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Munch, Goya et Rops côtoient l’artiste Sud-Coréen Chun Kwan Young au Museum de Reede [Anvers]

Munch, Goya et Rops côtoient l’artiste Sud-Coréen Chun Kwan Young au Museum de Reede [Anvers]

05 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Pinacothèque dédiée à exposer une collection privée de 150 dessins datés du 18e siècle à nos jours, le Museum de Reede a ouvert ses portes en juin 2017, entre le port d’Anvers et la Cathédrale. Alors que l’exposition inaugurale Munch, Goya et Rops est encore à voir, elle côtoie depuis le 27 octobre 2017 des œuvres abstraites et colorées de l’artiste Sud-Coréen Chun Kwan Young. Une visite qui s’apparente à une expérience de pinacothèque à l’ancienne et où il s’agit de faire des liens actifs entre les œuvres.

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Conçu par le Antwerps Architecten Atelier et datant de l’année 2000, le bâtiment mi-industriel, mi-cocon précieux du Museum de Reede invite à l’errance et à la concentration. C’est par un petit escalier et dans une pénombre protectrice qu’on arrive aux précieux dessins. Côté Goya, les gravure sont sont toutes là : les caprices, les désastres de la guerre et les disparates. Plus ou moins rassemblées, elles s’étalent sur les murs et sur une table dès l’entrée de l’étage d’exposition de cette pinacothèque un peu baroque qu’est le Museum de Reede : un écrin d’une architecture exquise aux bois chaleureux et à la pierre noble, qui laisse libre de regarder et de rêver.

En face des sublimes Goya, tellement effrayants mais aussi fascinants sur la nature humaine, nous sommes invités à contempler des dessins de tailles diverses de Munch. Certains sont des ébauches pour des tableaux célèbres (la fameuse Madonna, par exemple), d’autres des bijoux qui mettent surtout en avant les femmes et leurs courbes de sirènes. Un choix sensuel des collections qui n’empêche pas éros et thanatos de cohabiter (comme toujours chez Munch) par exemple quand « Les doigts » pointent nombreux vers une ravissante femme nue.

Plus haut, on passe presqu’au cabinet de curiosités pour retrouver certains dessins croustillants de l’enfant du pays : Félicien Rops. Il y a l’indépassable Femme au cochon, mais aussi des allégories assez puissantes et teintées de fois et de blasphème qui mettent en scène l’âge qui passe et les écueils de la chair et de la séduction. Si les corps des femmes comme essence du beau fait écho à Munch, le catholicisme fort d’un dessin comme « Le calvaire » (1882) grince sur une notre plus proche de Goya.

Entre les Goya, les Rops et les Munch, l’œil slalome avec joie, et tombe parfois sur une sculpture en relief et colorée de Chun Kwan Young. Abstrait, méditatif et comme en harmonie avec le monde, son travail est l’exact complémentaire des dessins très humains et très tourmentés des rois maîtres européens. Alors qu’une salle lui est dédiée en bas, où l’on se familiarise aussi avec son travail plus bidimensionnel, ses installations semblent apporter lumière, paix et peut-être même perspective à la riche partie des collections exposées à l’étage. Une « harmonie chaotique » réussie avec un artiste à découvrir comme un continent et trois maîtres à redécouvrir d’urgence.

Visuel : affiche de l’exposition

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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