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Expo coup de coeur : Les Choses au Louvre

Expo coup de coeur : Les Choses au Louvre

14 octobre 2022 | PAR Julie Viers

Pour commencer, Michelangelo Antonioni fait exploser le monde consumériste dans un extrait de son film Zabriskie Point. Les choses seront vues dans tous leurs états. Cette exposition, Les choses, une histoire de la nature morte est un coup de coeur ! Elle est visible au musée du Louvre jusqu’au 23 janvier 2023. 

Les choses. Une histoire (vaste) de la nature morte 

Attention, il ne sera pas question uniquement de natures mortes ni de vanités. « Les choses » est une forme d’extension de la nature morte qui englobe également les objets, l’argenterie, les animaux écorchés, les marchés. La commissaire, Laurence Bertrand Dorléac, préfère d’ailleurs le terme d’« objets rassemblées ». Pour elle « l’expression nature morte rend mal compte d’un genre qui est très vivant, qui est, au fond, un agencement des choses en un certain ordre assemblées par l’artiste. ». Son ami, Bruno Latour, décédé récemment, écrit dans Politiques de la nature : « La nature a toujours constitué une des deux moitiés de la vie publique ». Ici tout fait monde, tout se vaut, la frontière entre la nature est l’homme est rendue floue, « les choses sont avant tout vivantes ». Le sujet est posé : les choses sera une exposition vaste sur l’histoire de la nature morte. 

Une histoire sur le long terme 

L’exposition suit un fil chronologique de l’antiquité à nos jours. L’objet est représenté depuis les sépultures préhistoriques de Gavrinis en moins 3500. Cela est le signe de son existence et de son importance aux yeux de l’homme. Les choses sont au fil du temps représentées en trompe l’œil, en guise de memento mori, en symbole de croyance, en symbole de la richesse. Les XVIème et XVIIème siècle sont une période faste pour les natures mortes. Les cabinets de curiosités sont le cadre d’ « arrangements valoris[a]nt les motifs étonnants, les monstruosités naturelles, les curiosités. »  Ils sont des « abrégés de l’univers » où les objets sont collectionnés, classés de manière méticuleuse. L’artiste se ré-approprie cette matière pour inventer son propre ordre des choses et pour donner une leçon morale à ses contemporains.

Au XIXème siècle les artistes peignent les charmes d’une vie simple. L’exposition offre au spectateur des toiles de Manet, de Bonnard, de Redon, de Cézanne, de Gauguin ou encore de Foujita. Mais le XXème siècle et l’industrialisation rompent l’harmonie des toiles au point de réduire de plus en plus la frontière entre les hommes et les objets. Sur l’air de La complainte du progrès de Boris Vian le monde industriel envahie l’art de Fernand Léger à Marcel Duchamp en passant par Arman et PlayTime de Jacques Tati. La succession se fait dans la fluidité, le propos tenu est cohérent, intéressant. Un bémol néanmoins : les deux dernières salles consacrées à la nature morte dans l’art contemporain. Il y aurait tellement à dire que résumer cela en deux espaces est malheureusement trop partiel. 

Le dialogue instauré entre les œuvres est éloquent 

Pas une simple succession de chefs-d’œuvre, l’exposition crée de nombreux échos. Les correspondances tracées entre les œuvres sont pertinentes et très bien mise en scène. Ainsi Le Repas hongrois de Daniel Spoeri dialogue avec une scène de L’épouvantail de Buster Keaton. La Desserte de Matisse retrouve l’originale réalisée par Jean Davidsz de Heem. Je ne peux pas tout vous dire parce qu’il faut le voir de ses propres yeux mais Svankmajer rend hommage à Arcimboldo, un magnifique George de La Tour discute avec un film de Tarkovski. Ce dialogue si intensif entre les œuvres est le reflet d’une absence de frontière géographique et temporelle. 

Richesse des œuvres 

Les œuvres présentent dans l’exposition sont d’une grande diversité. Cette richesse est une force de l’exposition. Il y a des peintures, des sculptures, des mosaïques, des objets, des photographies, des ready-made, des extraits de films et même de l’intelligence artificielle ! A cela s’ajoute une grande diversité dans la provenance des œuvres : France, Italie, Pompéi, Chine, Orient, Afrique,… Tout cela peut sembler foutraque, que nenni. L’exposition est finement construite. Toutes les œuvres bénéficient d’une explication reliée au thème de la salle. Tout est extrêmement cohérent ! 

 

Les choses, une histoire de la nature morte, Musée du Louvre, du 12 octobre au 23 janvier 2023. Pour plus d’informations 

 

 

Visuel : Affiche officielle de l’exposition

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