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Jacques Villeglé, pionnier du Nouveau réalisme, est décédé le 6 juin 2022

Jacques Villeglé, pionnier du Nouveau réalisme, est décédé le 6 juin 2022

08 juin 2022 | PAR Capucine De Montaudry

Il y a deux jours, le Centre Pompidou a annoncé la mort de Jacques Mahé de la Villeglé, dit Jacques Villeglé. À 96 ans, l’artiste est reconnu comme l’un des chefs de file du Nouveau réalisme, mouvement né en 1960. Il compte à son actif plus de 200 expositions et manifestations artistiques dans le monde entier. 

Jacques Villeglé est connu pour son travail sur les affiches urbaines. Inventeur du ready-made en France avant l’apparition même du terme, il s’intéresse toute sa vie aux témoignages urbains de l’histoire contemporaine. Ce sont d’abord les débris du Mur Atlantique qu’il collecte à Saint-Malo. Pour lui il s’agit d’œuvres à part entière. Peu à peu, il se concentre exclusivement sur les affiches urbaines lacérées et arrachées, qu’il collecte pour en faire des œuvres à part entière. 

Membre et pionnier du Nouveau réalisme 

Jacques Villeglé effectue ses études aux Beaux-Arts de Rennes (dessin et peinture) puis de Nantes (architecture et urbanisme).  Il y rencontre Raymond Hains avec qui il travaillera toute sa vie. Très vite ils se spécialisent tous deux dans la collecte d’affiches urbaines dont ils font des œuvres. Ainsi, dès 1949, ils réalisent ensemble Ach Almach Manetro (1949). 

Cet intérêt pour les affiches tient principalement à leur présence quotidienne dans l’environnement urbain. Jacques Villeglé l’explique également par son goût pour la typographie et les lettres qu’il fait apparaître différemment. Il s’inscrit dans la continuité d’André Breton en considérant que l’artiste doit s’effacer derrière son œuvre. En effet, le seul travail qu’il effectue est la collecte et le recadrage des affiches. Il titre ses œuvres selon le lieu et la date de collecte et ne signe que pour vendre. 

En octobre 1960, il signe une déclaration collective avec 13 artistes dont font notamment partie Nicki de Saint Phalle et Raymond Hains. Leur point commun : une nouvelle méthode d’appropriation du réel. Il s’agit d’un rapport direct avec les structures et les objets urbains. Ainsi, ils élaborent ensemble des expositions de 1960 à 1963, et donnent à ce mouvement le nom de Nouveau réalisme.

Ce terme est créé par le critique d’art Romain Restany à l’occasion d’une exposition de mai 1960. Il s’inscrit dans la continuité du réalisme, né au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, et dont l’idée directrice est de représenter la réalité banale et quotidienne sans la magnifier. L’adjectif « nouveau » qualifie le statut de l’objet, qui est urbain, et le caractère inédit de la méthode, à savoir une présentation directe de cet objet. Donner un nom à ce mouvement permet également de se définir face au Pop art, très populaire dans les galeries et les collections. 

Disparition d’un artiste à la renommée internationale

Dès 1961, Jacques Villeglé acquiert sa notoriété aux États-Unis avec Carrefour Sèvres/Montparnasse. Il est considéré comme un précurseur du Pop art. L’essence de ce mouvement repose dans la production d’objets en série et la volonté conjointe de toucher une large audience. Pop art et culture de masse sont ainsi indissociables. Jacques Villeglé s’en distingue cependant par la singularité de sa démarche, qu’il définit comme celle d’un « archéologue de la rue ». 

Tout au long de sa vie, il réalise des expositions individuelles et collectives dans de nombreux pays. En France, un grand nombre de ses œuvres se trouve au Centre Pompidou. Son travail correspond en effet à la vocation du centre, qui est de rendre l’art contemporain accessible au plus grand nombre. Ainsi, en 2008, l’exposition « Jacques Villeglé. La comédie urbaine » lui rend hommage. 

Au cours de sa vie, il témoigne également de son intérêt pour la cryptographie. Il crée son propre alphabet en détournant les lettres avec des symboles autoritaires et totalitaires. Il s’intéresse aussi à la lithographie. Enfin, il réalise en 2014 la sculpture Saint-Malo, là où tout a commencé, qui fait référence aux débris du Mur Atlantique qu’il avait récoltés pendant sa jeunesse. 

En 2019, Jacques de Villeglé reçoit le statut de Commandeur de l’ordre de l’Art et des Lettres, en reconnaissance de son œuvre. Cet artiste illustre n’aura cessé de réinventer les symboles de la culture urbaine et populaire. 

Visuel : Jacques Villeglé devant la galerie G.-PH. & N. Vallois à Paris, 7 avril 2016, CC © François Poivret. 

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