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Les Extatiques et la défense du vivant

Les Extatiques et la défense du vivant

29 juin 2022 | PAR Laetitia Larralde

Le festival des Extatiques revient entre la Seine Musicale et l’esplanade de la Défense avec douze artistes regroupés autour du thème du vivant. Promenades au fil de la Seine.

Pour sa 5ème édition, Les Extatiques changent de directeur artistique : à Fabrice Bousteau succède David Moinard, qui travaille sur l’art dans l’espace public depuis plusieurs années, notamment via le Voyage à Nantes. Pour « révéler le génie des lieux » de la Seine Musicale et de l’esplanade de la Défense, il a choisi de s’appuyer dur la Seine, le trait d’union naturel entre les deux sites. Ce corridor écologique qui relie un lieu de culture à un lieu d’économie a donné le thème de la saison au festival : le vivant.

Le parcours est pensé comme le flux d’une rivière, nous emmenant d’un artiste à l’autre, d’un lieu à l’autre, et reliant les œuvres entre elles. Aux douze artistes de cette édition s’ajoute Jean Jullien, l’illustrateur auteur de l’affiche, qui crée une œuvre nomade augmentant encore le territoire du festival. Celui-ci a déjà commencé à s’étendre, investissant Courbevoie et son festival Les Mots libres avec des œuvres de Marcus Coates et Mattia Paco Rizzi.

Côté Seine

Autour de la Seine Musicale, cinq artistes ont installé leurs œuvres, dont deux sont également présents à la Défense : Elsa Tomkoviak et Marcus Coates. Sur les deux sites, Marcus Coates déploie son Nature calendar sur les panneaux d’affichage digital des villes. Se mêlant aux informations courantes, il diffuse les actualités de la nature de la région parisienne qui autrefois rythmaient l’activité humaine. Par ces données un peu abstraites, il redonne une visibilité à la biodiversité environnante en la formatant sur le modèle des informations urbaines.

Les installations d’Elsa Tomkoviak sont peut-être celles à la démarche la moins convaincante. Elle habille les contremarches des escaliers de dégradés de peinture de couleurs vives représentant le spectre lumineux, accompagnant ainsi la déambulation, mais le lien au vivant est ténu. Sa Suite homochromique installée sur la passerelle diffuse quant à elle une odeur de pétrochimie bien trop présente pour se relier à la nature.

Victoria Klotz représente par ses sculptures une série d’animaux commensaux (qui viennent chercher gîte et nourriture auprès des hommes) dispersés sur le site. Ses Hôtes du logis nous montrent que la ville est un habitat comme les autres pour les animaux, comme les confinements nous l’on rappelé. Quand l’homme n’est plus là, les autres espèces reviennent occuper l’espace. Dans le jardin, nous retrouvons deux sculptures mêlant artificiel et naturel. Henrique Oliveira plante un tronc d’arbre noué dans la pelouse fabriqué à partir de déchets de bois du bâtiment, rendant à la nature un matériau transformé par l’homme, et brouillant les limites entre fabriqué et naturel. Marie Denis, quant à elle, crée un être hybride métallique entre hommage à Louise Bourgeois, araignée feuillue et pissenlit tranchant.

Côté Défense

Le parcours sur l’esplanade est délimité par les deux bassins, au milieu de la collection déjà importante d’art contemporain de la Défense. Chacun des bassins accueille une œuvre caractérisée par sa matière : dans le bassin Takis Jan Kopp crée des sculptures d’air et de bulles comme une respiration aquatique, et devant la fontaine Agam Gloria Friedmann dresse une sculpture de terre en réponse à la sculpture La défense de Paris. Se plaçant lui aussi en lien avec une sculpture de l’espace public, Ugo Schiavi transforme un moulage en résine d’une partie de l’oeuvre de Jules Dalou de la place de la Nation en ruine reconquise par la nature. L’œuvre mute avec le temps qui passe et finira par disparaître sous la végétation.

Abraham Poincheval présente également une armure de chevalier où une végétation métallique gagne du terrain, le vivant devenant son propre outil de protection. Le collectif Coloco s’attaque aux dalles de la Défense en installant un jardin qui semble avoir surgit de sous les épaisseurs de béton, recolonisant le minéral. Enfin, Franck Gérard a cherché la place de l’humain dans ce quartier dominé par les tours de bureaux. Après trois semaines de résidence à la Défense, il nous révèle les différentes strates du quartier, sociales et urbaines, par une série photographique de petites scènes drôles et poétiques.

Cette nouvelle édition des Extatiques décale son environnement et amène un peu de vivant au milieu du béton de la Défense. Après la nature, les humains viendront peut-être recoloniser ce territoire.

Les extatiques
Du 22 juin au 02 octobre 2022
Esplanade de Paris La Défense – La Seine Musicale, Boulogne Billancourt

Visuels : 1- Henrique Oliveira, Desnatureza 5, 2022, Extatiques juin 2022 © Paris La Défense ; Hauts-de-Seine, Crédit photo : Martin Argyroglo / 2- Marcus Coates, Nature Calendar, 2022, Extatiques juin 2022 © Paris La Défense ; Hauts-de-Seine, Crédit photo : Martin Argyroglo / 3- Ugo Schiavi, Soulèvement-Effondrement, 2018-2022, Extatiques juin 2022 © Paris La Défense ; Hauts-de-Seine, Crédit photo : Martin Argyroglo / 4- Victoria Klotz, Les hôtes du logis, 2013, Extatiques juin 2022 © Paris La Défense ; Hauts-de-Seine, Crédit photo : Martin Argyroglo / 5- Elsa Tomkowiak, OUT/ Codalema (les rayons), 2022, Extatiques juin 2022 © Paris La Défense ; Hauts-de-Seine, Crédit photo : Martin Argyroglo

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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