Expos

Jean Rouch, « L’homme-cinéma » à la BNF

Jean Rouch, « L’homme-cinéma » à la BNF

26 septembre 2017 | PAR Diane Royer

« Jean Rouch, l’Homme-Cinéma », l’exposition présentée à la Bibliothèque nationale François-Mitterrand (BnF), Paris du 26 septembre au 26 novembre 2017, célèbre le centenaire de la naissance du fameux ethnographe cinéaste français, en coproduction avec le Centre nationale du cinéma et de l’image animée (CNC).

A travers la présentation de photographies, d’extraits de films, de carnets de notes et objets ayant appartenus à Jean Rouch, l’exposition revient sur le parcours exceptionnel de cet homme. Elle retranscrit parfaitement le caractère hybride de son travail, à la fois ethnographique et cinématographique. En effet, il s’agit d’un témoignage tant caractéristique de la seconde moitié du XXe siècle, dans un contexte de décolonisation, qu’unique par l’introduction du cinéma et d’innovations qu’il y apporte. Baigné dans le milieu bohème du quartier de Montparnasse des années 1920 et 1930, Jean Rouch découvre le Niger et, plus généralement, la culture africaine, à l’occasion de sa première affectation en tant qu’ingénieur des Ponts et Chaussées. Après des études en France, il rédige une thèse d’État sur la culture Songhay. Son approche est donc d’abord scientifique : des notes retranscrivant par exemple des paroles prononcées lors de rituels sont présentées à côté de photographies. La démarche de Jean Rouch est novatrice mais également caractéristique de l’ethnologie française de la seconde moitié du XXe siècle. Il réalise des films « documentaires », dans lesquels l’auteur ne propose aucune interprétation, désireux de respecter la culture de « l’autre » sans plaquer ses propres connaissances. D’ailleurs, aucun objet ethnographique que Jean Rouch aurait pu avoir collecté lors de ses voyages n’est présenté. Est-ce une volonté des commissaires d’exposition pour se concentrer uniquement sur ses réalisations ou est-ce le reflet d’une posture prenant le contre-pied de ses professeurs ayant ramené massivement et, quelques fois, abusivement des objets de leurs missions ?

L’exposition rend un bel hommage à « l’homme cinéma ». Dans la première partie du parcours, l’allée Julien Cain, seize panneaux composés de citations et images extraites des films, des photographies font face à des extraits de films. Ceux-ci rendent compte de la diversité et de la richesse du travail de Jean Rouch, bien que le manque de distinction entre les différents types d’information (citations de film, texte des commissaires d’expositions, etc) pourrait perdre le visiteur. Quant à la seconde partie qui investit la galerie des donateurs, elle montre « l’envers du décor », de la collecte d’informations au montage des films. La caméra et le magnétophone, émouvants compagnons de Jean Rouch, sont également exposés. D’autres éléments d’archives participent à recréer l’univers du cinéaste : des carnets montrent le travail sur les rushes, le montage du son et de l’image captés séparément. Le caractère innovant de l’œuvre du cinéaste est mis en exergue. Par exemple, un panneau est consacré à la Chronique d’un été, un film réalisé en 1961 avec Edgar Morin, et insiste sur la réalisation de micro-trottoirs, initiative alors avant-gardiste.

La rétrospective « Jean Rouch, l’Homme-Cinéma » associe des archives manuscrites et sonores à une cinquantaine d’extraits de films, présentant pour la première fois certaines d’entre elles au public. Elle brosse ainsi un portrait juste et émouvant du cinéaste et ethnographe Jean Rouch.

Visuel : Jean Rouch et Damouré Zika sur le tournage de Jaguar, Ghana, 1954. BnF, département des Manuscrits. © Jocelyne Rouch

« J’aime le sexe mais je préfère la pizza » de Thomas Raphaël
Pour une véritable transparence des organismes de gestion collective français
Diane Royer

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *