Expos
Paysages Pays Sages au 100ecs : empreintes d’une nature fragile

Paysages Pays Sages au 100ecs : empreintes d’une nature fragile

16 février 2020 | PAR Christophe Dard

Jusqu’au 29 février 2020, l’Etablissement culturel et solidaire dirigé par Frédéric de Beauvoir et situé dans le 12ème arrondissement de Paris propose une sélection de paysages réalisés par 32 artistes. Dessins, peintures figuratives et abstraites, sculptures… l’exposition présente les innombrables visages d’une nature à l’écoute de ses éléments mais qui prend peur face aux accablantes menaces dont elle est victime.

 

Johanna Perret, Areu, huile sur papier, 43 x 29,5 cm, 2018

 

Il a fallu un an de travail à Nathalie de la Grandville, peintre et commissaire d’exposition, pour concevoir Paysages Pays Sages, sur un texte d’Emmanuel Adely, choisir les artistes et une à deux oeuvres pour chacun et déterminer les emplacements pour créer une harmonie entre les motifs, les styles et les différents supports. Mais Nathalie de la Grandville a de quoi être satisfaite du résultat car Paysages est une réussite totale. Imaginée autour des quatre éléments (l’eau, la terre, le feu et l’air), l’exposition transforme le 100ecs en un planisphère jalonné de scènes oniriques, bucoliques ou dramatiques, avec à l’horizon cette obsédante question pour le spectateur/voyageur: quel avenir pour la nature ?

 

Brankica Zilovic, Réminiscence of the Mountain, photo, fil, feuilles d’or, béton, 21 x 14 cm (courtesy Galerie Laure Roynette)

 

La végétation tient une place très importante dans Paysages Pays Sages. Plantes grimpantes et arbres, isolés ou au cœur du territoire des animaux sauvages, ces totems peuvent être fiers et solides à l’instar du noyer de Christophe Abadie et du Grand chêne du Val Perdu de Alexandre Hollan, des interprètes de contes et de légendes en forêt de Brocéliande comme dans l’étude sur papier réalisée « sur le motif » par Isabel Aguera ou cachent, à l’ombre de leurs branches, des vies marginales. Nicolas Alquin, qui travaille le bois, la cire d’abeille et l’encre, revient aux sources d’une humanité presque préhistorique et vertigineuse de sincérité tandis que Michel Pelloille hisse de grands jardins fantasques et imprévisibles sur la dernière poésie que pourraient nous conter leurs fleurs. Maël Nozahic saisit dans Jungle dream une forêt tropicale à la végétation luxuriante dans laquelle évoluent des espèces rares et menacées dont les robes colorées se conjuguent à un ciel rose et violet.

 

Maël Nozahic, Jungle dream, huile sur toile, 50 x 40 cm, 2018

 

Justement… le ciel, ce besogneux employé de l’air, est lunatique. Il est apaisé et sans nuages (c’est le cas dans le très pur et serein Areu de Johanna Perret, paysage dans lequel la montagne voilée par l’épaisseur de la pollution du ciel devient une sorte de mirage) ou troublé et menaçant. Le ciel accueille les sommets des montagnes émergées de la terre et les rêves des hommes tel que Manuel Páez l’a imaginé dans sa très poétique huile réalisée sur une toile de lin.

 

Manuel Páez, Le rêve, huile sur toile de lin, 35 x 27 cm, 2016

 

Les ciels se reflètent aussi dans l’eau et se confondent, chez Laurent Sébès et dans la Mer de Chine vue du hublot de Sophie Sainrapt. Les paysages maritimes inspirent de nombreuses compositions. L’eau serpente dans les cascades de Yann Bagot, constitue une mer tissée d’écume dans Clameur obscure de Franco Salas Borquez et Anne Lemaître la représente tourmentée en Bretagne et paisible dans un fjord islandais, l’Islande qui inspire aussi Lionel Guibout dans Endless Landscape.

 

Anne Lemaître, Nordhurfjordhür, huile sur toile, 22 x 16 cm, 2018

 

Les oeuvres évoquant le feu rappellent les origines de l’humanité, l’un des premiers gestes effectué par l’homme, garant de sa propre survie et premier pas vers l’activité industrielle. L’étincelle de Guillaume Montier, qui a davantage l’envergure d’un brasier, étend ses flammes vers un ciel d’encre, semblable à celui de Thomas Ivernel où les dernières lueurs baissent la garde sous les assauts de la nuit qui a déjà donné rendez-vous aux rêves pour s’occuper.
Mais le feu renvoie aussi à l’une des conséquences du réchauffement climatique. Until the quiet comes de Jérémie Martino, dont le titre est ironique par rapport à la scène représentée, une forêt en proie aux flammes, est une toile qui ravive à l’esprit les terribles images des incendies en Australie, en Californie ou en Amazonie.

 

Jérémie Martino, Until the quiet comes, huile sur toile, 95 x 60 cm, 2019

 

De fait, Paysages Pays Sages est également l’évocation d’une planète qui change sous l’effet de la néfaste main de l’homme ainsi que le démontrent par exemple la céramique Marée noire de Alain Gaudebert, Mer d’Aral, une sculpture en acier électrozingué et en béton née de l’imagination de Sylvie de Meurville et la toile Night de Filip Mirazovic .

 

Filip Mirazovic, Night, huile sur toile, 61 x50 cm

 

A défaut de chercher à concevoir une exposition militante et engagée, Nathalie de la Grandville nous rappelle que les milieux vivants doivent être respectés et protégés.

Christophe Dard

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Paysages Pays Sages
Jusqu’au 29 février 2020
Le 100ecs- Etablissement culturel solidaire
100 rue de Charenton 75012 Paris
100ecs.fr

Les Passagers de l’aube de Violaine Arsac : une jolie romance chez Nostradamus.
« L’interview d’enfer » avec Maxime d’Aboville !
Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture. Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *