Performance
Mo’s de James Thierrée, sentiment étrange mais pas nécessairement pénétrant

Mo’s de James Thierrée, sentiment étrange mais pas nécessairement pénétrant

29 juin 2022 | PAR Pascal Gauzes

Jamais là où on l’attend, James Thierrée propose dans Mo’s une forme de concert ultime d’un groupe composé de son homme-orchestre, de chanteurs, de musiciens et de danseurs. Une proposition sur le papier, et même à première vue sur scène, très alléchante, mais dont la dimension brouillonne et très autocentrée casse la magie, qui ne demande pourtant qu’à opérer.

Au détour de ses monologues, l’héritier Chaplin explique que ce à quoi nous assistons n’était pas du tout ce qui était prévu à la base. Remanié, repensé, totalement modifié durant la crise coVid, ce projet est devenu une création inédite pour l’artiste et sa Compagnie du Hanneton. Et c’est peut-être là que le bât blesse, ce concert ultime est une mise en abyme : nous assistons à la répétition de celui-ci, une répétition bien trop scénarisée pour croire en sa spontanéité.

Un concert aux allures prometteuses

La performance commence dans le brouhaha d’une philharmonie encore en pleine lumière. Des cris recherchant Mo viennent apporter un peu de calme, la lumière s’éteint, c’est alors que la tempête commence. Une structure mobile d’instruments de musique, et des vrais pupitres cachent les protagonistes de la pièce, qui se font extraire de leur cache tels des sacs de terre. Puis James Thierrée apparaît, prenant une posture quasi christique super star.

Campant le personnage de Mo Lazare, chanteur, conteur, homme-orchestre… le charismatique James Thierrée est entouré d’une pléiade d’artistes performeurs (presque 10) qui remplissent l’immense plateau de la scène de la philharmonie repensée pour l’occasion. Entre tour de chant de James Thierrée, – en français ou en anglais dont les paroles qu’il a écrites, et plutôt bien, sont distribuées en guise de programme  à l’entrée – intermèdes de danse – tantôt nue et crue, tantôt taillée au cordeau et ciselée mettant en avant la technique et la beauté des corps des danseur.se.s – fééries très inspirées de ses origines circassiennes – le jeu avec le mannequin a fait s’allumer beaucoup de téléphones et fait bouger beaucoup d’ouvreur.se.s pour rappeler qu’on ne filme pas un spectacle – et envolées musicales électro ba-rock, le tout dans une mise en lumière efficace, beaucoup de talents sont sur scène, c’est indéniable.

Un show runner qui en fait trop, brisant le momentum

Mais la dimension de fausse répétition ou tentative d’expérience immersive pour le public peine à atteindre son but à cause de la fréquence à laquelle, Thierrée, dans son personnage d’artiste maudit, veut faire revenir la lumière sur lui. En effet, le spectacle, dont la durée est annoncée entre 1h30 et 1h45 – donc à géométrie variable – est rythmée par des prises de parole, des semblants de calages techniques, des tentatives de modification de mise en scène, et évidemment des échanges – très monodirectionnels – vers le public. Thierrée est au centre, à l’attaque, dans les cages, à tel point qu’il se change sur scène ne semblant pas pouvoir un seul instant abandonner la scène, à l’exception d’une promenade dans le public, tentant de symboliser les errances du créateur.

Démarrant avec une certaine lenteur, la performance prend de l’ampleur, commence à nous embraquer et quand le climax approche, Thierrée, peut-être trop nombriliste sur le coup, vient interrompre la magie, comme un trop frustrant coitus interruptus. Une fois, ça passe, au multi récidivisme, ça casse.

Pénétrés nous sommes, mais laissés pour compte nous finissons. Tel un professionnel, il dispose des qualités et du matériel mais se regarde trop et surtout manque probablement de sentiments à l’égard de son public. Fort heureusement, tout le monde n’a pas besoin d’amour et le simple frisson permet à beaucoup de se sentir charmés et séduits. C’est aussi ça la puissance de l’aura.

Mo’s – The Damn Jam Concerto de et avec James Thierré (direction, composition, interprétation)
Deux représentations à la Philharmonie de Paris
Les 27 et 28 juin 2022

Ching-Ying Chen, Horvath Nora : danse
Durand Mathias : guitare, basse, piano
Samuel Dutertre : danse, comédien, technicien
Hélène Escriva : euphonium, voix, trompette basse
Steeve Eton : saxophone, clarinette, voix
Damien Fleau : saxophone, clavier, basse
Maxime Fleau : batterie, percussions, contre-ténor
Valentin Mussou : violoncelle

Visuel : James Thierrée (c) Richard Haughton

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Pascal Gauzes
Pascal Gauzes est ingénieur agronome et diplômé de SciencesPo Paris, après avoir commencé sa carrière en marketing, il s'est orienté vers le monde de l'art et de la culture en dirigeant une galerie pour artistes émergents et en tant que directeur communication d'un musée parisien. Il est aujourd'hui directeur marketing et communication d'un réseau social et collabore avec Toute La Culture depuis presque 10 ans.

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