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Jean Fautrier, la pulsion du trait au Musée Domaine de Sceaux

Jean Fautrier, la pulsion du trait au Musée Domaine de Sceaux

23 septembre 2014 | PAR Megane Mahieu

A l’occasion des 50 ans de la disparition de Jean Fautrier, le Musée du Domaine de Sceaux rend hommage à cet artiste singulier au travers d’une exposition : « Jean Fautrier, la pulsion du trait ». 

Organique et sensuel, de l’angoisse à l’extase, Jean Fautrier dessine et peint comme Georges Bataille écrit. Sous la pulsion, la tâche et la violence, une recherche picturale qui trouve son origine dans l’art préhistorique et retravaillé par l’art brut et le mouvement de l’art informel (comprenant schématiquement : Hartung, Pollock, Michaux, Dubuffet etc.) Rien d’étonnant alors à ce que Jean Fautrier illustre deux textes datant des années 1940 de l’auteur de L’Erotisme. Il y a Madame Edwarda, nouvelle sulfureuse sur une Déesse-Mère obscène dans un bordel, et L’Alleluiah, catéchisme de Dianus prose extatique d’un catéchisme à rebours menant la princesse tartare Diane Koutchoubey, qu’a fréquenté Bataille, à l’abîme humain. A cette écriture où le sacré se mêle au souillé, les lithographies de Jean Fautrier répondent par des lignes simples, dépouillées, moins détaillées que les sublimes illustrations plus connues d’Hans Bellmer ornant d’autres récits de Bataille.

Ces illustrations font écho à une obsession plus générale de l’artiste. Mise en scène érotique des corps, valorisation des formes généreuses de la femme nue, Jean Fautrier fait souvent rimer intimité et souffrance. Le musée du Domaine de Sceaux met l’accent sur cette ambivalence en exposant la série « Otages » qui donne à voir le traumatisme engendré par les deux guerres. Débutée en 1943, cette série fut produite par l’artiste alors qu’il habitait La Vallée aux Loups à Châtenay-Malabry. Cette Gestapo à qui il veut échapper, il l’entend à proximité du domaine procéder à des exécutions ignobles. A la chair pourrissante des cadavres, Fautrier rend un singulier hommage dans des toiles à la matière opulente. Jean Paulhan en les voyant à la galerie Drouin en 1945 dira : « Le corps disloqué, le sexe tordu, le coup de couteau dans les fesses, c’était à la fois la pire insulte, la plus immonde – et tout de même la plus nôtre : celle qui pouvait le moins se nier ; celle que tout en nous (dès l’instant que nous avions choisi d’avoir un corps) appelait. Ce n’était plus seulement la flétrissure et la décrépitude en quelque sorte normale – c’était la décrépitude provoquée, précipitée. Enfin c’est là qu’il fallait particulièrement à chacun de nous se défendre, tenir le coup, transformer tant d’immondices et d’horreurs. » (in Fautrier, l’enragé ed.Gallimard).

Par un parcours historique à travers les œuvres (peintures, lithographie, eux-fortes etc.) de Fautrier, de sa formation académique à Londres dans les années 1910 en passant par cette période trouble de la guerre, rend compte d’un processus de simplification hallucinant qui peut faire aujourd’hui écho au travail de Phillipe Vandenberg.

Visuels : ©capture d’écran Jean Fautrier, eau-forte pour L’Alleluiah, catéchisme de Dianus de Georges Bataille, 1941 / le reste : ©Musée du Domaine départemental de Sceaux. Photo Philippe Fuzeau

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Megane Mahieu

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