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La Petite Galerie du Louvre dans le grand bain des mythes

La Petite Galerie du Louvre dans le grand bain des mythes

18 octobre 2015 | PAR Franck Jacquet

Le Louvre inaugure cette semaine son nouvel espace dédié aux jeunes publics. Il y a une dizaine d’années, les grands musées consacrés aux Beaux-Arts se mettaient à adapter leurs expositions temporaires pour y intégrer des activités pour les enfants (souvent, une chasse à indices…) et peu à peu un espace a été consacré en permanence à cette cible jusque-là peu prise en compte. Le Louvre était un petit peu à la traîne en la matière. C’est dire si cette Petite Galerie, sise dans le pavillon Richelieu (dans la partie restructurée sous Napoléon III) est attendue ! L’ouverture est marquée par une exposition débutant ce 17 octobre. Elle est consacrée aux mythes fondateurs, depuis Gilgamesh jusqu’aux héros contemporains de la Guerre des Etoiles notamment. Que penser de ce parcours et de sa mise en forme ? 

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La Petite Galerie, nouvel espace pour le public jeune ? 

Incontestablement, l’espace de l’exposition et la manière de présenter les œuvres sont adaptés pour les petits, peut-être moins pour les adolescents. Un espace à taille raisonnable (pas de place pour des parcours longs et potentiellement ennuyeux…), des petites salles pour pouvoir rythmer les démonstrations, une grande place accordée au numérique et aux compléments d’informations et de connaissances autour des œuvres. Evidemment, le parti-pris est de développer les discours par l’environnement de l’œuvre plutôt qu’en l’étudiant elle-même. C’est un débat qui revient sans cesse autour de la médiation envers les jeunes publics, mais cette approche a le mérite d’être claire et évidente. Le Louvre peut d’autant plus choisir cet angle qu’il est doté en ressources (malgré le contexte difficile du financement de la culture en France) solides qui lui permettent de développer autour de la première exposition (sans doute des suivantes) toute une programmation annuelle en termes de vidéos, d’application numérique… A ce titre, l’application numérique, moins rare depuis les expériences comme celle menée au Petit Palais, est à notre connaissance pour la première fois utilisée dans un grand musée français pour le public jeune. Elle est une réussite et nourrit considérablement la visite.

L’objectif de captation des jeunes est clairement affiché par le Président J-L Martinez ; il correspond à la nécessité d’ouvrir tous les jours et aux polémiques liées ; on espère que la Petite galerie saura convaincre donc les publics scolaires. Pour les fins de semaine, les familles sont clairement visées, mais là, plus question de parler aux adultes, la Petite Galerie s’adresse très clairement aux petits, les parents n’étant que des accompagnants.

Les caractéristiques du mythe

Mais que penser de l’exposition inaugurale ? Les « Mythes fondateurs d’Hercule à Dark Vador » présentent à la fois les caractéristiques de ce qu’est un mythe et donnent quelques exemples. Avouons-le, la structure ne peut tout traiter, mais ce n’est pas l’objectif. L’idée est de tisser un lien entre anciens et nouveaux héros. Car au fond, l’exposition traite plus des héros que du mythe en lui-même. Une fois le monde créé (première salle), ce sont ces figures qui sont mises en avant : Hercule ou Dédale, héros antiques, sont mis en avant. Rome est étrangement reléguée (sur ce point, rappelons la récente sortie de l’ouvrage d’E. Teyssier qui restituait la fabrique du mythe impérial romain), mais tout ne peut être montré et finalement, Rome est souvent présente chez les modernes directement ou indirectement. Parmi les points forts, on remarque que des citations d’ouvrages sont insérées dans le parcours comme pour mettre en avant la parole du héros lui-même. Evoquer Mithra par exemple est ainsi ambitieux, celui-ci étant moins connu, mais on approuve ! Surtout, le Louvre utilise ses formidables ressources en œuvres pour les présenter aux jeunes. Certes, on l’a dit, l’œuvre n’est pas perçue toujours pour elle-même, mais les cartels insistent sur la matière dont chacune est faite (on peut toucher des échantillons, ce qui plaira sans doute aux plus petits) et surtout, on espère que les visiteurs sauront apprécier quelques œuvres clés présentées : quelques amphores grecques à figure rouge, du bois sculpté égyptien comportant des hiéroglyphes (on proposera la magnifique exposition Osiris en parallèle, exposition substantielle qui étudie tous les aspects de ce mythe fondateur égyptien)… Et en dehors des classiques, on trouve le « Ci-gît l’espace » de Klein, relié au mythe d’Icare. On aborde aussi d’autres mondes comme l’Asie par des masques indiens ou même des pièces extrême-orientales. Parmi ces dernières, quelques héros contemporains d’anime japonais figurent. On ne peut enfin pas manquer une vidéo extraite de « La guerre des Etoiles »…

Montrer, démontrer, ressentir 

Au final, si l’exposition plaira sans doute au plus grand nombre des jeunes visiteurs, et c’est bien là l’essentiel, on peut raisonnablement imaginer que les prochaines expositions pourront « ajuster » leur regard en rendant plus cohérente la complémentarité exposition – programmation. En effet, « Les mythes fondateurs » sont construits pour les très jeunes (cartels à la deuxième personne du singulier, vocabulaire simple…) mais on peut se dire que certaines ressources seront difficilement accessibles à ceux-ci. De même, la conférence d’Antoine de Baecque, réfléchissant sur ce que serait l’écriture de Barthes aujourd’hui de ses Mythologies ne s’adresse sans doute pas au même public… Enfin, au sein même de l’exposition, on se dit que parfois, on privilégie l’effet de monstration que celui de démonstration, tant on juxtapose des réalités différentes sans vraiment les relier, les expliquer ou les faire ressentir dans leur contexte. C’est toute la gageure de la médiation envers les jeunes publics, et il est assez logique que le travail soit sans cesse à remettre sur l’ouvrage…

Cela ne retire rien à la beauté des œuvres et à l’intérêt de la Petite Galerie.

Visuels :

Visuel 1 : Affiche de l’exposition © 2015, musée du quai Branly, photo Claude Germain / Scala, Florence © RMN Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski © & TM. Lucasfilm Ltd. Used under authorization

Visuel 2 : Amphore à figures rouges : combat des dieux et des Géants. 410-400 av. J.C. Céramique. 69,5 x 32 4 cm. Musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Pierre et Maurice Chuzeville

Visuel 3 : Berdaguer et Péjus, Septième continent, 2001. Demi-sphère en Plexiglas, dispositif électronique et câble électrique. Diamètre : 320 cm. Paris, Musée national d’art moderne – Centre Pompidou © Adagp, Paris, 2015. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand     Palais / Philippe Migeat

Visuel 4 : Giovanni Francesco Barbieri dit Le Guerchin, Circé, vers 1665. Huile sur toile, 124 x 81 cm.    Musée du Louvre ©RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Visuel 5 : Masque de Kagura. Début du XXe siècle. Bois de cèdre sculpté et peint, poils. 20 x 19 x 13 cm. Musée du quai Branly  © 2015. Musée du quai Branly, photo Claude Germain/Scala, Florence

Informations complémentaires :

Horaires :

Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi.

Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi.

Infos pratiques

Théâtre de la Mackellerie
Galerie Polka
Musée du Louvre

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