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Basquiat, Muniz, Gordon et tant d’autres prennent leurs quartiers d’été à la Collection Lambert

Basquiat, Muniz, Gordon et tant d’autres prennent leurs quartiers d’été à la Collection Lambert

04 juillet 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Encore troublés par les larmes colorées de Francesco Vezzoli, c’est éblouis que nous sortons de la saison d’été de la Collection Lambert à Avignon avec un éclairage neuf et très surprenant sur Basquiat…entre autres !

Sous la curation de Stéphane Ibars, la collection d’Yvon Lambert prend une tournure plus radicale et cela n’est pas pour nous déplaire. Le parcours est absolument parfait. Des néons de Joseph Kosut aux grands formats inédits en France de Vik Muniz, le chemin interroge les racines à tous les sens du terme. « Qui inspire qui ? » est peut-être la plus grande question de cet accrochage.

De Basquiat, l’on retient la violence, un chiffre : 27 et la rue. Et pourtant, gamin, il courait les musées et se nourrissait de ceux qui avaient l’Afrique pour modèle. Picasso et Matisse en tête, et  Ibars invite l’une des stars de Lambert à la fête : Twombly.

On voit un dessin de Matisse, une feuille d’arbre sur bois se confronter à Icarus Esso,un collage de photocopies qui s’amuse des carburants. Ailleurs, le rare Nu debout de Picasso, tout en traits, aux crayons de couleur (1946) semble être l’inspiration première du célèbre Asbestos de Basquiat, ici à domicile.

Dans une autre salle, lumineuse, Picasso et Basquiat dialoguent encore dans une évidence des couleurs et des formes. Portrait de femme au chapeau à pompons et au corsage imprimé (1962) est dans ses couleurs totalement relié au street artiste. Le climax est atteint par le  superbe Ass, où l’on voit une tête de chèvre coiffée d’une couronne, peint sur une porte. L’oeuvre est côte à côte avec La Chèvre de Picasso, huile et fusain sur contreplaqué, et la passion de Basquiat pour le cubisme devient limpide.

Bien plus tôt, en croisant les portraits en café sur papier de Jonathan Monk, on imagine qu’un lien est là entre lui et Muniz qui, en 2016 exposait ici ses peintures en chocolat ou en confiture. Et dans les corps hantés par la mort de Nan Goldin résonnent les visages aux yeux brûlés de Douglas Gordon. Idem, entre « Iles flottantes » ( If Monet Met Cezane In Montfavet) de Gordon, une vidéo bucolique, et le salon en champagne (Ruinart) de Vik Muniz, les fondations semblent posées.

Et la magie opère, comme souvent, dans le dernier espace de la collection, immense salle en U où sont accueillis les saints de Vik Muniz, dans le cadre du Grand Arles Express. Imaginaria est un corpus de dix-neuf photographies de saints selon leurs représentations iconiques (Sainte Agnès de Simon Vouet,  Saint Jean le Grand d’après Guido Reni…)

Quand on s’approche, l’on découvre un étonnant travail de collage qui n’a rien à voir avec le sujet. Sur le Saint Jean, par exemple, on voit apparaître des images de défilés de mode, sûrement découpées dans des journaux féminins. Plus loin L’immaculée conception semble voler tout en doré.

L’oeuvre est politique bien sûr et agit sur le duo apparence/réalité. Présentée uniquement au Brésil avant Avignon, cette série est à l’image de cet artiste qui ne cesse de troubler le regard et les perceptions.

La collection accueille des spectacles du Festival, notamment ceux de la pointue sélection suisse.  A ne pas rater, Nirvana de Delgado Fuchs et Phédre ! de François Gremaud. 

Jusqu’au 29 septembre à la Collection Lambert

 

Visuels : ©ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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