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Céleste Boursier-Mougenot & Tianzhuo Chen maîtres du « Bel aujourd’hui » au Palais de Tokyo

Céleste Boursier-Mougenot & Tianzhuo Chen maîtres du « Bel aujourd’hui » au Palais de Tokyo

23 juin 2015 | PAR Yaël Hirsch

Ce lundi 22 juin, le Palais de Tokyo procédait aux vernissages de la saison estivale. Toujours pléthorique, Le Bel aujourd’hui est une grande fête des sens et des neurones, où l’on s’est laissé séduire par l’élégance de l’Acquaalta de Céleste Boursier-Mougenot (actuellement exposé au pavillon Français à la biennale de Venise, voir notre article). On a aussi aimé se laisse brusquer la culture trash pop et globale de l’artiste chinois Tianzhuo Chen, en performance très barrée à 20h30.

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Voyage au bout d’un enfer mythique, par Céleste Boursier-Mougenot
Avec Acquaalta, Céleste Boursier-Mougenot créé des passerelles entre la biennale de Venise et le parisien Palais de Tokyo. Installée dans l’espace majestueux que Juan Le Parc et Takis ont occupé, l’exposition transforme la structure du palais et plonge le visiteur dans une pénombre fascinante, illuminée par des flots noirs d’une élégance extrême et qui font penser au mythique fleuve léthé. Projections et son sont se connectent avec ce flux d’encre, illuminés par la technique du zombi-drone, chère à l’artiste où les signaux vidéos représentant des passants sont des signaux cryptés et tronqués.  Au bout de ce voyage métaphysique et élégant, il y a même quelques barques de Charon pour nous transporter au fond de l’inconnu et y trouver, encore et encore du nouveau. Spleenétique, spirituel et majestueux.

Sexe, drogue et hip-hop, le monde tout de même enchanté de Tianzhuo Chen.
La claque de cette saison d’exposition au Palais de Tokyo est l’artiste Chinois Tianzhuo Chen. A à peine 30 ans, ce jeune homme turbulent et hyper-doué brûle et brusque, à travers une iconographie résolument pp et clinquante. Dans son oeuvre pleinement multimédia (peinture, vidéo, installations, performances), les codes culturels mondialisés semblent éventrés pour présenter un sabbat de sexe (nudité provocante, drapeau enjoignant à la libre-masturbation), de drogue (bangs sous verre), de glam-hip hop (performance sur le bling bling chinois nommé Paradi$e beach voir ci-dessous) et de bouddhisme. Eh oui, c’est un peu comme si Bukowski utilisait de la couleur et qu’il était demeuré croyant, voire un peu prosélyte. Le résultat est juste génial, provoquant, exigeant et plein de vitalité. A 20h30, il a bien remué (même) le public du palais de Tokyo avec « Adaha 2 ».

Le troisième volet de l’artiste thaïlandais Korakrit Arunanondchai.
Étalée sur de la toile en jean abrasée, riche de dizaines de personnages modorés, comprenant aussi bien des symboles bouddhistes que des jets de peinture éclatante, à laquelle s’ajoute une projection vidéo confortable, Painting with history in a room filled with people with funny names, accomplit une trilogie commencée en 2012. A réserver aux fans d’expressionnisme et de figuration.

Les Servitudes de Jesper Just
La topographie su sous-sol était également modifiée pour accueillir les installations vidéo et sonores de l’américain Jesper Just. Héroïnes Hitchcockiennes, sons planants et façades industrielles se succèdent dans une brume mécanique envoûtante. Un travail XXL et onirique à découvrir.

Hannah Bertram et Aram Bartholl
Dans les marches qui ramènent au rez-de-chaussée la rousse et élégante Hannah Bertram était venue présenter ses Phoenix in Ruins (2005), travail sur la poussière, tandis que pour 5 euros, l’allemand Aram Bartholl présentait son projet Dead Drops, jouant sur les codes des commons réunis sur un site deaddrops.com, prenant le risque du virus et jouant la carte du réel en demandant aux visiteurs de participer. Un concept qui pourrait faire fleurés en marketing!

Le prix Canson et les œuvres fragiles de Patrick Neu
De retour dans le Hall d’entrée, sur la droite, la fondation Canson révélait les 5 finalistes de son prestigieux prox de dessin: Trisha Donnelly (USA), Rokni Haerizadeh (Iran), David Musgrave (UK), Mithu Sen (Inde) et Adrián Villar Rojas (Argentine). A voir jusqu’au 13 septembre. A côté, Canson participait également à la découverte d’un artiste alsacien discret depuis plus de 30 ans, Patrick Neu. Travaillant sur le verre, les iris, les pattes d’insectes et autres matières fragiles, ce génial obsessionnel tisse une sorte de mémoire accidentée du monde qui l’entoure avec une poésie et une fragilité qui rappelle Kiki Smith. A découvrir cet été.

visuels : page facebook du palais de Tokyo / YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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