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Le centre Pompidou célèbre le centenaire de Marguerite Duras

Le centre Pompidou célèbre le centenaire de Marguerite Duras

15 octobre 2014 | PAR Fanny Bernardon

A l’occasion du centenaire de la naissance de Marguerite Duras, le Centre Pompidou, Jean-Max Colard (responsable de la page « Arts » dans les Inrockuptibles) et l’artiste Thu Van Tran ont travaillé de concert pour nous dresser le plus fidèle portrait qui soit de l’écriture de ce personnage insoumis et incontournable de la littérature française dans l’exposition « Duras Song ».

C’est l’étage des livres et des lignes qu’il renferme que le Centre Pompidou dédie à Marguerite Duras. A peine quelques pas à parcourir pour découvrir cette ambitieuse plongée dans l’oeuvre durassienne. Jean-Max Colard, commissaire de l’exposition, nous accueille à bras ouverts, enthousiaste de nous parler d’une exposition « biopic » qui ne tombera pas dans la facilité de simplement raconter la vie d’un écrivain.

« Duras Song » fait une proposition singulière du travail de l’auteur. Celle-ci se construit en deux espaces et en deux temps que l’on partage entre l’outside et l’inside. Le mur de l’outside est un mur de protestations qui retrace de façon chronologique les combats ardemment menés par Marguerite Duras. Le premier d’entre eux est le retour douloureux de son premier époux, Robert Antelme, des camps de concentration nazis Dachau et Buchenwald, dans lesquels il a été détenu. L’anti-gaullisme d’après-guerre. L’adhésion au Parti Communiste Français. L’opposition au stalinisme qui s’ensuit. L’implication dans les manifestations étudiantes de Mai 68. Le féminisme. Autant de chevaux de bataille que Marguerite Duras a soutenu tout au long de sa vie. Cette première et éprouvante promenade nous replonge dans les engagements d’une femme qui a vécu et combattu son temps avec une détermination presque belliqueuse. L’outside est l’illustration en images animées, en photographies, en affiches politiques et en lettres manuscrites de l’insoumission et du courage du personnage historique que représente Marguerite Duras.

Comme nous l’explique Jean-Max Colard, l’oeuvre de Duras est pluridisciplinaire et poreuse, elle est autant radiophonique, théâtrale, cinématographique et littéraire. C’est pourquoi entre l’outside et l’inside, des liens ténus et des chemins sont creusés pour que nous puissions, d’un oeil furtif, apercevoir le coeur de l’exposition. Deux vitres épaisses sont ouvertes vers les accouchements manuscrits de Duras, vers les images de son passé, le son de sa voix chaude et sûre et des extraits d’India Song dont elle est la réalisatrice et qui est l’inspiration première de l’exposition. Privé et professionnel s’entremêlent  dans la vie de Duras et sont indiscutablement complémentaires, « Duras Song » chemine de la même façon entre outside et inside.

L’inside, on y pénètre curieux et discret. Une salle aux lumières tamisées qui invite à l’intimité et à la déambulation entre les pages de l’oeuvre durassienne que l’on peut sans aucun doute qualifier de plurielle. La construction intérieure est épurée, claire et calme ; la scénographie originale : des rayons de lumière se promènent d’une vitrine à l’autre nous invitant à poursuivre. Photographies d’enfance et de famille, projections, pages d’écriture, extraits de voix de Marguerite Duras qui susurre à notre oreille alors qu’on découvre les coulisses de son travail. Les 84 pages du manuscrit d’India Song apparaissent notamment ordonnées derrière une vitrine vers laquelle on est naturellement attiré. Tapés à la machine par Duras elle-même, corrigés par ses soins, les mots y sont rayés, entourés, soulignés, surlignés de couleurs et détrompent quelque peu l’auteure qui disait écrire en laissant tout simplement venir l’inspiration. Cet immense cahier de travail que nous découvrons admiratifs est la preuve physique de l’acharnement et du soin que mettait l’auteure à son écriture.

« Duras Song » tient ses promesses quant à l’immersion qu’elle annonce dans l’esprit d’un écrivain, néanmoins,  on a regretté que l’immense fond d’archives de Marguerite Duras ne soit pas plus largement exposé. Nous nous attendions à pénétrer dans un univers fourmillant des nombreuses passions et des multiples combats de l’auteure, ici la visite nous laisse presque sur notre fin, on aurait aimé en voir un peu plus.

La nouvelle thématique du Centre Pompidou s’intéresse depuis l’année dernière aux arts pluriels, l’oeuvre de Duras y trouve donc sa juste place. Néanmoins la politique contemporaine du célèbre musée semble enlever quelque peu la patte historique qui caractérise Duras. Notons quand même la participation généreuse de l’Imec de Caen qui détient le fond que Duras avait elle-même constitué de son vivant. Son fils, Jean Mascolo, a lui aussi largement participé de ses conseils et des prêts de photographies personnelles à la réalisation de « Duras Song ».

Au coeur de cette exposition qui rend hommage à l’oeuvre éternelle de l’écrivain, quelques mots ont fortement marqué notre attention. Pour ce qu’ils ont d’intemporel et pour l’image fidèle qu’ils renvoient de la femme engagée qu’était Marguerite Duras.

« Pour beaucoup de gens la véritable perte du sens politique c’est de rejoindre une formation de parti, subir sa règle, sa loi. […] Pour moi la perte politique c’est avant tout la perte de soi, la perte de sa colère autant que celle de sa douceur, […] la perte de son imprudence autant que celle de sa modération, la perte d’un excès autant que la perte d’une mesure, […] la perte de ses pleurs comme celle de sa joie. C’est ce que je pense moi. »  La perte politique, Marguerite Duras.

 

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