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Corbusier, la brute humaine

Corbusier, la brute humaine

30 avril 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Amoureux des lignes, pressez vous au centre Pompidou qui propose jusqu’au 3 août d’entrer dans la pensée de Charles-Edouard Jeanneret, dit le Corbusier.

Les marseillais nomment La cité radieuse, cette ville-monde auto-suffisante en une seule barre en la « maison du fada ». L’exposition sous-titrée « Mesures de l’homme » les fera mentir. Maison du fasciste diront les uns en référence à l’ouvrage que vient de publier Xavier de Jarcy, journaliste à Télérama, spécialiste de l’architecture, et intitulé de façon assumée LE Corbusier, un fascisme français, Maison d’un génie obsessionnel diront les autres. On entre dans cette exposition par un dessin au crayon graphite et aquarelle sur papier « Ravenne, saint-vital, chapiteau ». L’architecture est ici totale pour ne pas dire totalitaire. Elle est partout : dans les dessins, les maquettes, les sculptures, les journaux.

On découvre un Jeanneret très centré sur les natures mortes qui rapidement prendra part à la revue L’Esprit nouveau, revue d’architecture fondée par Le Corbusier et Amédée Ozenfant en 1920. Très rapidement, Le Corbusier énonce les « cinq points de l’architecture nouvelle » : pilotis, toit-jardin, plan libre, fenêtre en longueur, façade libre, posés en 1927. Suivra Le Modulor, cette idée que l’homme moyen est une mesure, pensée en 1943. Et c’est bien autour du Modulor que l’exposition s’articule, nous montrant comment tout ici est pensé avec au centre non pas un dieu mais un corps. L’occasion est belle aussi d’entrer dans les œuvres sculptées qui se font cubistes. Dessinées par Le Corbusier, elles sont le plus souvent réalisées par Joseph Savina. On gardera Ozon, un jeu d’espace superbe qui sera présent dans le bureau de l’architecte rue de Sèvres.

Mais ce sont bien les dessins et les maquettes qui ici impressionnent par leur brutale folie, par les lignes raides. L’apothéose étant la réalisation d’une ville, Chandigarh, dont les vidéos projetées ici nous montrent des mondes qui s’entrechoquent entre tradition ancestrale et modernité. On retrouvera bien sûr les créations phares de l’architecte telles la Villa Savoy ou la chapelle Notre-Dame-du-Haut.
La scénographie se pare de quelques courbes qui rappelleront justement le toit de cette chapelle.

L’exposition se fait finalement très politique sans jamais en avoir l’air. En déroulant le fil conducteur de l’Homme comme mesure et en ponctuant tous les panneaux des courbes du Modulor, les allusions à un rêve dictatorial apparaissent évidente au travers de la pureté excessive des lignes.

Visuels :

Le Corbusier (1887 – 1965), Chapelle Notre-Dame-du-Haut, Ronchamp, 1950 – 1955

© Bertrand Prévost – Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© F.L.C. / Adagp, Paris

Le Corbusier (1887 – 1965), Nature morte,(Nature morte « l’Effort Moderne » ; Nature morte Léonce Rosenberg) 1922

© Georges Meguerditchian – Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© F.L.C. / Adagp, Paris

Le Corbusier (1887 – 1965), Le Modulor, 1950
© Georges Meguerditchian – Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© F.L.C. / Adagp, Paris

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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