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Anne Chevassus : « Nous sommes saturés d’images »

Anne Chevassus : « Nous sommes saturés d’images »

22 novembre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les 27 et 28 novembre, Anne Chevassus expose son Absente très vivante au Domaine de LIZIERES. Rencontre autour des traces qui ne s’effacent pas forcement.

L’absente – Bande annonce.mp4 from Chevassus Anne on Vimeo.

 

Avant tout, qu’est ce que cet objet ? Un film-installation ?

Lorsque j’ai commencé l’écriture de L’absente, il est vite apparu qu’un montage linéaire sur un écran unique ne me permettrait pas de mettre en forme ce que je cherchais. Il ne s’agissait pas de raconter l’histoire d’un être absent et de la personne pour laquelle cette absence se pose, mais davantage de donner une transcription de son traitement psychique. Il s’agissait de faire coexister différents plans, différentes tonalités, différents imaginaires, scenarii qui existent simultanément dans la pensée. Les différents panneaux-écrans me permettent de donner forme à cette polyphonie. Par ailleurs, comme je viens de la peinture, cet objet se rapproche du polyptique à la différence que les panneaux sont séparés et qu’on se promène dedans. Ces références sont beaucoup plus familières pour moi. 

Vous travaillez la question de la trace et vous la différenciez du manque. Pourquoi ? 

Ce qui m’intéresse, ce sont les élaborations psychiques du personnage à propos de cette absente. Un être absent est toujours un être absent pour quelqu’un, mais comment l’est-il ? Qu’est-ce que cette absence vient creuser ? Quelles sont ces figurations ? D’une certaine façon, j’aborde la question de l’être absent à la manière de l’attente et des rêveries qu’elle engendre. Il y a bien quelque chose de manquant, toutefois je ne pose pas l’accent sur le vide, le manque ou la disparition mais sur les fantasmagories qui les comblent, les recouvrent. L’absente ne raconte pas une perte qu’il s’agirait d’exorciser, le ton n’est pas à la mélancolie. Avec Olivier Talayrach, qui a composé la bande-son, nous avons été très attentifs à éviter la plainte, l’élégie. 

Est-ce que cette exposition s’inscrit dans votre parcours personnel ou artistique ?

Les deux, difficile de séparer l’un de l’autre. Je dirais que différemment de mes autres courts métrages, ce film explore davantage un sujet intime car il s’appuie sur de la matière autobiographique. Du point de vue de mon parcours artistique, il marque un tournant, la sortie de la salle de cinéma pour l’espace d’exposition, qui me donne beaucoup plus de liberté et qui me permet de rejoindre la peinture et les arts plastiques. Après avoir été fascinée par l’image numérique et l’hyperréalisme qu’elle permet, je reviens à la chimie pour ainsi dire en recourant essentiellement à la pellicule. Cela suppose également plus de risque car on ne peut pas contrôler au moment du tournage les images filmées. J’aime ce temps d’attente entre le tournage, le développement et la découverte des images, qui m’évoque le temps plus long de la peinture à l’huile. Entre deux couches de glacis, il faut parfois attendre deux mois… En outre certains effets ne sont possibles que par l’intermédiaire de cette écriture de la lumière sur la pellicule.

Votre médium est donc l’image en noir et blanc, pourquoi ? Les souvenirs peuvent-ils être en couleur ?

Nous sommes saturés d’images, c’est banal de le dire. Toutefois pour l’artiste cela pose question. Lors de ma dernière exposition de photographies, j’ai abordé cette difficulté au moyen d’un dispositif permettant de placer les images en un espace différent pour les décaler de nos images habituelles. Après tout, l’art se situe bien dans un monde autre, c’est d’ailleurs à cette condition, me semble-t-il, qu’il peut favoriser, en retour, un regard autre sur le monde. Le noir et blanc me permet de me décaler des images quotidiennes et d’entrer en poésie. Il convoque le corps différemment. Puis, rien n’y fait, c’est ce que je trouve de plus beau ! Le choix de la pellicule Super 8 fait aussi référence aux films de famille dont le grain et les imperfections donnent chair à ces moments capturés. Selon moi, ce n’est pas l’hyperréalisme 4K qui donne accès à la chose. Quant aux souvenirs, oui, ils peuvent être en couleur. Mais comment en être sûr puisque la plupart sont recouverts de photographies… ou élaborés…

Votre travail s’amuse à semer le trouble entre fiction et réel. Parlez-moi de vos outils pour y parvenir ?

Rien de plus simple : une caméra Super 8 et de la pellicule argentique. J’utilise différents stratagèmes pour créer des incidents lumineux, il y a comme un drame à la genèse même de l’image. C’est de cette manière que j’obtiens des images étranges qui sont créées au moment de la captation. Sur ma table de montage, pas d’effet spéciaux. J’aime les images qui se situent en zone trouble, en lisière ; elles nous convoquent d’une façon singulière. Par ailleurs, cela me permet d’inverser le rapport entre réel et fiction. Dans L’absente, j’ai voulu que les images les plus « réalistes » soient renvoyées du côté de la fiction, et les images les plus « abstraites » du côté du réel. 

Informations pratiques :

Samedi 27 novembre à partir de 14h et dimanche 28 novembre de 11h à 18h. Domaine de LIZIERES 11, allée du Comte de Lostarges 02400 Epaux-Bézu.

Pour s’y rendre : 

En Navette : le 27/11 : rendez-vous devant L’Arsenal 75004 départ pour Lizières à 14h30 Lizières-retour à Paris à 18h30.  Inscription par mail à :  [email protected]

En Train:  départ gare de l’Est arrêt Château-Thierry (Ligne P ou TER), Navette de la gare de Lizières, prévenir de votre horaire d’arrivée à [email protected]

En Voiture par Autoroute A4 sortie 20, puis prendre D1 direction Soisson. 

Visuel : Anne Chevassus

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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