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La géographie du totem de Fabien Verschaere au centre de création contemporaine Olivier Debré à Tours

La géographie du totem de Fabien Verschaere au centre de création contemporaine Olivier Debré à Tours

14 janvier 2020 | PAR Christophe Dard

Jusqu’au 3 mai 2020, le centre d’art contemporain présente la nouvelle exposition d’un artiste attachant et iconoclaste, qui nous invite à parcourir un monde irréel et fabuleux, peuplé de créatures hybrides, icônes de nos totems intérieurs et universels comme ceux qui sont ancrés depuis plusieurs millénaires dans la culture de nombreuses civilisations.

 

Asian Fairy Tales, 130 x 195 cm- Fabien Verschaere, « La géographie du totem » vue d’exposition au CCC OD, Tours, France, décembre 2019 © Photo: F. Fernandez – CCC OD, Tours

 

Cela commence comme le générique d’un film fantastique ou gore des années 80/90… sur un fond noir, une œuvre de Fabien Verschaere en blanc sur laquelle on peut lire en gros caractères, toujours en blanc, le nom de l’artiste et en dessous le titre de l’exposition, La géographie du totem, accompagnée d’une mystérieuse carte. Troublant, n’est-ce pas ? Vous venez d’entrer dans l’univers singulier et transcendantal du peintre et dessinateur Fabien Verschaere, à mi-chemin entre les comics, la fête foraine, les contes et une réminiscence d’un art brut qui aurait séduit l’expressionnisme d’Ensor et le cinéma allemand du début du siècle dernier.

 

Fabien Verschaere, « La géographie du totem » vue d’exposition au CCC OD, Tours, France, décembre 2019 © Photo: F. Fernandez- CCC OD, Tours

 

Dans la galerie noire, des squelettes, des vanités, des clowns ou bien encore des anges, des princesses et des boxeurs sont représentés sur de longues frises desquelles émane une force exceptionnelle comme dans un tableau de Jérôme Bosch. Ces monstres et ces chimères figurent aussi sur des galettes de papier artisanaux vernies au brou de noix, des aquarelles, des œuvres en bois laqué ou constituent une armée d’une centaine de céramiques posées sur un sol miroir, flattant leurs instincts narcissiques, non loin de dés géants. Les galeries transparentes proposent quant à elles une fresque, le théâtre des ombres, des formes qui semblent prendre vie et envelopper de mystère les extérieurs du centre de création contemporaine Olivier Debré.

 

Pinocchio Star, 76,5 x 57 cm, aquarelle sur papier- Fabien Verschaere, « La géographie du totem » vue d’exposition au CCC OD, Tours, France, décembre 2019 © Photo: F. Fernandez – CCC OD, Tours

 

La géographie du totem est l’aboutissement d’une résidence artistique en Corée fin 2018. Fabien Verschaere, habitué du CCC OD (il y a exposé en 2002 alors qu’il était fraîchement diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et des Beaux-Arts de Nantes), a visité Séoul, Busan et Jeju. Sur sa route, il a été impressionné par les temples et les sculptures chamaniques. Fidèle à sa réputation de bourreau de travail, jusqu’à l’épuisement, Fabien Verschaere a conçu une fresque de 85 mètres de long lors de ce séjour, mélangeant la mythologie coréenne transmise dans les tribus et les familles sur plusieurs générations, et des références contemporaines qui sont également l’objet d’un culte, tels les personnages de Walt Disney. Cette alliance de totems que des siècles séparent n’est sans doute pas étrangère à la personnalité même de Fabien Verschaere, artiste truculent, lecteur de Levinas, Deleuze, Spinoza et Artaud, passionné d’histoire mais aussi de musique, de cinéma et de télévision.

 

Fabien Verschaere, « La géographie du totem » vue d’exposition au CCC OD, Tours, France, décembre 2019 © Photo: F. Fernandez – CCC OD, Tours

 

Entre dérision et poésie (les textes qui accompagnent les œuvres sont magnifiques), le spectateur est convié à s’aventurer loin du monde réel et de son actualité neurasthénique pour partir à la recherche de son ou de ses totems. Acteurs d’une aquarelle de 18 mètres de long ou d’une fresque, passagers d’un carnet de croquis ou pièces uniques, les héros créés par Fabien Verschaere sont liés à des périodes et à des situations vers lesquelles nous revenons sans cesse car elles sont intrinsèques à nos existences et nous les vénérons, semblables à ces êtres mythiques considérés comme les ancêtres d’un clan chez certains peuples. Cette foule d’anonymes aux visages difformes et aux expressions caricaturales invoquent l’enfance, l’imagination, l’inconscience, la curiosité et la liberté, toutes ces manifestations qui nous délivrent du collectif et nous constituent en tant qu’individu.

 

Fabien Verschaere, « La géographie du totem » vue d’exposition au CCC OD, Tours, France, décembre 2019 © Photo: F. Fernandez – CCC OD, Tours

 

Pour sa dernière exposition en tant que directeur du CCC OD, Alain Julien-Laferrière, remplacé courant décembre 2019 par Isabelle Reiher, a choisi d’honorer l’oeuvre d’un homme à la frénésie créatrice et d’une générosité sans limites. Verschaere, soutenu par les galeries Brugier-Rigail et Valérie Delaunay à Paris, ne s’engage pas pour nous dire ce qu’il pense mais il nous offre les moyens d’explorer nos propres territoires. Sélectionné pour réaliser une grande fresque en vue des Jeux Olympiques de 2024, ses personnages ont encore de belles histoires à nous faire imaginer.

 

Fabien Verschaere, « La géographie du totem » vue d’exposition au CCC OD, Tours, France, décembre 2019 © Photo: F. Fernandez – CCC OD, Tours

 

Les autres expositions

En marge de celle de Fabien Verschaere, d’autres expositions sont à voir au CCC OD, le plus grand centre d’art en région avec 220 000 visiteurs depuis son ouverture.

Massinissa Selmani, Le calme de l’idée fixe, jusqu’au 26 janvier 2020

Avec beaucoup de pudeur et de malice, Massinissa Selmani, marqué par les événements survenus au cours de l’année 2019 dans son pays, l’Algérie, et la soif de démocratie réclamée par ses habitants, sème, avec une ingénieuse discrétion, des dessins touchants et de courtes séquences d’animation. Mais les apparences sont trompeuses… Le trait du dessin est fin et délicat, les couleurs sont douces mais les thèmes abordés sont forts et démontrent les absurdités et les horreurs de la société.

 

Alain Bublex, Un paysage américain (générique), jusqu’au 8 mars 2020

L’artiste plasticien et ancien designer automobile chez Renault reprend en dessin animé le célèbre film Rambo, sorti en 1982, premier des cinq épisodes de la saga incarnée par Sylvester Stallone. Mais Alain Bublex enlève les personnages et l’action pour ne garder que les paysages en arrière-plan et la musique. En parallèle à cette projection, il reconstitue dans la nef le décor introductif du film, avec la montagne, le lac et la cabane. Une installation exceptionnelle !

 

Christophe Dard

 

INFORMATIONS PRATIQUES :

Centre de création contemporaine Olivier Debré

Jardin François 1er 37000 Tours                                        

02 47 66 50 00

[email protected]

Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 18h. Nocturne le jeudi jusqu’à 20h. Samedi jusqu’à 19h.

Agenda classique et lyrique de la semaine du 14 janvier 2020
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Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture. Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

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