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« La Renaissance et le Rêve » au musée du Luxembourg

« La Renaissance et le Rêve » au musée du Luxembourg

07 octobre 2013 | PAR Géraldine Bretault

Trois expositions concomitantes font actuellement le point sur l’inépuisable période de la Renaissance. Outre la musique à Écouen, et en contrepoint du parcours pédagogique du Louvre axé sur l’émergence de la Renaissance artistique par le biais de la sculpture à Florence, « la Renaissance et le Rêve » explore les profondeurs nocturnes de la psyché du XVe au XVIIe siècle. Une démonstration magistrale.

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Nécessairement thématique, l’exposition nous accueille avec une salle consacrée à la Nuit, autour de l’évocation de la majestueuse sculpture de Michel-Ange pour le tombeau de Julien de Médicis. Un subtil préambule qui nous plonge d’emblée dans une atmosphère élégante et feutrée, ponctuée de cimaises bleu nuit. En effet, on a longtemps voulu interpréter la Renaissance comme un premier retour aux Lumières après une longue période médiévale obscurantiste – une explication par trop réductrice, que les salles suivantes vont s’attacher à démonter.

Car avant tout, qu’est-ce que le rêve ? Un phénomène psychique encore bien mal compris, sur lequel se penchera le neurobiologiste Jean-Pol Tassin lors de sa conférence au palais du Luxembourg le 9 janvier prochain. Comme le montre clairement le parcours, le rêve prend une nouvelle dimension à la Renaissance à travers la production écrite des grands humanistes. Ainsi devons-nous à Marsile Ficin le beau concept de vacatio animae : ce n’est que lorsqu’elle est libérée des contingences matérielles que l’âme en vacance peut s’élever vers des hauteurs spirituelles et divines. Il faut croire que les maîtres à penser de la Renaissance avaient des vues autrement plus ambitieuses quant à l’usage de notre temps de cerveau disponible…

Les sections suivantes s’intéressent au lien entre allégorie et onirisme, au problème de la représentation picturale du phénomène du rêve ou de la vision, aux grands mythes associés au rêve (Joseph interprétant le rêve du pharaon, le songe de Jacob, le rêve de l’empereur Constantin), ou encore aux atrocités entrevues dans les cauchemars. Pour conclure le parcours, un détour par le délicat studio de François Ier de Médicis à Florence nous conduit vers le réveil, quand est venue l’Aurore.

Une exposition parfaitement complémentaire de celle du Louvre, cette dernière pouvant se lire comme l’irruption de la Renaissance dans la sphère publique à travers la sculpture urbaine, tandis que la conquête d’un nouvel espace psychique par le biais du rêve devait nécessairement privilégier les images en deux dimensions, seules à même de libérer le puissant imaginaire des plus grands artistes peintres là où les sculptures pêchent par leur présence physique trop littérale.

Nous avons apprécié l’exigence intellectuelle de ce parcours éclectique, qui se met à la portée de tous les publics grâce aux nombreux cartels développés, et sans oublier aucun médium :  dessin, fresque, émail, terre cuite, gravure, peinture sont représentés, y compris les grands décors grâce à des cimaises en grisaille. Trois idées fortes ont retenu notre attention à l’issue de ce parcours :

d’une part, la filiation directe de ce monde onirique avec la mélancolie qui resurgira dans de grands courants du XIXe siècle (romantisme et symbolisme, comme nous le rappelait L’Ange du bizarre à l’hiver dernier) ;

d’autre part, le rêve diluvien de Dürer qui clôt l’exposition annonce les temps à venir par sa nature individuelle : le rêve à la Renaissance est en effet l’histoire d’un inconscient collectif, celle d’un autre monde aussi inquiétant que les contrées les plus lointaines. Le temps de l’exégèse réductrice de la psychanalyse était encore loin, et autorisait toutes les délectations concupiscentes devant les visions apocalyptiques d’un Jérôme Bosch ;

enfin, la sexualité est bien évidemment d’autant plus liée au rêve à cette époque que les contours de ce dernier sont flous, et côtoient allègrement les limbes du phantasme. De languides nymphes assoupies dans des paysages aux contours brouillés par un effet de sfumato semblent attendre les yeux clos que l’on vienne les cueillir au creux de la nuit…

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter de beaux rêves…

 

 

Visuels : Lorenzo Lotto, Le Songe de la jeune fille ou Allégorie de la Chasteté, vers 1505 © Courtesy National Gallery of Art, Washington
École de Hieronymus Bosch, La Vision de Tondal, 1520-1530 © Museo Lázaro Galdiano. MadridMichele di Ridolfo del Ghirlandaio, d’après Michel-Ange, Allégorie de la Nuit, vers 1553-1555 © Galleria Colonna, Rome
Jan Ier Bruegel, dit Jan de Velours et Hans Rottenhammer, Le Rêve de Raphaël ou Allégorie de la vie humaine, 1595  © Art Gallery of Ontario
Battista Dossi, Allégorie de la Nuit, vers 1543-1544 © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Elke Estel / Hans-Peter Kluth

 

 

Infos pratiques

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