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« La mode retrouvée » : la garde-robe d’une héroïne proustienne exposée à Galliera

« La mode retrouvée » : la garde-robe d’une héroïne proustienne exposée à Galliera

14 décembre 2015 | PAR Araso

La duchesse de Guermantes : c’est elle. Elle est la comtesse Greffulhe (prononcer Greffeuille), d’une beauté à couper le souffle, mariée à un rustre, le comte Henry Greffulhe, qui inspire à Proust le personnage du duc de Guermantes dans la Recherche. Pianiste accomplie, elle se réfugie dans les arts, tient salon et s’entoure de « cercleux » dont son parent le poète Montesquiou et un certain Marcel Proust. Le musée Galliera réussit la prouesse, au travers d’une garde-robe finement sélectionnée et scénographiée, de dresser le portrait vibrant d’une élégante. 

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La mode retrouvée: le titre a de quoi laisser perplexe. Fidèle à un élitisme affiché, Olivier Saillard a choisi pour l’exposition un titre légèrement capillotracté avec un jeu de mots que seuls les amoureux de Proust sauront décrypter (et encore…). Que l’on se rassure: même en ignorant totalement qui est Marie Joséphine Anatole Louise Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay, comtesse Henry Greffulhe, il est impossible de ne pas s’émerveiller devant ces pièces d’une modernité troublante, griffées Jeanne Lanvin ou Nina Ricci, ces manteaux d’un noir intemporel, ces pièces d’une élégance absolue. Si la comtesse Greffulhe avait vécu en 2015, on aurait adoré la détester. Elle est de celles qui ont tout pour elle, la beauté, le verbe, la fortune. Malheureuse en ménage, avec juste ce qu’il faut de snobisme – il suffit de la regarder se mouvoir dans son hôtel particulier de la rue d’Astorg, en video dans l’exposition, celle qui a dédaigné la compagnie de Proust avant de la réclamer avait le port altier, immortalisé dans les sublimes photographies d’Otto et de Nadar. Dans l’un des cartels, on peut lire ces mots d’Emile Henriot: « La figure décorative de Mme Greffulhe est une de celle qu’on ne saurait oublier. Elle frappe l’imagination. La sveltesse de la taille, le long col, la forme petite de la tête, la finesse du profil, les grands yeux tour à tour dominateurs ou perdus au-dessus d’une assemblée sur laquelle battent les plumes d’un grand éventail, composent une de ces figures de reine du monde comme il ne s’en trouve jamais que fort peu dans une génération. » Etc, etc. Les figures de la scène artistique et littéraire de son temps n’en finiront plus de chanter ses éloges.

Plus on parcourt les pièces, plus on s’attache à elle, plus on entre dans sa vie et par elle, dans son époque. Bien plus qu’un portrait de femme, c’est un voyage immersif en plein coeur de la Recherche  de Proust que le musée Galliera propose, cette époque que les néo-romantiques chérissent la larme à l’oeil. Il n’y avait pas Internet, le temps était ralenti, les voyages des nantis s’étiraient, leurs villégiatures duraient des mois, on se délectait de thés, de littérature et de musique en petit cercles restreints dans les bruissements du tulle, du taffetas et de la soie. Les nostalgiques seront ravis: le parcours est doucement régressif, ponctué de photographies, billets manuscrits, cartels poétiques, esquisses, échappées musicales, partitions, accessoires et finit en un feu d’artifices avec une robe de lys qui fit date dans le paysage de la mode. Un régal.

La mode retrouvée, au Palais Galliera, jusqu’au 20 mars 2016.

Visuels © Araso / affiche de l’exposition Portrait de la comtesse Greffulhe © Otto / Galliera / Roger-Viollet

 

Infos pratiques

Aubercail
Théâtre Saint-Georges – Paris
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

One thought on “« La mode retrouvée » : la garde-robe d’une héroïne proustienne exposée à Galliera”

Commentaire(s)

  • Sidonie

    En complément à cette superbe exposition, et pour tout savoir sur la comtesse Greffulhe, je vous conseille de lire l’excellente biographie de Laure Hillerin, « La comtesse Greffuhe, l’ombre des Guermantes » (Flammarion, 2014). Voir aussi le site web consacré à cet ouvrage http://www.comtessegreffulhe.fr

    décembre 14, 2015 at 18 h 36 min

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