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Marina Ferretti nous parle de l’exposition Manguin, la volupté de la couleur

Marina Ferretti nous parle de l’exposition Manguin, la volupté de la couleur

28 juin 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Marina Ferretti, commissaire de l’exposition Manguin, la volupté de la couleur, qui aura lieu du 14 juillet au 5 novembre 2017 au Musée des impressionnismes Giverny, a accepté de nous parler des temps forts de ce rendez-vous incontournable de l’été et de l’automne.

Le titre parle de lui-même, alors, comment l’exposition va-t-elle parler de la couleur ?

Nos visiteurs le comprendront d’emblée, parler de couleur va de soi quand on aborde l’oeuvre d’Henri Manguin. Car suivre son évolution artistique, c’est explorer sa progression dans le traitement de la couleur. Dès l’époque où il peint ses premières oeuvres, nous le voyons sensible et inventif dans le choix de ses harmonies chromatiques. Il privilégie les tons clairs qu’il traite souvent en aplats, en limitant les mélanges. Puis, dans la section consacrée aux années fauves, la couleur gagne en intensité, les tons purs sont juxtaposés avec une étonnante liberté et la force des contrastes remplace les effets de perspective, de volume ou de modelé traditionnels. Ces tableaux qui ont à nos yeux une séduction immédiate ont créé un véritable effet de scandale en 1905. Dans le meilleur des cas, on leur a reconnu une somptuosité barbare. Le plus souvent on s’en est simplement détourné, les jugeant maladroits.
Après cette période « incandescente », nous voyons Manguin questionner l’oeuvre de Cézanne. Dès 1904 celui-ci avait confié qu’à ses yeux le dessin et la couleur n’étaient pas distincts et il avait synthétisé sa pensée en une formule célèbre : « Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude ». Manguin focalise toujours son art sur la couleur, mais il revient alors à des accords moins éclatants où dominent les ocres, les bleus et les verts.

Pour vous était-il évident qu’il fallait prendre l’oeuvre de Manguin par ce fil ?

Au musée des impressionnismes Giverny, il nous a paru logique de focaliser l’exposition sur la période fauve, trop méconnue encore. Ainsi, nous le voyons opérer une véritable révolution, que nous retrouvons chez l’ensemble des peintres fauves en France, mais également chez leurs épigones de Die Brücke ou du Blaue Reiter en Allemagne. Cela commence par une restitution de type impressionniste, observée, de la nature qui est progressivement remplacée par une vision plus individualisée, arbitraire. Dès lors, l’art n’est plus dans le rendu d’une sensation suscitée par le spectacle donné, il est dans l’affirmation d’une liberté et, mieux encore, dans la mise en avant des moyens d’expression du peintre : la toile, la couleur, le geste créateur. Monet ne fait pas autre chose quand, à la même époque, il s’émancipe du paysage impressionniste pour entreprendre l’élaboration du cycle des Nymphéas.

Quels sont les temps forts de cette exposition ? Comment avez-vous choisi les oeuvres phares ?

Nous avons voulu raconter, de tableau en tableau, l’histoire de cette libération définitive de la couleur, dans l’oeuvre d’un artiste qui a pleinement participé à la première des avant-gardes du XXe siècle. Pour cela, il fallait montrer un ensemble consistant de sa production, afin de proposer une logique d’évolution individuelle et montrer que Manguin n’est pas seulement l’homme de quelques rares réussites, aux franges de l’avant-garde. Si La Gitane peinte par Manguin n’a pas la violence que le même modèle à inspiré à Matisse, certaines oeuvres comme Les Gravures anticipent les odalisques plus tardives de celui-ci. Chaque section comporte ses tableaux phares. Retenons Jeanne à la rose et La Petite Italienne pour les débuts. Nous sommes fiers d’avoir pu réunir la plupart des cinq tableaux présentés par Matisse au Salon d’Automne de 1905. Il ne manque que La Sieste, vu récemment au musée Marmottan à l’occasion de l’exposition de la collection de la Villa Flora et exposé en ce moment à Bâle. Nous sommes heureux enfin d’avoir pu achever le parcours avec Les Osselets : au-delà d’un hommage à Cézanne, bienvenu au musée des impressionnismes, cette ample et sereine composition donne toute sa mesure au retour de Manguin à un art plus médité.

Quelle est la part des tableaux de Manguin dans les collections permanentes ?

Malheureusement, les tableaux de Manguin appartenant aux collections nationales se comptent sur les doigts d’une main… et c’est à notre avis la raison pour laquelle il reste largement méconnu. Nous avons donc fait appel à de nombreuses collections particulières, notamment celles des descendants du peintre et des héritiers de ses premiers collectionneurs comme les Hahnloser ou les Couturat.

Parlez-moi des propositions faites pour le jeune public ?

Elles sont nombreuses et nous nous efforçons de les rendre attractives et variées. Un livret-jeux destiné aux 7-12 ans est distribué gratuitement à l’entrée et la Galerie des petits propose des activités ludiques sur le thème de la couleur au cœur de l’exposition. Il y a aussi un programme de visites ateliers en lien avec le thème de l’exposition, avec initiation au dessin ou au pliage. Sans oublier les ateliers en famille qui réunissent les enfants et leurs parents.
Rappelons enfin que nous avons prévu un forfait famille (une entrée offerte pour trois billets achetés).

Du 14 juillet au 5 novembre au Musée des impressionnismes Giverny, 99 Rue Claude Monet, 27620 Giverny

Horaires et accès sur le site du Musée.

Visuel : ©Fabrice Lepeltier

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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