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« Foam Talent 2015 » : l’exposition transgressive de l’atelier néerlandais

« Foam Talent 2015 » : l’exposition transgressive de l’atelier néerlandais

11 novembre 2015 | PAR Araso

L’exposition Foam Talent 2015 est un projet du Musée de la photographie d’Amsterdam en collaboration avec l’ambassade des Pays-Bas à Paris qui a lieu à l’atelier Néerlandais. L’exposition, ouverte dès aujourd’hui au public, réunit 21 artistes internationaux de moins de 35 ans mettant l’accent sur le processus de création et la singularité des œuvres. Un parcours résolument transgressif teinté de mysticisme.

[rating=3.5]

Quelque chose interpelle dans le travail de Manon Wertenbroek. La suissesse de 24 ans est passée par l’ECAL et vit et travaille à Lausanne. Son travail se situe quelque part entre la photographie d’art, la peinture et la sculpture. Elle se revendique elle-même comme étant artiste plus que photographe. Une partie de Tandem 2014 toute en points noirs sur fond blanc n’est pas sans rappeler l’univers d’une Yayoi Kusama. Sur un autre tableau photographique de la série, Manon a peint en noir les contours d’un modèle androgyne figure cubiste ou combassienne qu’elle a préalablement enduite, décor inclus, d’une large trainée rose, brouillant les frontières entre le modèle, la photographie, le cadre, placés sur le même plan mais chacun dans une dimension.

Chez le français Jean-Vincent Simonet, lui aussi âgé de 24 ans et issue de l’ECAL de Lausanne, l’œuvre photographique doublée d’un travail éditorial soigné explose littéralement pour recouvrir les murs d’une pièce circulaire. Son Maldoror inspiré du livre du le comte de Lautréamont de 1869 est bestial, gothique, romantique. L’immersion est totale, le résultat captivant, enveloppant et régressif. Le texte ne suit pas l’image, qui elle-même ne suit pas le texte, dont la fonction est davantage de participer à l’atmosphère peuplée d’anges déchus que du tissu narratif.

L’ombre d’un chaos post-apocalyptique plane sur les œuvres du belge Tom Callemin, du français Constantin Schlachter, du photographe documentaire russe Danila Tkachenko et même de l’américain Aaron Blum dont la série Born and Raised et ses portraits habités par des chiens plus gros que des hommes inquiètent, mettent mal à l’aise, laissent présager un malheur. Des vaisseaux industriels échoués sous la neige, des chevaux fantomatiques allongés à même le sol, des maisons désertées tirées en noir et blanc et cette image terrible de Tom Callemin, qui ne porte pas de titre mais où un père se cache les yeux d’une main tandis qu’il masque ceux d’une petite fille agrippée à son pantalon de l’autre, pour ne pas voir ce que l’on devine indicible: sombre vision du monde. Avec le hongrois Marton Perlaki et la russe Mariam Medvedeva on tombe dans le registre du morbide, entre expériences scientifiques qui dérivent et cadavres d’animaux blessés suspendus à des fils, marionnettes tragiques de la série When you are dead, the pose you take doesn’t matter anymore, pied de nez au monde moderne gouverné par le paraître, reflet insupportable de notre quotidien sur-scénarisé et sur-numérisé.

Le britannique Dominic Hawgood, diplômé du Royal College of Arts de Londres, dont le travail réunit photographie, image de synthèse, conception lumière, performance et installation, présente une série intitulée Under the influence empreinte de mysticisme qui examine la pratique des guérisons et des exorcismes dans les églises africaines de Londres. Des images remarquables, nettes, qui happent, accrochent, retiennent. Une longue histoire se raconte dans le cliché de cette main noire allongé au pied d’un soulier porté par une jambe blanche à la socquette sage. Cette main sur tableau lumineux brandissant une genouillère, cette fillette africaine exhalant la fumée impriment la rétine, longtemps.

Exposition Foam Talent 2015, Atelier Néerlandais, Paris, du 11 Novembre au 20 Décembre 2015

Visuels © Araso

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