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« Poussin et Dieu », « La fabrique des saintes images » : le XVIIe siècle sacré revisité au Louvre

« Poussin et Dieu », « La fabrique des saintes images » : le XVIIe siècle sacré revisité au Louvre

01 avril 2015 | PAR Yaël Hirsch

A quelques jours de Pâques et en résonance avec l’exposition Velasquez du Grand Palais (voir notre article) le Louvre déploie « l’invincible iconophilie du christianisme » (Mickaël Szanto, commissaire) dans son Hall napoléon : l’exposition La fabrique des saintes images interroge la manière dont la contre-réforme a affirmé la représentation du sacré en France et en Italie; en vis-à-vis l’exposition Poussin et Dieu célèbre le 350ème anniversaire du Raphaël français à travers une centaine de ses œuvres, toutes à thèmes sacrés. Un parcours fervent, patient et coloré, à découvrir jusqu’au 29 juin.

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La Fabrique des saintes images est une exposition assez pointue, constituée de pas mal d’esquisses et de dessins, mais aussi de toiles magistrales comme La Sainte face et Le Christ mort de Philippe de Champaigne ou le Christ au Roseau de Guido Reni (1640). Elle montre comment, là où a vécu Poussin (à Rome, mais aussi et surtout en France), le Concile de Trente a inspiré les artistes catholiques à continuer de plus belle à représenter les images sacrées, dans la tradition d’un sauveur qui s’est fait chair, sueur, peau et eau. Et qui donc permet la représentation. Au long du chemin des saints, ds crucifixions et de cette affirmation de la représentation, l’on redécouvre notamment la manière française de fabriquer des images sacrées après la Réforme avec des oeuvres de Philippe de Champaigne, Charle Le Brun, Laurent de la Hyre et Simon Vouet.

Côté Poussin (1594-1605), l’exposition est également méditative et les deux commissaires de l’exposition, Nicolas Milovanovic et Mickaël Szanto, disent avoir conçu la scénographie exprès pour qu’on s’arrête posément sur chaque toile. En une centaine d’œuvres sacrées – dont 63 peintures- l’on découvre une face moins connues du grand peintre Français qui a longtemps vécu à Rome,avec des commandes de mécènes français (Paul Fréart de Chanteloup) et italiens (Cassiano del Pozzo). Pour cette première grande exposition Poussin au Louvre depuis 1960 qui commence sur un autoportrait du peintre, le thème choisi est celui de l’art religieux. Ce n’est pas l’aspect le plus connu de l’oeuvre de Poussin, fasciné par la mythologie et la Grèce.

Forte du contexte posé par La Fabrique des saintes images, l’exposition se donne donc pour agenda de nous démontrer que Poussin inscrit son art dans un sillon catholique et dans une tradition chrétienne éclairée qui permet à la représentation de fleurir. La démonstration s’opère de manière pleinement thématique (et l’on regrette même parfois que les dates des œuvres ne figurent pas sur leurs cartels), où des commandes profondément catholiques comme les peintures de Sept sacrements où la thématique du Christ (d’ailleurs plus sous son aspect charismatique que martyre ou souffrant, montre l’exposition) prennent toute leur importance.

Mais l’exposition va plus loin et montre que les thèmes mythologique correspondent en fait à un désir très chrétien de synthèse (dans les cartels, Orphée et Eurydice deviennent le symbole des noces mythiques de l’âme au Christ!) et que la fascination de Poussin pour la figure de Moïse (magnifique salle!) ne doit rien à l’Ancien Testament et tout à la manière dont, chez Poussin, Moïse préfigure le Christ. Et ses fameux paysages ou saisons (qu’on avait vus sous un autre jour à la magnifique exposition Nature et idéal au Grand Palais, voir notre article) deviennent des symboles de paradis perdu avec le péché originel.

Si, par delà le message un peu forcé, on se laisse porter par la sensualité de Nicolas Poussin, l’on parvient bien à sentir le climat spirituel qui s’en dégage. Tout est réuni dans cette riche exposition pour qu’on fasse vraiment la rencontre du peintre : les toiles venues de plusieurs grands musées en Europe et les fonds verts des murs qui révèlent les couleurs, sortent Poussin de son cadre académique pour communiquer l’émotion qui se dégage de son art.

visuels :  Nicolas Poussin, Le Paradis terrestre ou Le printemps, Musée du Louvre (c)RMN Le Grand palais (Musée du Louvre) Stéphane Maréchalle.

Infos pratiques

Théâtre de la Mackellerie
Galerie Polka
Musée du Louvre

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