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« Velazquez » : l’événement au Grand Palais

« Velazquez » : l’événement au Grand Palais

25 mars 2015 | PAR Géraldine Bretault

Velázquez ne s’est jamais rendu à Paris, de sorte que sa découverte par les Français fut tardive. Il faudra attendre les guerres napoléoniennes puis l’ouverture au public du Prado, en 1819, pour que sa réputation franchisse les frontières. La rétrospective du Grand Palais est donc un événement.

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Velázquez est-il le plus grand peintre de tous les temps ? La question a été maintes fois posée, tant son influence sur les générations ultérieures a été grande. Manet sera par exemple subjugué par la manière dont le Maître dépouille ses arrière-plans pour faire circuler l’air autour de ses figures. Ayant admiré cet effet dans le Portrait du bouffon Valladolid, il le reprendra par la suite dans son célèbre Fifre.

L’exposition du Grand Palais pose la question avec une grande intelligence : on y découvre à la fois la virtuosité du peintre, dont les portraits sont véritablement à couper le souffle, tout en appréhendant avec beaucoup de subtilité les épineuses questions d’attribution.

Citons le cas du principal assistant de Velázquez, Juan Bautista Martinez del Mazo, qui fut aussi son gendre (une salle entière lui est consacrée en fin de parcours) : longtemps, les toiles du Maître jugées de moindre facture lui étaient systématiquement attribuées. Aujourd’hui, les progrès des analyses scientifiques et les études historiques permettent de revenir sur certaines attributions passées. Vers la fin de sa vie, les charges royales de Velázquez étaient en effet si lourdes que son atelier exécutait une bonne part des commandes, grâce à des poncifs et des modèles préparés par le peintre. Pour d’autres toiles au contraire, les documents sont très rares, et les spécialistes continuent de débattre en analysant les apprêts utilisés, la facture, la palette.

Mais revenons au parcours lui-même : après une introduction autour de l’atelier de Pacheco, qui forma le jeune Velázquez, la progression est chronologique tout en ménageant quelques arrêts thématiques, comme par exemple la salle dédiée aux influences caravagesques, où le visiteur peut comparer les toiles venues d’Italie qui ont pu inspirer Velazquez et observer sa propre réponse sur le même thème.

Les deux voyages en Italie sont aussi mis en valeur, et permettent de sentir très clairement combien la découverte des antiques conjuguée à l’influence des recherches de Poussin et du Lorrain ont conduit Velázquez à éclaircir l’apprêt de ses toiles et à libérer son coup de pinceau. Certaines toiles peintes lors de ces séjours, comme la Vue du Jardin de la villa Médicis, sont aujourd’hui considérées à raison comme des jalons de l’histoire de la peinture de paysage.

Enfin, le choix de présenter d’autres artistes que Velázquez en regard de ses toiles afin de situer le contexte intellectuel et artistique dans lequel il évolue permet de se plonger dans l’atmosphère du Siècle d’Or, et de mieux cerner l’apport de Velazquez dans un genre aussi codifié que le portrait royal. Et d’un portrait d’infante à un autre, voici une savoureuse occasion de relire l’histoire européenne au gré des alliances matrimoniales, dont l’enjeu était éminemment politique…

 

Visuels : toutes œuvres Diego Velazquez
Autoportrait © Museo de Bellas Artes, Valence
La toilette de Venus© The National Gallery
Un cheval blanc © Patricmonio Nacional
Balthasar Carlos et son nain © Museum of Fine Arts, Boston
Portrait du pape Innocent X © Amministrazione Doria Pamphilj sr
La tunique de Joseph © Real Monasterio del Escorial
Portrait de Pablo de Valladolid © Museo Nacional del Prado

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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