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Diffractions spatio-temporelles. Barbara Probst, « The moment in space »

Diffractions spatio-temporelles. Barbara Probst, « The moment in space »

10 mai 2019 | PAR Juliette Mariani

LE BAL accueille à partir d’aujourd’hui la première exposition parisienne de l’artiste allemande Barbara Probst, intitulée The moment in space. Retour sur le vernissage de l’exposition en présence de l’artiste.

 

Dans des salles cubiques et blanches, des triptyques ouvrent un même moment de réalité en trois dimensions. Des photos comme vous n’en avez jamais vu : une œuvre n’est jamais constituée d’une photographie isolée, mais d’une constellation de clichés pris exactement au même moment. L’artiste déclenche à un instant t des appareils qui enregistrent, sous des angles différents, le même geste ou le même événement. Ces prises de vue simultanées, ces instants démultipliés, Barbara Probst les nomme des exposure

La toute première exposure représente ainsi un bond de l’artiste, photographié sur le toit d’un building new-yorkais  : douze appareils photos diffractent un même moment en douze vues différentes. 

Exposure #1, NYC, 545 8th Avenue, 01.07.00, 10:37 p.m., 2000. © Adagp, Paris, 2019

Ces vignettes semblent nous raconter une histoire, comme la séquence d’une scène de course-poursuite dans un film. Nous sommes pourtant loin de la chronophotographie : les mouvements de l’artiste ne connaissent pas de progression, et demeurent figés dans une bulle de temps : 22 heures 37 le 1er juillet 2000. Le piège de la simultanéité est précisément de brouiller toute clarté discursive, parce que ce qui se passe au même moment n’a pas de sens chronologique. Le but avoué de Barbara Probst est de bloquer la narration, la compréhension linéaire, pour rendre les événements opaques et ambigus, à la manière des surréalistes, dont se rapprochent visuellement ses dernières œuvres. 

Donner du relief à la photographie

Barbara Probst reste marquée par sa formation de sculptrice à l’Académie des beaux-arts de Munich : elle admet trouver la photographie trop plate, et n’avoir jamais cessé d’être sculptrice en devenant photographe. Dans ses photo, les personnages sont encore des sculptures : d’une immobilité artificielle, une immobilité de marbre, ils sont sans histoire, sans volonté de raconter.  Barbara Probst admet d’ailleurs en riant que la psychologie ou l’intériorité de ses personnages lui importe peu. Elle ne s’intéresse pas à ce qui est représenté, mais à la manière dont elle le représente. Elle ne fait pas des portraits, explique-t-elle en anglais, mais des close-up, des plans rapprochés de personnes sans personnalité, mais dont le regard nous happe. Ses modèles, ajoute-t-elle, ne sont pas des personnes, mais des outils qu’elle manipule pour créer le jeu des regards.

Le sens du réel

Alors que la photographie s’attache à choisir une image, Barbara Probst fait de l’anti-photographie en produisant une équivalence entre toutes les images. La simultanéité déçoit notre penchant à choisir une photo plutôt qu’une autre, et l’autorité du moment prend le dessus sur l’autorité de l’image. Un même moment, nous apprend l’artiste, produit des résultats différents, et même contradictoires. 

Ces casse-têtes représentatifs, élaborés au moyen de maquettes complexes, n’ont cependant pas pour seul objectif de nous étourdir, mais interrogent également le sens de la photographie et son rapport au réel. Barbara Probst scrute en effet la nature de la photographie elle-même dans ses clichés, dont elle remet en cause la définition traditionnelle d’art du réel par excellence. La photographie n’est pas un médium qui reproduit la réalité dans son intégralité brute et immédiate, mais elle brouille au contraire l’accès à la « réalité » de l’événement. Alors que la multiplication des points de vue pourrait être considérée comme le moyen le plus sûr d’acquérir une certitude sur le réel, les œuvres de Barbara Probst nous apprennent que rien n’est plus contradictoire et déstabilisant que la même chose sous une autre perspective : dans ces successions d’images où rien chronologiquement ne se succède, mais où tout se superpose, les ressources ordinaires de la logique nous manquent. Comme le dit Barbara Probst elle-même : « Le fait d’être confronté à plusieurs photographies qui établissent au même moment des récits parallèles du même événement déstabilise le récit propre à chaque image. Etant tous liés au même instant, ces récits se questionnent mutuellement et, en conséquence, questionnent le médium qui les a générés. » 

 

Barbara Probst The moment in space 
Du 10 mai au 25 août 2019 
LE BAL – 6, impasse de la Défense 75018 Paris 
Ouverture : Mercredi 12h-22h. Jeudi, vendredi, samedi, dimanche : 12h-19h. 
Tarifs : plein : 7 € / réduit : 5 €

 

Visuels : image de Une : Exposure #139, Munich, Nederlingerstrasse 68, 08.21.18, 5:13 p.m., 2018 © Adagp, Paris, 2019
Exposure #1, NYC, 545 8th Avenue, 01.07.00, 10:37 p.m., 2000. © Adagp, Paris, 2019

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Juliette Mariani

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