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Chimères Cellulaires : la « simplexité » organique d’Emmanuel Lesgourgues

Chimères Cellulaires : la « simplexité » organique d’Emmanuel Lesgourgues

06 juillet 2021 | PAR David Hanau

Le musée de Guéthary (64) propose jusqu’au 29 août une exposition consacrée aux travaux de l’artiste Emmanuel Lesgourgues : Chimères cellulaires. Un dialogue fructueux entre le motif et la matrice du vivant qui invite à une réjouissante balade sensorielle.

Aux confins de l’infini

Les séries qui composent l’exposition Chimères Cellulaires semblent, à première vue, former un ensemble disparate. Mais progressivement, au fil de la visite, l’œil s’accoutume à l’écriture d’Emmanuel Lesgourgues et découvre le fil d’Ariane qui constitue la démarche de l’artiste.

Depuis 2018, Emmanuel Lesgourgues utilise la tablette numérique comme unique outil de dessin. Si l’écran impose rapidement un format spatial compact, une « zone de travail » contrôlée, c’est bien grâce à la puissance de cet outil que l’artiste libère son impulsion créative en jouant avec de multiples échelles, et une infinité de calques et de couches. L’écriture automatique et intuitive de l’artiste impose une grammaire de l’aléatoire, et crée la surprise du dessin final. « J’éprouve le sentiment de me perdre dans l’espace du dessin, de traverser l’écran et d’échapper aux limites du format. L’utilisation de ce support, en instaurant de nouveaux rapports, ouvre au plaisir d’une création dynamique, à l’expérience d’un continuum de dessin évolutif. »

Aux frontières des vivants

L’exposition qui s’intègre avec harmonie aux espaces du musée s’articule autour de quatre séries, quatre explorations de la matière organique.

La première, Étapes intermédiaires, est une déconstruction volontaire et inconsciente du process « à venir » de l’artiste. Chaque embryon de dessin provoque le suivant, dans une apparente linéarité qui, en réalité, semble convoquer sur une même surface différentes dimensions de la matière cellulaire, pour créer une conversation visuelle qui tenterait de mettre le vivant en équation.

C’est sans doute cette approche quasi biologique qui a amené Emmanuel Lesgourgues à proposer la série Hydroponie.

À partir de photographies de sculptures qui constituent des squelettes volumiques, l’artiste injecte ses motifs cellulaires pour donner vie à sa « galerie de l’évolution », des organismes vivants en train de s’inventer.

« Graphiquement, tout se relie. C’est en ça que je crois à la force de l’aléatoire et que l’on se rapproche du vivant, parce qu’il y a une trace unique, qui est ma façon d’écrire, qui traverse tous mes travaux ».

Cette impulsion végétale et organique a sans doute donner envie à l’artiste de se confronter à la question du paysage avec « Biostasie ». Si cette série est en apparence plus figurative, elle résulte en réalité d’un procédé similaire, qui crée la perspective par la superposition et la recomposition d’éléments naturels, formant ainsi une relecture très personnelle de la grammaire du paysage.

Avec sa dernière série, Transgénose, Emmanuel Lesgourgues joue du même procédé pour provoquer la fusion de corps animaux et humains, dont la multiplicité des postures semble vouloir évoquer une synthèse personnelle et compacte de la statuaire de l’ère classique.


Déflagration chromatique

La grande harmonie de l’exposition Chimères cellulaires repose également sur la couleur.
Les jeux chromatiques créent le lien entre chaque série, autant qu’ils permettent de donner de la profondeur et de la perspective.

« Ma disposition des couleurs ne suit pas la règle du foncé au premier plan, mais est aléatoire. La perspective est appréhendée par le dessin et le traitement des plans, mais pas avec la couleur. »

Avec l’exposition Chimères cellulaires, le musée de Guéthary offre à ses visiteurs une merveilleuse promenade visuelle, qui saura satisfaire les appétits artistiques des habitants et des estivants de la côte basque.

Visuels : photos de l’exposition / DR

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