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Exposition collective « Les lieux du visible », La Graineterie, Houilles : Entretien avec Maud Cosson

05 June 2021 | PAR Pauline Lisowski

L’exposition « Les lieux du visible » qui réunit les artistes Agnès Geoffray, Nicolas Floc’h, Renaud Patard et Timothée Schelstraete propose un parcours à la découverte d’œuvres qui convoquent des passages entre les médiums. Les questions liées à l’image sont au cœur des travaux artistiques qui sollicitent notre attention et notre interrogation quant au processus de regard. La première rencontre avec une œuvre d’art est source de stimulus et fait naître des sensations qui suscitent un désir d’aller au-delà d’une vision afin de percer les mystères de la création. Au fur et à mesure de la visite, les œuvres se livrent à nous tout en nous incitant à prendre le temps de connaître leurs sources, leurs origines et les histoires qu’elles convoquent. 

 

 

 

Pauline Lisowski : Comment est né le sujet de cette exposition ?

 

Maud Cosson : L’expérience avec une œuvre ou un univers artistique est souvent à l’origine de mes commissariats. Ici le travail d’Agnès Geoffray a joué le rôle de révélateur. D’abord découvertes lors de l’exposition L’envol à la Maison Rouge – Fondation Antoine de Galbert, ses œuvres n’ont cessé depuis de me saisir et de me fasciner. À partir de cette question sous-jacente, « A quoi croyons-nous ?, qui accompagne son corpus d’œuvres, j’ai eu envie de traiter de notre relation au visible, et de ce désir de voir commun à tous.

Or, le fait de voir, résulte d’un processus complexe où le fonctionnement de notre œil est finalement assez vite limité, le cerveau prenant le relais très rapidement dans les phénomènes de réception / perception / projection. Dès lors ce que nous voyons est le résultat d’une construction tant physiologique que psychologique. L’appréhension de ce qui nous entoure est donc impactée par nos singularismes, nos désirs, nos croyances, nos connaissances et nos expériences… Voir résulte avant tout d’une expérience en un temps et une situation donnée.

Ces mécanismes influent sur les manifestations du visible et de son pendant, l’invisible, l’inaccessible. C’est ainsi qu’est né le fil conducteur d’un projet qui devait inviter quatre artistes aux approches volontairement différentes (Agnès Geoffray, Nicolas Floc’h, Renaud Patard, Timothée Schelstraete). Quatre artistes qui, à un moment donné de leur processus créatif, sondent non pas le réel, mais l’image entendue comme la captation de ce qui est vu, vécu.

 

PL : Les croisements entre les disciplines fleurissent désormais. Dans cette exposition, il est question de relations entre les médiums. Quel fut ton parti pris ?

 

MC : Face à la variété des phénomènes de perception et à leurs croisements, il me paraissait important que l’exposition ait une dimension pluridisciplinaire, qui plus est, dépasse le champ, attendu, de la photographie. Le medium photographique fait figure de socle évidemment, existant ici au travers d’une variété de manifestations, à la fois support, matière, sujet, témoin… Mais il cohabite avec la peinture, l’installation ou la sculpture ce qui ouvre d’autres voies d’exploration possibles et enrichit le projet. 

Les lieux du visible est une exposition collective. En ce sens elle s’appuie sur un dialogue et une confrontation de chacun des univers artistiques accueillis. À cet égard, il m’importait, comme dans la plupart de mes commissariats, que chaque artiste puisse montrer un corpus d’œuvres assez étendu afin de dévoiler plusieurs facettes de son travail. Avec Agnès, Nicolas et Renaud nous avons vite opté pour des sélections pluridisciplinaires. 

PL : Pourquoi ces artistes, qui ont déjà exposé à la Graineterie ?

 

MC : Seul Timothée Schelstraete avait été programmé lors de la Biennale de la Jeune création. Je n’ai jamais cessé après cela de suivre son travail et sa présence dans le projet des Lieux du visible m’a semblé évidente assez rapidement, et ce pour diverses raisons. J’aime l’idée de créer du lien, de partager l’évolution d’un travail et cela ne me parait pas incompatible (bien au contraire) qu’un même artiste, à plusieurs moments de sa carrière, expérimente un même lieu, en des contextes différents.

 

PL : La vision, la perception ouvrent de nouveaux possibles. Que cherches-tu à provoquer chez le visiteur/spectateur ?

 

MC : Je cherche l’acuité d’un regard face à des œuvres et un sujet qui l’impliquent. Qu’est-ce ici que regarder ou voir ? le visiteur est à lui seul une variété de manifestations du visible (ou de l’invisible), l’acteur qui fera évoluer l’œuvre dans un nouveau champ référentiel unique et personnel.

PL : Comment as-tu pensé la scénographie de l’exposition ? Il est vrai que le lieu permet des rencontres entre l’architecture et les œuvres…

 

MC : Mes commissariats intègrent toujours l’espace d’exposition, comme support de réflexion et ce, à des stades différents de discussion avec les artistes.

Chaque projet s’envisage avec une approche singulière du lieu.  La Graineterie est atypique, c’est vrai. Elle renferme plein de possibles et de contraintes. Je la connais par cœur, pour l’avoir exploré dix années durant, et pourtant à chaque nouveau projet le lieu se réinvente. 

Contraintes de présentation ou de conservation des œuvres, ressentis des artistes face aux espaces, rythmes, circulations et respirations, dialogues et mises en lien… Tout ceci vient circonscrire et dessiner une scénographie avant qu’elle fasse sens. La Graineterie est composée de différents espaces qui, une fois la galerie d’entrée passée, se visite sans parcours imposé. Il était donc important que la première salle pose le sujet en présentant tous les artistes avant que les suivantes ne prennent des chemins plus libres et favorisent des dialogues ouverts. Ponctuant ce parcours, les œuvres de Timothée font figure de lien tacite. Cela tient à leurs caractéristiques formelles mais surtout à la personnalité d’un artiste qui se joue de ses accrochages et de ses œuvres, désacralisant au possible ses modes de monstration pour mieux se tourner vers ceux qui partagent avec lui un projet, un lieu.  

 

Exposition collective « Les lieux du visible », La Graineterie, Houilles

Avec Agnès Geoffray, Nicolas Floc’h, Renaud Patard, Timothée Schelstraete

 

https://lagraineterie.ville-houilles.fr/saison/2021-les-lieux-du-visible-2005

 

Jusqu’au 12 juin 2021

Visuel :
© Antoine Dumont.

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Pauline Lisowski

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