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Hélène Morbu et ses céramiques hommage à l’Art Déco

Hélène Morbu et ses céramiques hommage à l’Art Déco

18 février 2022 | PAR Laetitia Larralde

La céramiste Hélène Morbu nous entraîne à la découverte du Palais de l’Art Déco à Saint-Quentin avec son exposition Hyperborée, hommage tout en délicatesse à un lieu singulier.

L’exposition Hyperborée est l’aboutissement du Prix Le Créateur de la Fondation des Ateliers d’Art de France qui permet à un artiste de développer un projet en lien avec un lieu insolite. Hélène Morbu, troisième lauréate de ce prix, est originaire de Saint-Quentin et a tout de suite pensé au Palais de l’Art Déco. En effet, la ville, détruite en partie pendant la Première Guerre mondiale, a été reconstruite avec de nombreux bâtiments de style Art Déco, patrimoine qu’elle met en valeur en tant que Ville d’Art et d’Histoire. Parmi eux, le Palais de l’Art Déco a une histoire unique.

Le Palais de l’Art Déco, un lieu irréel

Construit en 1922 par Sylvère Laville pour être un grand magasin Nouvelles Galeries, le bâtiment s’organise autour de deux grands atriums surmontés de verrières au décor Art Déco inspiré d’orientalisme. Le magasin ferme vite et le lieu accueille une salle de boxe, une piste de roller ou encore un cinéma. Les étages resteront ensuite à l’abandon pendant cinquante ans, jusqu’en 2012 où la ville commence à le faire visiter pour les journées du Patrimoine, et le transforme en 2016 en Palais de l’Art Déco en y organisant des expositions consacrées à ce mouvement artistique.

Encore en bon état malgré l’absence de restauration, le Palais de l’Art Déco reste un lieu à l’atmosphère mystérieuse. On y accède par le Musée des Papillons, situé dans l’ancienne Chambre de Commerce de style néo-gothique, créant un contraste de styles saisissant. Hélène Morbu a voulu mettre en avant le côté énigmatique de ce lieu caché, notamment par le titre de l’exposition Hyperborée. A l’époque de la Grèce antique, L’Hyperborée était un continent fantasmé situé dans le grand Nord où les habitants vivaient en harmonie. Le visiteur se transforme donc en explorateur, à la découverte d’un continent disparu.

A la découverte des trésors de céramique

Nous avons donc ici tous les éléments d’une expédition archéologique : le palais mystérieux et les vestiges d’une civilisation perdue à découvrir. Dans le grand atrium aux piliers à décor de palmiers, deux installations nous accueillent. L’une, horizontale, est un hommage au peintre Alfred Manessier et à son travail sur les reflets de l’eau, notamment de la baie de Somme. Par la répétition d’un petit module en forme de vague stylisée, l’artiste crée un bassin qui répond à la forme de la verrière de l’atrium. Le grès est teinté dans la masse dans un camaïeu de bleu et les textures varient du brillant au mat, du lisse au texturé. Entre l’eau et la nuée de petits animaux, notre perception oscille. Au mur, la seconde installation composée de 1227 pièces elles aussi aux finitions et couleurs variées, figure une invasion végétale aux allures de carte de ce monde perdu.

Dans le second atrium, la scénographie conçue par l’agence les Scénographistes nous fait pénétrer dans la salle aux trésors. Sur des podiums de béton aux allures de vestiges d’architecture, on découvre vases, corbeilles et bouteilles. Chaque pièce est l’occasion de s’émerveiller devant la précision, la maîtrise et la finesse du travail d’Hélène Morbu. Reprenant les motifs du Palais de l’Art Déco ou s’inspirant du travail textile d’Elise Djo-Bourgeois ou des roses de Paul Iribe, la surface de ses œuvres se transforme en tressage de cuir ou tissage textile, alternant brillance, matité et effet poudré.

L’exposition nous montre également le processus de fabrication d’Hélène Morbu avec une vidéo où l’on découvre les gestes de la céramiste et la reconstitution d’un atelier où sont exposés les peignes de métal servant à créer les motifs de surface et les outils et moules nécessaires à la fabrication des pièces. Nous pouvons aussi voir toutes les recherches permettant d’arriver à la couleur et à la texture souhaitée, incluant les mélanges chimiques dans la terre, les pigments et les temps des différentes cuissons. Et surtout, on se rend compte que la création s’inscrit dans une temporalité longue.

Aller voir l’exposition Hyperborée d’Hélène Morbu est l’occasion de découvrir à la fois le patrimoine architectural Art Déco de Saint-Quentin et découvrir le travail de celle pour qui être céramiste, c’est associer la chimie, la création, l’artisanat et une touche de magie.

Hélène Morbu – Hyperborée, une vision contemporaine de l’Art Déco
Du 10 décembre 2021 au 13 mars 2022
Palais de l’Art Déco – Saint-Quentin

Visuels : 1- affiche de l’exposition / 2- Portrait Hélène Morbu /3- Hyperborée A, Hélène Morbu / 4- Hyperborée F, Hélène Morbu / 5- Hyperborée Roses Iribe, Hélène Morbu – Photos © Manuel Cohen

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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