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Claude, un empereur au destin singulier

Claude, un empereur au destin singulier

11 février 2019 | PAR Raphaël de Gubernatis

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon tient à rétablir la vraie identité de l’empereur Claude, né à Lugdunum en 10 avant Jésus-Christ, au cours d’une exposition qui occulte aimablement les aspects malsains du personnage.

A Lyon, l’empereur Claude, on l’aperçoit tout d’abord à l’angle du quai Saint Vincent et de la rue de la Martinière, peint sur cette façade d’immeuble devenu fameuse où sont figurées les célébrités lyonnaises. Il est là, planté sur un balcon, contemplant, tout comme une concierge, les voitures et les passants qui longent les quais de la Saône. Puis on le retrouve dans l’antichambre de l’exposition qui lui est consacrée par le Musée des Beaux-Arts de l’antique capitale des Gaules, boiteux, bègue, pleutre, à plat ventre devant Caligula, son sanglant neveu, parfaitement veule et grotesque, comme l’ont dépeint le cinéma et la renommée tout au long du XXe siècle. Une image déplorable que cette exposition présentée dans sa ville natale veut s’efforcer de laver en s’appuyant sur des faits historiques, des écrits contemporains, les recherches les plus récentes des historiens.

De l’ « impudique Messaline à la sanglante Agrippine »

Entre « l’impudique Messaline » et la « sanglante Agrippine », qui toutes deux, et parmi d’autres, furent ses épouses, entre les règnes de monstres comme Caligula et Néron, il est vrai que le pauvre Claude, trop normal pour son époque, et tout imperator qu’il soit devenu, aura toujours fait figure de fantoche. Et les historiens romains, non plus que la postérité, n’auront guère été tendres à son égard. Mais ici, ses concitoyens lyonnais (Tiberis Claudius Drusus est né à Lugdunum en 10 avant Jésus Christ, alors que son père, l’avantageux Drusus, guerroyait sur le Rhin, aux marches de l’empire), ses concitoyens ont franchement décidé de réhabiliter sa mémoire en voyant en lui l’érudit qu’il fut, le constructeur du grand port de Rome, celui aussi qui eut l’honneur de pouvoir élargir les limites de la ville de Rome parce qu’il avait su largement agrandir l’ « Imperium Romanum ».

Une effroyable famille

Claude bégayait, Claude boitillait, victime de problèmes neurologiques parfaitement compréhensibles quand on est né au sein de cette effroyable dynastie des Julio-Claudiens, des mafieux avant la lettre où les tyrans sanglants le disputaient aux matrones les plus épouvantables. Dans cette Gens Iulia qui prétendait, pas moins ! descendre de Vénus, un boiteux comme Vulcain, et bégayant de surcroît, faisait très fâcheuse figure. Ainsi, sous le règne d’Auguste, l’époux de Livie, sa grand-mère, sous celui de Tibère qui était son oncle, et un peu moins sous celui de Caligula, qui était son neveu, et alors que son frère Germanicus faisait figure de héros auréolé de gloire, Claude apparaissait comme le vilain canard dont on avait un peu honte, voire qu’on méprisait ouvertement et qu’on aurait bien voulu cacher aux yeux du peuple et du Sénat romains. C’est sans doute à cause de ses disgrâces, à cause du fait qu’il se vit écarté du pouvoir jusqu’à l’âge de 50 ans, que Claude se réfugia dans les lettres et l’érudition. Il fut l’auteur d’une vaste histoire des Etrusques et d’une histoire de Carthage, rédigea un rapport détaillé sur l’assassinat de César, au grand dam de ses mère et grand-mère, multipliant les livres là où ses parents multipliaient les meurtres.

Caché, terrorisé, derrière une tenture et salué comme empereur

Condamné par ses propres crimes et par ses terrifiants délires, Caligula est assassiné après quatre ans de principat. Et l’Histoire veut que Claude, terrorisé par le meurtre de son neveu et s’étant caché dans les plis d’une tenture au sein des palais impériaux, y ait été découvert par un soldat aux pieds duquel celui qui sera le lendemain empereur se jeta paniqué pour demander grâce. Mais il était fils de Drusus, frère de Germanicus, petit-fils de Livie, neveu de Tibère, petit-neveu d’Auguste. Et c’est ainsi qu’il fut alors salué du titre de César, même si le Sénat y fit d’abord quelques manières. Et là, ce prince jusqu’alors effacé fit désormais honorable figure. C’est sous son règne que la Maurétanie Tingitane et la Maurétanie Césarienne furent incluses dans l’Empire romain. Mais aussi la Lycie, la Thrace et la Norique. Et c’est Claude, traversant la Manche, qui mena à bien, sans grand péril, il est vrai, la facile conquête de la Bretagne, du sud-est de l’actuelle Angleterre. C’est sous son règne encore que fut aménagé cet immense « portus », ce port d’Ostie surdimensionné, mais qu’on voulut assez vaste pour pouvoir accueillir les innombrables navires venus ravitailler Rome. Et c’est lui encore qui plaida devant le Sénat afin que les dignitaires de toutes les Gaules puissent accéder aux dignités jusque là réservées aux Romains. On en était tellement satisfait qu’à sa mort le Sénat le divinisa.

Le père de Brittanicus

Plus que les œuvres exposées, les bustes, les statues, les hauts-reliefs, les monnaies antiques… c’est tout l’appareil historique qui accompagne l’exposition qui est éloquent. Ce sont les commentaires des historiens, ou des conférenciers, qui restituent une figure qu’il était évidemment légitime de revaloriser en dehors de la légende pitoyable accolée au père adoptif de Néron et au vrai père de l’infortuné Britannicus. Britannicus ainsi surnommé parce que Claude avait contribué à donner la Bretagne d’alors à l’Empire, et qui fera plus tard une très belle carrière au théâtre grâce à Racine.
Cela n’empêchera pas Suétone, qui accorda toutefois à Claude de certaines qualités en tant que législateur ou en tant que gérant de l’Empire, de souligner combien il fut cruel lui aussi, à l’image de la société de son époque où le message chrétien était bien nécessaire. Et de le décrire se délectant dans la contemplation de suppliciés ou faisant égorger des gladiateurs dans l’arène pour s’offrir le plaisir délicat d’observer leurs visages au plus près, au moment où ils expiraient dans d’effroyables souffrances.

Raphaël de Gubernatis

Exposition : « Claude, un empereur au destin singulier ». Tous les jours sauf mardi de 10h à 18h. Jusqu’au 4 mars 2019. Musée des Beaux-Arts de Lyon, 20, place des Terreaux 69001 Lyon. Billeterie : www.mba-lyon.fr

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