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Dessin, peinture et scénographie aux Beaux-Arts de Paris

Dessin, peinture et scénographie aux Beaux-Arts de Paris

31 mars 2022 | PAR Laetitia Larralde

Rendez-vous ce printemps aux Beaux-Arts de Paris pour trois expositions : Le théâtre des expositions, Le partage d’une passion pour le dessin et We paint ! où se mêlent mécènes, collectionneurs, jeunes artistes et étudiants.

La passion du dessin

Les Beaux-Arts de Paris ont la seconde plus importante collection de dessins de France après le musée du Louvre. Tout comme sa collection de statues, copies ou moulages, elle a été constituée pour servir d’exemple à ses élèves. Car tirer l’enseignement des maîtres qui ont précédé par l’observation, l’analyse et la réappropriation de leurs œuvres est une pratique qui a fait ses preuves.

L’association « Le Cabinet des amateurs de dessin des Beaux-Arts de Paris » participe depuis 2005 à l’enrichissement de cette collection en cherchant à combler les manques afin que les différentes époques, écoles et artistes soient représentés. L’exposition présente 90 dessins parmi les quelques 200 acquisitions de l’association ces quinze dernières années, dont des Delacroix, Fragonard, Odilon Redon, Victor Hugo, Balthus ou encore Penone. Le parcours thématique par écoles se termine sur une sélection d’œuvres contemporaines des lauréats du Prix du dessin contemporain créé en 2013 qui récompense un étudiant de l’école, dont Marcella Barceló, Tiziano Foucault-Gini ou Juliette Dennemont.

Au milieu de cette sélection d’œuvres très variées et de grande qualité des écoles italiennes, nordiques et françaises, allant des études préparatoires aux œuvres en soi en passant par les croquis sur le vif, des étudiants de la filière « Artistes et Métiers de l’exposition » se sont immiscés. Leur intervention propose une lecture différente de l’œuvre exposée en venant agir sur les cartels ou les tranches des cimaises. Couleurs des papiers, données sociales, analyses de texte ou enregistrement audio, ces notes souvent ludiques viennent ajouter une touche de légèreté au génie des artistes présentés, une approche décomplexée du poids de l’histoire.

Réflexion sur les métiers de l’exposition

Au rez-de-chaussée, dans la salle Melpomène, cette même filière « Artistes et Métiers de l’exposition » présente le résultat de son travail en trois temps. Quinze étudiants ont travaillé avec des commissaires associés au programme pour réfléchir et prendre la mesure de tout ce qu’implique la production d’une exposition. Les étudiants sont confrontés, en plus de la conception d’une exposition avec les œuvres des collections des Beaux-Arts, à la scénographie, la mise en lumière, la logistique, ou encore aux formalités administratives et aux plannings à respecter.

Cet acte 4 de la saison 2 commence en posant la question de l’échec en art, et plus particulièrement aux Beaux-Arts, où le génie des grands maîtres est rappelé partout. A une époque où le ratage est caché derrière la mise en scène de la réussite sur les réseaux, arrive-t-on encore à tirer profit de ses échecs ? La seconde proposition, un peu moins convaincante par un manque de lisibilité de son propos, évoque la relation de l’humain à son espace construit. Comment l’architecture peut-elle déterminer des comportements, et est-il possible d’imaginer des espaces plus souples et adaptables ? Enfin, la dernière étape du parcours cherche à créer un espace commun où artistes et artisans, créations et créateurs, l’ouvrage et l’usage, puissent cohabiter et s’ouvrir sur de nouvelles pratiques décloisonnées.

Le renouveau de la peinture

Un peu plus loin, dans la Cour vitrée du Palais des Etudes, We paint ! dresse un panorama de la création contemporaine en peinture. L’exposition présente les 33 artistes sélectionnés ces dix dernières années pour le Prix Jean-François Prat, créé par le Fonds de dotation Bredin Prat pour l’Art Contemporain. Les trois finalistes concourant pour le 11ème prix de 2022 sont également présents : Pierre Seinturier, Florian Krewer et Marine Wallon.

L’exposition se divise en trois sections : la condition humaine contemporaine, le syncrétisme culturel et pictural et les abstractions sensibles. Les œuvres présentées ne sont pas nécessairement celles ayant reçu les prix, mais une sélection du commissaire Cristiano Raimondi. Après avoir été délaissée avec l’apparition de nouvelles technologies permettant de rendre fidèlement le réel qui ont remis sa finalité en cause, puis par l’art conceptuel et la dématérialisation de l’art, la peinture connait un nouvel élan. Et aujourd’hui, ce qui s’opposait hier comme le numérique et la création picturale, le réalisme et l’abstrait, cohabitent comme différentes façons de rendre compte du monde dans lequel nous vivons.

Mais la vraie surprise de cette exposition est sans aucun doute sa scénographie, conçue également par Cristiano Raimondi. Sous les 19 mètres sous la verrière, il a imaginé des cimaises blanches et géométriques s’inspirant de Giorgio De Chirico tout en contraste avec le décor néo-Renaissance de la Cour Vitrée, de sa profusion de matières et de motifs. Percées d’arches voûtées, les cimaises créent une boîte dans la boîte, un espace plus sobre dont les corniches saillantes viennent encadrer les œuvres modernes. Mais la sobriété n’empêche pas de jouer avec la multiplication des points de vue et des cadrages ludiques sur l’environnement ou sur les autres œuvres. L’accrochage est lui aussi joueur, quand par exemple un tableau faisant référence au tag se perche en haut d’un mur quand un autre figurant une cour pleine d’herbes folles se rapproche du sol.

Notons également le souci d’écoconception qui a présidé au choix tant des tableaux que de la scénographie. En effet, le commissaire a sélectionné les œuvres en « circuit court », c’est-à-dire impliquant le moins de transport possible. De plus, les cimaises serviront à d’autres expositions, notamment celle des diplômes des étudiants, pouvant s’adapter à la peinture, la sculpture ou l’installation.

Avec ces trois expositions où la nouvelle génération d’artistes a largement la parole, les Beaux-Arts nous prouvent qu’ils ne sont pas qu’une glorieuse institution historique, mais aussi l’un des lieux où se fabrique le futur.

 

Le théâtre des expositions, saison 2 acte 4
Le partage d’une passion pour le dessin
Du 23 mars au 30 avril 2022
We paint !
Du 24 mars au 24 avril 2022
Palais des Beaux-Arts – Paris

Visuels : 1-affiche de l’exposition / 2- Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Alcine retrouve Roger dans sa chambre © Beaux-Arts de Paris / 3- Marcella Barceló, Sans titre, 2015 © Beaux-Arts de Paris / 4- Gerrit Van Honthorst (1592-1656), Diane et ses nymphes © Beaux-Arts de Paris / 5- Mercure assis, 1864, Bronze, 93 x 100 cm © Beaux-Arts de Paris / 6- Jean-Louis Brian, Luca Resta, Francois Leclerc, Leg’s set, 2018 / 7- Detail de FRAGMENTALES (intramuros), Jules Goliath, 2021 © Florentine Charon / 8-9-10- vues de l’exposition We Paint !, Prix Jean-Francois Prat, 2022, Beaux-Arts de Paris

Nurith Aviv : « Les mots sont performatifs »
Museum Connections 2022
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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