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Interview de Jean-Michel Othoniel à l’occasion de Géométries Amoureuses au CRAC à Sète

Interview de Jean-Michel Othoniel à l’occasion de Géométries Amoureuses au CRAC à Sète

31 mai 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Du 10 juin au 24 septembre, Jean-Michel Othoniel expose au Centre Régional d’Art Contemporain à Sète ses Géométries Amoureuses, un parcours en deux temps puisque le travail de cet orfèvre sera également à voir au Carré Saint Anne à Montpellier. 

On associe votre nom aux pierres légères que vous suspendez, mais pour « Géométries Amoureuses » vous présentez également une dizaine de peintures et plus d’une centaine d’œuvres sur papier. Parlez-moi de ces autres facettes de votre travail ?

Je présente au 1er étage du CRAC à Sète 112 dessins qui prennent la forme intime d’un grand carnet de voyage. Réalisés entre 1996 et 2017, ils montrent le cheminement de ma pensée et la genèse de nombreuses de mes œuvres. On y retrouve certains de mes projets emblématiques comme les aquarelles du Kiosque des Noctambules à Paris place Colette ou celles plus récentes des Belles Danses dans les jardins du château de Versailles. Sont présents aussi de nombreux projets utopiques, jamais réalisés, comme les multiples variations que j’ai imaginées autour de mon propre tombeau.
Pour la première fois, je montre aussi à Sète une série de peintures comme des œuvres autonomes. J’ai déjà exposé des œuvres sur toile, peintures en cire ou en grattoirs d’allumettes, notamment au Centre Pompidou, mais je les ai toujours montrées de façon isolée. Sous une apparente simplicité rhétorique, le lotus noir, sujet de ces peintures, représente la pureté de la fleur noircie par l’encre, le monde noirci par l’homme. Comme des figures abstraites qui se répètent sur des fonds de feuilles d’or blanc, ces icônes maculées nées de l’observation des fleurs entourent des sculptures de perles noires du même nom, Black Lotus. Elles montrent aussi l’importance du mouvement et du geste dans mon travail, elles sont pour moi une pratique autonome plus légère qui ne m’impose pas la lourde infrastructure de la sculpture monumentale, un moment de solitude retrouvé.

À Montpellier, les dessins aussi sont présentés comme un carnet de note. Aux murs de l’église peints en rouge pompéien sont accrochées de nombreuses aquarelles mélangées à des textes ; ce sont les planches enluminées de mon Herbier Merveilleux. J’ai toujours conservé, depuis mon adolescence, mes écrits sur le sens caché des fleurs dans la peinture ancienne. Cet ensemble, que j’ai illustré par la suite, a donné lieu à une publication par Actes Sud en 2015, à l’occasion de mon exposition au Isabella Stewart Gardner Museum à Boston.

Pourquoi ce si joli titre ? Et pourquoi le pluriel surtout !

« Géométries Amoureuse » est le titre de l’une des œuvres présentées au Louvre en 2004, j’ai décidé de la garder dans ma collection personnelle et elle sera présentée à Montpellier avec les autres pièces de ma collection. Ce titre réunit à lui seul certaines ambivalences qui caractérisent mon travail depuis le début, la sensualité et la rigueur, le caché et le révélé, la blessure et la beauté.
Le fait que la rigueur de la géométrie soit perturbée par l’amour est une figure de l’oxymore qui caractérise aussi mes dernières créations présentées à Sète. Dans ces œuvres nouvelles, je lie la lumière et l’obscurité, le monumental et le fragile, l’austérité et le merveilleux, le minimal et le baroque.

Comment s’est passée la construction de l’exposition ?

Titanesque. Les deux expositions se sont organisées en parallèle, la géométrie de travail entre les deux projets, depuis leur élaboration jusqu’aux installations, a été marquée par le double, l’équilibre.
Comme un Janus moderne, j’ai le visage constamment tourné sur les deux expositions depuis plusieurs mois. Même la construction de l’exposition est donc marquée par cette dualité qui caractérise mon travail comme je le disais plus haut.

Comment l’exposition fait-elle sens au CRAC ?

C’est la première fois que je présente autant d’œuvres inédites en France depuis mon exposition rétrospective « My Way » au Centre Pompidou à Paris, en 2011. C’est une chance pour moi que « Géométries Amoureuses » soit montrée à Montpellier et à Sète durant tout l’été 2017.
Les œuvres que je présente au CRAC sont à la fois nouvelles et monumentales, et témoignent de nouvelles pistes que j’explore dans mon travail : la radicalité, l’importance du geste, l’abstraction inspirée par les formes simples, telluriques de la nature et des changements climatiques.
Elles s’inscrivent dans une relation forte à Sète et à l’architecture du centre d’art. Cette exposition vient aussi clore une programmation de plus de vingt ans à la tête du Centre Régional d’Art Contemporain. Noëlle Tissier m’a choisi pour terminer sa programmation, après m’avoir invité en 1988 pour l’ouverture de la résidence d’artistes Villa Saint Clair à Sète.
Ayant initié un cycle de monographies à rebours intitulé « les premiers seront les derniers », Noëlle Tissier remontre depuis quelques années, les jeunes artistes qu’elle a invités à partir de 1988 et qui ont eu après leur séjour à Sète, une carrière internationale.
Hors mon attachement profond pour la ville de Sète et pour le CRAC, exposer en région Occitanie au moment des festivals d’été est aussi l’occasion de bénéficier d’une visibilité exceptionnelle. En cette année de documenta et de Biennale de Venise, la région est sur le parcours obligé du public international de l’art.

Vous exposez dans deux lieux en même temps, racontez-moi les résonances et les grandes différences, notamment de format.

Les deux expositions se rejoignent en ce qu’elles présentent deux facettes de mon travail :

Les nouvelles œuvres à Sète, monumentales, radicales, proches d’une architecture monochrome, montrant les nouvelles pistes dans mon travail et la pluralité des matériaux avec lesquels je travaille (verre, métal, obsidienne, toile, papier, etc.) ;

A Montpellier, je présente les œuvres en verre que j’ai réalisées, issues de ma collection personnelle. La grande installation colorée composée de ces œuvres précieuses dissimule de nombreuses sculptures qui ressemblent à des bijoux érotiques et torturés. Suspendues au centre de la nef, flottant au-dessus d’un lit de briques bleues réalisées avec les verriers indiens de Firozabad, se côtoient une vingtaine d’œuvres de périodes différentes. Toutes ces œuvres, je les ai gardées précieusement tout au long de ces quinze dernières années car elles témoignent de moments clefs et importants dans mon parcours

Visuels :

1-Jean-Michel Othoniel, Black Lotus (détail), 2016 (sculpture) Fonte d’aluminium anodisé peinte en noir. H : 166 x L : 150 x P : 138 cm. Courtesy Galerie Perrotin – Photographie : Keith Park

2- Exposition monographique  »Géométries amoureuses » – Jean-Michel Othoniel 11.06 > 24.09.2017 – Vernissage le 10 juin à 18h30 – CRAC Occitanie Sète

Informations pratiques :

Exposition monographique  »Géométries amoureuses » – Jean-Michel Othoniel 11.06 > 24.09.2017 – Vernissage le 10 juin à 18h30 – CRAC Occitanie Sète

Infos pratiques

Le Samovar
La Pop
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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