’exposition éphémères et en exposant lors de foires d’art contemporain. 

Babi est doux, un voyage au cœur d’Abidjan

Réalisée sous le commissariat de Roger Niyigena Karera, Babi est doux met à l’honneur huit artistes contemporains ivoiriens : Ezan Franck, Pascal Konan, Aristide Kouame, Ly Lagazelle, Obou, Jean Servais Somian, Cédric Tchinan et Ana Zulma.

Babi est le nom de la ville d’Abidjan en nouchi, un langage populaire. C’est une terre d’hospitalité, d’espérance, mais aussi de contrastes, où les gratte-ciels du petit Manhattan d’Afrique côtoient les quartiers populaires, les marchés aux mille couleurs, le parc naturel national, des attractions diverses et variées…

Ces contrastes se retrouvent dans la diversité des œuvres exposées.

Intelligemment conçue, l’exposition nous donne l’impression de nous promener dans la douce ville de Babi, de rencontrer ses habitants, d’apercevoir leur quotidien et de partager leurs aspirations, à travers quatre thématiques : 

  • La vie urbaine ;
  • La beauté de la nature ;
  • La connexion humaine ;
  • La nature à sauvegarder.

Immersion dans le quotidien des habitants des bidonvilles d’Abidjan

Le sous-sol de la 193 Gallery  est méconnaissable. Le peintre Obou l’a totalement métamorphosé pour témoigner des conditions de vie dans les bidonvilles d’Abidjan.

Le sol est tapissé de cartons avec des mots inscrits en nouchi, un langage populaire, particulièrement utilisé dans les quartiers défavorisés. Sur les murs, des logements de fortune, eux-aussi en carton, dans lesquels la population s’entasse. Certains habitants tentent de préserver un semblant d’intimité grâce aux volets.

Aux murs, deux tableaux, Le Plateau et Treichville Palais des sports, nous montrant notamment le contraste de la vie dans les bidonvilles avec celle sur le Plateau, le centre d’affaires d’Abidjan, là où les gens rêvent de travailler pour avoir une vie meilleure.

L’artiste Obou nous dépeint la misère, le chômage… avec beaucoup de douceur. Malgré des situations précaires, l’ambiance n’est pas du tout morose. Au contraire, elle respire la solidarité et la joie de vivre.

Émerveillement devant la beauté de la nature

Au rez-de-chaussée se dresse une forêt, qui nous rappelle le parc national du Banco, situé au beau milieu de la ville d’Abidjan. Cette forêt est celle du sculpteur, ébéniste et designer, Jean Servais Somian. Elle a été taillée dans des troncs de cocotier morts auxquels l’artiste a redonné vie grâce à l’art.

Réalisée pendant la pandémie de Covid-19, cette série a été nommée Tamara, en hommage à sa défunte mère, Louise Tamara. Cet hommage est davantage visibles sur les deux troncs de cocotier ornés d’hibiscus jaunes et rouges en relief, les fleurs préférées de sa mère, symbole de l’âme, qui amènent de la couleur et de la joie dans nos vies.  

D’autres œuvres de cette série renvoient aux savoir-faire et aux traditions d’Afrique.
Le masque est par exemple agrémenté de perles en bois d’ébène. L’usage des perles est très ancien en Afrique. Elles sont réalisées dans toutes sortes de matériau et ont de multiples fonctions (décorative, religieuse, monétaire, symbole de richesse et de pouvoir, marqueur social et des étapes importantes de la vie…).
D’autres troncs de cocotier sont pourvus d’étagères, qui renvoient aux échelles dogons. Ces échelles, que nous retrouvons en Afrique de l’Ouest et particulièrement au Mali, permettaient d’accéder aux greniers à mil, où les graines étaient entreposées en hauteur, à l’abri des rongeurs. 

Aux côtés de la forêt de Jean Servais Somian se trouve La grande histoire, une série de photographies prises et retravaillées par Ana Zulma. Cette artiste nous relate la vie de ces personnes trop souvent oubliées qui vivent dans le quartier défavorisé de Danga.
Pour mettre en lumière et protéger la mémoire de ces habitants, les photographies ont été protégées dans un écrin en bois de cocotier réalisé par Jean Servais Somian.
Accrochées au-dessus d’un canapé, elles nous rappellent les photos de famille, nous donnant ainsi l’impression d’être les hôtes d’Abidjanais.

Connexion humaine : Nous sommes toutes et tous des enfants de la Terre

Au premier étage, les salles d’exposition sont toujours aussi conviviales, mais plus épurées. Les toiles étant extrêmement colorées et expressives, elles suffisent à habiller l’espace et à captiver notre attention.

Nous avons de suite reconnu la peinture de l’affiche, Chocos de Babi, représentant trois enfants démunis rêvant à un avenir meilleur. Cette toile a été réalisée par Cédric Tchina, dont le style est assez singulier.
L’artiste a développé un langage expressif qui lui est propre, où l’enchevêtrement des lignes donne une impression de gribouillage, tout en laissant transparaître une véritable sensibilité et une sorte de bouillonnement.
Chez ce peintre, la ligne représente ce lien fragile qui nous rattache les uns aux autres. Il nous interroge sur notre relation à autrui et notre but dans la vie, notamment notre recherche de bonheur.

Non loin de là se déploie une série de toiles peintes à l’acrylique par Pascal Konan. Intitulée Le dernier cri, cette série nous interpelle sur les conséquences de l’inaction de l’être humain à sauvegarder son environnement et la planète. Point commun entre toutes ces œuvres : la figuration d’un Homme seul, perdu au milieu d’une foule indifférente, qui gravite autour des astres.  » Si nous ne changeons pas nos comportements, nous risquons de provoquer notre propre chute dans les méandres de l’univers.  » 
Le manipulateur nous met en garde contre celles et ceux qui sont censés nous épauler, mais qui nous emmènent en réalité droit dans le mur. La Liberté nous interroge sur notre libre-arbitre. Sommes-nous réellement maîtres de nos choix ou sommes-nous toutes et tous conditionnés pour penser d’une certaine manière ? Est-il possible de faire abstraction de notre environnement et du système dans lequel nous vivons pour développer une réflexion singulière ? Enfin, Seul face au monde, nous renvoie au sentiment de solitude paradoxal que nous pouvons ressentir, alors que nous sommes entourés de gens et submergé par tout un tas de pensées. 

Nature à sauvegarder : Nous n’avons pas de planète B…

Dans une petite salle au premier étage, aménagée comme un salon d’été, les tapisseries d’Aristide Kouame nous rappellent la nécessité de protéger ensemble notre Terre.

Ces tapisseries s’inscrivent dans une longue tradition d’art du recyclage, puisqu’elles sont réalisées avec des tongs usagées, retrouvées notamment aux bords des plages.

Une fois lavées et désinfectées, elles sont collées sur une surface apprêtée. Sur ces tongs, sont cousus des visages et sont inscrits des mots en français, en anglais, en nouchi, en baoulé, comme autant de traces de notre présence en ce monde et un lien qui unit les êtres humains.

En donnant une seconde vie à ce qui a été rejeté, l’artiste en appelle à notre responsabilité dans la lutte contre les déchets et la pollution de notre environnement. L’avenir de la planète passera, entre autres, par la réduction et le recyclage de nos déchets. 

Que ce soit dans leur titre ou leur intention, les œuvres d’Aristide Kouame, Human Race 2, On est ensemble, All together…, nous rappellent que nous vivons toutes et tous ensemble, sur une même planète. Et qu’importe ce que l’avenir nous réserve, nous devrons l’assumer ensemble.

Babi est doux, exposition collective réunissant huit artistes de la scène ivoirienne, sous le commissariat de Roger Niyigena Karera, organisée à Paris, à la 193 Gallery, du 17 mars au 28 mai 2022.

Retrouvez l’actualité de la 193 Gallery sur son site Internet (ici) et sur sa page Facebook (ici).

Visuels : Photographies de Magali Sautreuil et affiche officielle.

Infos pratiques

Musée de l’Hospice Saint-Roch
La Cascade – Pôle national cirque
Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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