Expos
Caumont Centre d’Art : Questions à Christophe Aubas

Caumont Centre d’Art : Questions à Christophe Aubas

10 août 2015 | PAR La Rédaction

[Article partenaire]

Sous l’égide de Culturespaces, Caumont Centre d’Art vient d’ouvrir ses portes au cœur de la ville d’Aix-en-Provence. Il propose du 6 mai au 20 septembre 2015 une exposition consacrée à Antonio Canaletto, peintre vénitien du XVIIIème siècle : « Canaletto, Rome-Londres-Venise. Le triomphe de la lumière » (voir notre article). Le lieu est également un Centre d’Art avec une programmation riche et interdisciplinaire  tout  au  long  de  l’année.  Entretien  avec  l’administrateur  de  ce  haut  lieu culturel, Christophe Aubas.

Pouvez-vous nous parler de Pauline de Caumont ? Quel rôle jouent son influence et son Histoire sur le Centre d’Art qui vient d’ouvrir ses portes ?

La Marquise de Caumont, née Pauline de Bruny de la Tour d’Aigues (1767 – 1850), fût la dernière grande dame de l’Hôtel de Caumont. Cette période correspond à l’âge d’or de l’hôtel particulier, où se mêlaient le faste des soirées somptueuses, le luxe de l’aristocratie aixoise et la douceur de vivre provençale. Elle a profondément marqué l’histoire des lieux et a ainsi inspiré la restitution et la décoration des salons historiques où nous nous sommes attachés à retranscrire cette atmosphère si particulière du XVIIIe siècle. C’est dans cet esprit que nous avons choisi de mettre à l’honneur Pauline de Caumont en restituant la chambre de madame, et l’anti-chambre transformée en salon de musique.

Le bâtiment est une perle du 18ème siècle. Qu’avez-vous (re)découvert lors des immenses travaux de rénovation qui ont duré près de deux ans?

Les travaux de restauration n’ont duré que vingt mois ; mais ils ont été précédés d’une étude croisée des documents d’archives, plans d’époque et état des lieux actuels pour retrouver les traces du projet de François Rolland de Réauville, initiateur de la construction de l’édifice et pour lequel il avait fait appel à Robert de Cotte, premier Architecte des Bâtiments du Roi.

Les découvertes et redécouvertes ont été nombreuses lorsqu’il s’est agi de déshabiller le bâtiment des faux plafonds, des cloisons érigées au cours du temps et revêtement de sol. Nous pourrions citer les dentelles de gypseries, les tonalités originelles des premières couches picturales des pièces après des sondages à travers les repeints. C’est aussi la redécouverte des dorures ternies par le temps qui retrouvent leur éclat après le travail minutieux de restauration à la feuille d’or. Elles remettent en lumière le style rocaille de l’époque.

Culturespaces a investi le lieu non pas pour en faire un simple musée, mais un « Centre  » où les arts cohabitent. Est-ce une expérience nouvelle à Aix ? Aviez-vous certains modèles de lieux culturels en tête en repensant l’organisation de l’Hôtel de Caumont?

Aix-en-Provence n’a pas attendu Culturespaces pour devenir une ville à fort caractère culturel, où les arts cohabitent et s’entremêlent ; nous pourrions citer bon nombre de lieux ou d’institutions qui participent au rayonnement artistique et culturel du Pays d’Aix. Mais je crois qu’en effet, Caumont Centre d’Art est un lieu unique où différentes formes d’art sont appelés à s’exprimer, à se côtoyer, à être partagés, au cœur d’un joyau du XVIIIe qui a retrouvé tout son éclat d’antan.

Caumont Centre d’Art n’est pas la réplique d’un modèle en particulier. Culturespaces a acquis au cours des vingt dernières années une solide expérience dans la gestion de musées, de monuments et sites historiques. Caumont Centre d’Art a été imaginé en s’appuyant sur l’ensemble de ces savoir-faire enrichis et éprouvés par les années. Mais Caumont a aussi son identité propre marquée par l’histoire des lieux et par notre volonté d’en faire un centre d’art et de vie, au cœur de la cité.

L’initiative est-elle complètement privée ou la municipalité est-elle également impliquée dans le projet ?

Lorsqu’il a été question de vendre l’Hôtel de Caumont qui abritait depuis quarante ans le Conservatoire de musique, la municipalité a retenu le projet de Culturespaces d’en faire un centre culturel après une minutieuse restauration. Depuis, la ville d’Aix-en-Provence nous suit, avec intérêt, dans l’avancée de ce projet. En cela, nous pouvons dire que la municipalité apporte un réel soutien à Caumont Centre d’Art. En outre, avec la Direction Régionale aux Affaires  Culturelles,  la  Communauté  du  Pays  d’Aix  a  participé  au  financement  de  la restauration de la façade, des ferronneries, décors et gypserie de l’Hôtel classé au Monument historique. Pour le reste, il s’agit bien d’une initiative exclusivement privée, tant dans la restauration du monument que dans la gestion quotidienne du site ou dans la programmation culturelle du centre.

Quel est le public que vous visez? Et avec le Lounge Caumont , voulez-vous faire du Centre d’Art un lieu de vie et de sociabilité des aixois?

Culturespaces a la belle ambition de mettre l’art et la culture à la portée du plus grand nombre. Ce centre a donc vocation de recevoir tout public ; et les nombreuses familles que je croise régulièrement à Caumont en cette fin du mois de juillet nous confortent dans notre ambition. La diversité des moyens proposés pour découvrir les salons historiques ou l’œuvre de Canaletto présentée jusqu’au 20 septembre prochain, répond à ce souci de transmettre ce patrimoine culturel à tous les publics : des tablettes multimedia, des applications pour smartphones, une installation immersive par le son et l’image dans l’univers vénitien du peintre, un réplique d’une camera obscura, technique de la chambre noire qu’utilisait Canaletto pour reproduire les paysages urbains de son temps.

Notre ambition est aussi d’en faire un lieu de vie, avec notamment le Lounge Caumont ouvert en soirée au grand public. On vient y échanger, boire un verre entre amis, partager quelques assiettes légères, dans cette atmosphère si particulière des décors XVIIIe ou en terrasse devant les jardins à la française et ses jeux d’eau.

Côté exposition, vous inaugurez le lieu en restant dans le 18ème siècle qui imprègne les murs, mais regardant du côté de Venise. Comment avez-vous choisi Canaletto ? Et pourquoi passer par la question de la Lumière?

Canaletto est un contemporain de l’hôtel particulier construit au début du XVIIIe siècle. Ses toiles romaines, vénitiennes ou anglaises mettent en exergue son talent d’avant-garde pour jouer avec la lumière : soit triomphante du soleil de Venise, ou plus délicate et tamisée lors de sa période anglaise, parfois crépusculaire et mélancolique à la fin de son parcours d’artiste. Alors que Caumont retrouve son éclat et sa lumière originel, le peintre des vedute participe au rayonnement inaugural de notre centre d’art. Canaletto ayant débuté dans les décors d’opéra à Rome, ce choix est aussi un clin d’œil au festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence.

La deuxième grande exposition de l’année montrera « Les collections du Prince du Liechtenstein » avec des toiles de peintre classiques comme Cranach, Raphaël, Rubens… Avez-vous vocation à rester du côté des « grands maîtres » pour les grandes expositions ou allez-vous parfois également aller vers les impressionnistes et les contemporains, comme vous le faites déjà avec les photos de Laurent Chéhère?

Ces premiers choix classiques s’inscrivent naturellement dans la forte identité du lieu. Mais rien ne s’oppose à ce que de prochaines expositions présentent des œuvres plus contemporaines. Vous évoquez les photos contemporaines de la série Flying Houses de Laurent Chéhère exposées dans la cour d’honneur jusqu’en novembre prochain. Il pourra en être de même pour les expositions majeures : ainsi, après une rétrospective autour de Turner à l’été 2016, nous nous tournerons vers la photographie et Marilyn Monroe, star monumentale du cinéma et objet des plus grandes convoitises des photographes.

Côté concerts, qu’avez-vous programmé cet été?

Au mois de juillet, un ensemble de musique baroque a interprété un portrait musical de Canaletto ; ainsi, des airs de Vivaldi, Bach, Händel,… sont venus résonner dans les salons de Caumont. Les deux derniers week-ends du mois d’août, c’est dans la cour d’honneur que des concerts seront donnés en soirée, dans le cadre du festival « Musique dans la Rue » d’Aix-en- Provence. Une programmation pour l’automne est en cours : jazz, chant lyrique, musique baroque, poème,… viendront animer les soirées du Lounge.

Il y a aussi du cinéma et des conférences…

Dans l’auditorium, installé dans les communs de l’hôtel particulier, le film inédit sur « Cezanne

au Pays d’Aix » est proposé en permanence à nos visiteurs. Il retrace l’attachement du peintre provençal pour sa région natale, sa vie intime et son parcours pictural. A l’initiative de Culturespaces, la réalisation de ce film s’appuie sur les correspondances de Cezanne et l’expertise  de  deux  spécialistes,  Denis  Coutagne,  historien  de  l’art,  et  Philippe  Cezanne, arrière-petit-fils du peintre.

Cet auditorium est aussi un lieu privilégié pour des conférences culturelles et scientifiques. Nous avons ainsi reçu Bernard Foccroule, directeur du festival international d’art lyrique d’Aix- en-Provence, puis l’architecte Rudy Ricciotti dont les édifices en béton brut ont construit sa renommée internationale. Le 22 septembre, une soirée sera consacrée à la restauration de Caumont, en présence de Mireille Pellen, architecte du Patrimoine qui a conduit l’ensemble de la restauration de l’hôtel, et de Didier Benderli, décorateur qui a su restituer, avec talent, le raffinement du style XVIIIe des intérieurs.

Visuels :
Portrait de  Christophe Aubas: ©C.Michel
Vue du Drone © Wearecontent(s)
Vues intérieures  © S.Lloyd
Salle de peintures : © C.Duranti

Infos pratiques

Collection Lambert Avignon
L’Espace Alya
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *