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Un été avec Leila Alaoui, agnès b., Keith Haring et Anselm Kiefer chez Lambert, à Avignon

Un été avec Leila Alaoui, agnès b., Keith Haring et Anselm Kiefer chez Lambert, à Avignon

06 juillet 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La Collection Lambert présente dès aujourd’hui quatre expositions majeures autour de quatre noms : Leila Alaoui, agnès b., Anselm Kiefer et Keith Haring. Un rendez-vous indispensable à prendre en plein Festival d’Avignon. Un été à la Collection Lambert est jubilatoire.

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Tout commence avec Leila Alaoui, assassinée le 18 janvier 2016 à Ouagadougou. Il faut lire les mots de sa sœur, Yasmina Alaoui, qui pardonne, qui se met à la place du tueur. Qui comprend. C’est fou, c’est frissonnant. Et devant nous, des visages, ceux de la série Les Marocains, sur fond noir. Troublants.

Ils témoignent tous du talent de cette artiste morte bien trop tôt. Elle disait la misère avec sa série « No Pasara » où la jeunesse semble crever à trop attendre que l’horizon se rapproche.

Ce qui est fou, encore plus fou, c’est que agnès b. a acheté récemment une oeuvre issue de la série Les Marocains. Alors quand Eric Mézil, le directeur de la Collection Lambert a vu cela il a fallu se poser les bonnes questions. Se confronter aux 5000 pièces que comptent la « collection agnès b. ». Oui des guillemets sont posés car elle ne se reconnait pas collectionneuse. Elle fonctionne aux coups de cœur. Alors Eric Mézil a étalé, rangé, classé et thématisé : « Vive l’Afrique ! »,  « Eclectique » « Mes héros »… Et là c’est le festival, la découverte d’un monument. Il faut réaliser que seuls 10% de sa collection sont montrés ici pour imaginer la montagne qui se cache. Celle qui fut tant influencée par Yvon Lambert et qui dirige la Galerie du Jour, héritée de Jean Fournier, accumule les anciens et les modernes, les stars et les inconnus.

Partout son rapport à la jeunesse éclate : dans son choix d’œuvres africaines, hyper engagées, comme dans la toile de Cheri Samba Le commun des politiciens sur l’argent détourné ou La nuit de noël de Malick Sidibé (1965), une scène de danse, classique, mais impensable aujourd’hui à cause du salafisme, tout comme dans l’époustouflante vidéo de Douglas Gordon, compagnon de route d’agnès b., où l’on voit un concert des Smiths étiré, ralenti et muet, diffusé dans l’écrin de la salle Sol Lewitt.

Il y a surtout la naissance du statut d’agnès b. comme collectionneuse. On reste bouche-bée devant les encres de Warhol, ces dessins de jeunesse qui illustrent les états d’âme des adolescents. Il y a des Nan Goldin, des Brassaï, un Calder, deux Hantaï… C’est fou. C’est tourbillonnant. L’exposition occupe une importante part de la grande et lumineuse Collection Lambert et témoigne d’un goût très éclectique, qui va du street art à la peinture conventionnelle. On croise Basquiat en train de peindre. C’est fou.

Ce qui est encore plus fou, c’est que ce n’est pas tout. A l’occasion des 40 ans du Centre Pompidou, la Collection Lambert tourne autour de l’oeuvre, ou plutôt de la série d’œuvres qui composent La vie secrète des plantes d’Anselm Kiefer. Un parcours qui circule sur les routes écologiques et politiques de Joseph Beuys, Wolfgang Laib et Lothar Baumgarten pour croiser la mémoire de Kiefer, tracé au plomb de la cathédrale bombardée de Cologne. Préparez-vous à un choc. Un vrai choc qui emballe le cœur. Sous la verrière, La vie secrète des plantes se déploie. 10 toiles magistrales où la guerre et la vie se chevauchent.  Nous voici à Barjac, là où Kiefer faisait vivre son couloir. Lumière et espace sont les mêmes. C’est fou.

Si vous tenez bon, et que vous n’avez pas peur de pleurer en public, alors, montez. Préparez-vous. Un shoot de Keith Haring, qui transcende la mort pour la mettre en couleur. Qui rappelle ce qu’être séropo en 1990 voulait dire. Les formes et les couleurs explosent, le street art si cher à agnès b. résonne ici. Et les frères de la rue,  Basquiat et Haring, peuvent se parler de nouveau. L’un est photographié par Wharol, l’autre rend Saint Sebastien funky.

L’expo la plus ambitieuse et la plus branchée du moment est chez Lambert à Avignon. Go.

Crédits : ©

Anselm Kiefer :  La vie secrète des plantes, 2001-2002, branchage, gesso, fil de fer, plomb, toile, 380 x 1500 cm, détail n°1- Crédit photo : (c) Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. RMN-GP

Leila Alaoui  Sans titre, de la série « No Pasara », 2008. Impression à jet d’encre Crédit photo : (c) Fondation Leila Alaoui  & GALLERIA CONTINUA, San Giminiano/ Beijing/ Les moulins /Habana

Keith Haring , Sans titre, untitled 1987, acrylique sur aluminium, 120,5 x 82,5 x 56 cm, ©K. Haring 1987

Infos pratiques

Galerie Claire Corcia
Centre d’Art Caumont à Aix-En-Provence
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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