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Decorum les pieds dans le tapis au MAM

Decorum les pieds dans le tapis au MAM

20 octobre 2013 | PAR Franck Jacquet

Jusqu’au 9 février prochain, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris propose une visite révérence à un pan de l’histoire du lieu, à savoir son département textile aujourd’hui disparu. L’accroche intéresse : traiter des tapis et de la tapisserie dans l’art moderne alors que depuis les Arts déco, le support avait particulièrement été délaissé. Malheureusement, la structure de l’exposition et la pauvreté du propos déroutent.

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Du tapis moderne
La liste des artistes présents donne le tournis : Francis Bacon, Giacomo Balla, Louise Bourgeois, Alexander Calder, Abdoulaye Konaté, Léger, Victor Vasarely… Un inventaire de l’art moderne jusqu’aux jeunes plasticiens qui désormais travaillent autant le dessin que le procédé du tissage, qu’ils hybrident à souhait. On comprend par la taille de l’exposition combien la tapisserie, qu’elle tisse ou qu’elle assemble par une technique ou une autre, est présente dans l’art moderne. En prenant du recul, on comprend vite que l’exposition publie le lien traditionnel aux arts décoratifs dont la tapisserie est issue. Le textile mural est à peine cité. Le textile d’ameublement lui n’a pas cette chance. Pourtant, les Gromaire ou les Delaunay n’avaient pas oublié que leurs créations étaient à considérer par rapport au mobilier ou même dans celui-là même. Deux ou trois tiroirs ou meubles d’appoint parsemés dans le parcours suffisent-ils à restituer cette dimension majeure du tapis ? Sans doute pas. Admettons…
Revenons au foisonnement. On redécouvre dans les très grandes salles de l’étage cette riche sélection qui court du début du XXe siècle à nos jours. On se demande pourquoi un pan des Arts déco est absent… L’accrochage alterne entre associations et pans entiers dédiés à des œuvres monumentales. On s’y perd un peu mais on ne peut que saluer l’ampleur de la période et des espaces, des modes d’expression couverts. L’usage du tapis dans l’art moderne parcourt ainsi le cubisme, l’expressionnisme, la peinture réaliste, les références orientales, le post-modernisme ou encore l’arte povera, les modes contemporains aux motifs éclatés. Le courant cinétique est particulièrement bien représenté de même que les grandes masses plus aisément rendues par les techniques dont le tapis reste encore souvent captif. Avec recul, on se rappelle que longtemps le textile d’ameublement fut un support rêvé pour les topoï mythologiques. Ce n’est vraisemblablement plus le cas chez les modernes.

L’absence criante de propos
Le visiteur ne peut qu’être décontenancé. On défiera celui-ci de trouver une logique à ce qui s’apparente à un amoncellement. L’accrochage erratique tantôt nous écrase, tantôt nous inquiète. Les cartels sont d’une pauvreté… Sans passer par la chronologie, les concepteurs auraient pu tisser des fils directeurs pour faire approcher cette pratique moins connue et peu présente dans les musées. Les grands thèmes choisis sont fourre-tout : orientalisme, le pictural, le décoratif (qui rend donc mal… la dimension décorative…)… Les orientalismes, en seconde partie d’exposition, déstabilisent particulièrement : un Che Guevara ou autre figure révolutionnaire nous accueille dans une salle plus exiguë où la saturation fait penser à un souk de Peshawar. Mais pourquoi cette occurrence ? Un fragment de tapis persan du XVIe siècle aurait pu montrer les continuités du temps long, les révérences du nouveau à l’ancien. Que nenni ! Isolé, il est seul, inutile. La partie traitant des primitivismes ne convainc guère plus mais on retrouvera avec plaisir les travaux accessibles de Brassai et Konate, tout en ethnicisme rêvé. La section « sculptural » rassure en fin d’exposition : le tapis est modulé, il devient aérien chez Giauque à la fin des années 1970 et même transparent, favorisant les effets d’optique. Les jeux et les trompe l’œil amusent. Westwood donne le lien à la mode et rappelle, enfin, le lien au textile vestimentaire !

L’exposition part donc d’une bonne intention : mettre en lumière des productions peu citées et exposées. Mais le parcours se délite rapidement en un embrouillamini et une juxtaposition ne permettant justement pas de comprendre en quoi la technique et la pratique du tissage et de la tapisserie, les motifs utilisés, ont pu être des clés complémentaires pour mieux approcher les principaux représentants de l’art moderne que le MAM a l’habitude de mettre en lumière.n

Visuel 1 : Caroline ACHAINTRE, Moustache-Eagle, 2008 , Tapis en laine tufté main
235 x 150 cm, Saatchi Gallery, Londres, Courtesy de l’artiste

Visuel 2 : Maryn Varbanov (atelier Sofia), Arythmie, 1972, Tapisserie de basse-lice en laine / Courtesy musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine, Angers © Maryn Varbanov

Infos pratiques

Maison Européenne de la Photographie
Salle Gaveau
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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