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A la Redécouverte de l’art spatiodynamique de Nicolas Schöffer au Lam

A la Redécouverte de l’art spatiodynamique de Nicolas Schöffer au Lam

23 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 20 mai 2018, le Lam propose une « rétroprospective » de l’artiste cinétique, spatiodynamique et cybernétique, Nicolas Schöffer 1912-1992). Alors que Carolyn Carlson vient samedi 24 février parler de celui avec qui elle a créé le spectacle Klydex (1973), Toute La Culture était à Villeneuve d’Ascq en amont pour découvrir un univers où la matière danse vers le futur.

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On entre dans la première grande rétrospective dédiée à Nicolas Schöffer en France depuis 1974 et son couronnement au Musée d’Art Moderne par une de ses sculptures cinétiques et hypnotiques. Alors que bon nombre de ses oeuvres sont conservées dans son Musée construit dans sa ville natale en Hongrie en 1980, il est en effet rare de voir autant de ses oeuvres assemblées. Et surtout mises en mouvements : La scénographie imaginée par Santiago Torres, qui a travaillé avec son studio et par Luiza Vaulot du Lam permet de voir ses sculptures balayer l’espace de son et le lumière projetée. Le Directeur du musée, Sébastien Delot parle pour Schöffer de pensée « audiovisuelle » et rappelle combien cela fait sens de rendre hommage au plasticien dans ce musée qui abrite avec sa collection d’art brut liée à la Donation de l’Aracine des oeuvres d’un des plus vieil ami de ce « magicien de la lumière » (Le Figaro) qui a même dessiné son portrait l’année de sa mort : Fleury Joseph Crépin. Le commissaire incité, Arnauld Pierre explique le projet de l’exposition : « Rester fidèle à la pensée audiovisuelle » de Nicolas Schöffer en mettant en avant le caractère pluri-médié et synesthétique de ses « sculptures spectacles ». Tout en montrant l’évolution de son travail, il a donc fallu retrouver et adapter toute une technologie.

De la Hongrie à l’art abstrait

L’exposition commence par Le prophète (1932), une œuvre inconnue sortie d’une collection hongroise en septembre dernier et dont l’artiste parlait souvent. La première salle témoigne de ses influences : quand il arrive en France en 1936, il se rapproche naturellement de l’Ecole de Paris. Pendant la Seconde Guerre, il se Réfugie dans l’Aveyron. Les choses ne reprennent qu’en 1946 ou il rencontre les artistes et l’art abstrait de la galerie Denise René (Hartung, Vasarely, Soulages …). Il est également marqué par l’exposition surréaliste à la galerie Maeght en 1947 et participe à la création du groupe Espace avec André Bloc. Il mêle ces deux influences, surréalisme et abstraction, en interrogeant dès la fin des années 1940 les machines et notamment l’univers ferroviaire avec des premières sculptures qui ressemblent à des sémaphores et un début d’interaction cinétique. Féru d’architecture et d’urbanisme, il rencontre Claude Parent qu’il fascine. Ensemble ils travaillent à une ville aérodynamique et imaginent un habitat sur pilotis pour libérer l’espace. Et la ville de loisir est marquée par un théâtre aérodynamique où les spectateurs sont placés sur des gradins qui tournent au centre.

« Le rôle de l’artiste n’est plus de créer une œuvre mais de créer la création » (Traité des Arts Plastiques)
Décidé à inventer un cinéma sans caméra où l’on peut passer de l’autre côté de l’écran et découvrir les œuvres, Schöffer donne à son travail un tour théâtral avec des sculptures cinétiques qui projettent des ombres comme au spectacle et avec lesquels des danseurs -dont Maurice Béjart- viennent créer et se mesurer. Des 1950, inscrit dans son Traité des Arts Plastiques l’importance de « la technique dans l’épanouissement de l’art abstrait et dans la réalisation de l’extra-humain ». On découvre des machines qui dansent, projetant des lumières sur des écrans blancs pour créer un véritable festival de sons et de lumière. Une machine bouge même toute seule projetant le corps d’un danseur sur le mur. Et le plasticien imagine l’oeuvre qui va devenir emblématique de son art et peut être aussi de la reconstruction: CYPS1 est la première sculpture spatiodynamique et cybernétique qui libère la sculpture en lui donnant un mouvement autonomes. Lorsqu’elle est réalisée, l’appareillage électronique est créé par Phillips.

« Un météorite m’a percé le cœur » (Gainsbourg)
A la fin des années 1950, commence la série lux et le luminodynsmisme. Dans ce prisme lumineux, en 1963 il crée la Tour Lumière Cybernétique qui fait la une des journaux et devait être implantée à La Défense comme une nouvelle Tour Eiffel de l’ère électronique. L’idée était de refléter l’activité de la ville par un signal lumineux …Son travail cinétique et prismatique le propulse au cœur des jeunes gens dans le vent des années 1960. Il réalise des « pubs spatiodynamiques » pour Dubonnet et crée le décor de la discothèque tropézienne, le Voom-Voom, qui sert aussi de décor au clip de Contact de Serge Gainsbourg, interprété par Brigitte Bardot. Evidemment ses volumes entre architecture, sculpture, cinéma et font fleures sur scène notamment en 1973 le fameux spectacle Klydex 1 avec Carolyn Carlson, créé à Hambourg 74 et à la fin des années 1970 une série de variations lumineuses, à partir de la musique de Beethoven ou de Bartok. Au milieu des années 1980 Schöffer est victime d’une attaque. Il demeure hémiplégique et apprend à se servir d’une souris de sa main gauche: les Ordigraphics jouent sur le potentiel de répétition infinie, tandis que les émouvants cholleographics ne peuvent pas ne pas rappeler les derniers collages de Matisse et la capacité de mue et de réflexion sur son temps d’un artiste qui incarnait le multimédia quasi avant l’heure… On sort de l’exposition ébloui et l’on place Schöffer quelque part très haut dans notre petit panthéon du 20e siècle, quelque part pas loin de Georges Vasarely, entre Paul Burry et Pierre Soulages.

KYLDEX I (1973) from Jochen Bohnes on Vimeo.

visuels : photos de l’exposition (c) YH

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Une réflexion sur « A la Redécouverte de l’art spatiodynamique de Nicolas Schöffer au Lam »

Commentaire(s)

  • bonart

    Une exposition toute en couleur qui nous fait découvrir un grand inventeur!
    A ne pas manquer

    mars 17, 2018 at 23 h 37 min

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