Opéra

Une Traviata sans Netrebko et classique à l’Opéra de Paris

Une Traviata sans Netrebko et classique à l’Opéra de Paris

23 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

La soprano russe Anna Netrebko, mythique dans le rôle de Violetta, notamment depuis la version de 2005 à Salzburg a du annuler pour des raisons de santé les dates 21, 25 et 28 février à la production de La Traviata de Giuseppe Verdi. C’est la lettone Marina Rebeka qui mène le bal dans une mise en scène sobre signée Benoît Jacquot.

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Dans un décor léché, sur le fond noir auquel Benoît Jacquot nous a si bien habitués aussi bien au cinéma que la scène de l’Opéra de Paris, et sur le rythme lent et délicat impulsé par Dan Ettinger à la tête de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, l’adaptation par Giuseppe Verdi du roman sulfureux d’Alexandre Dumas (1853) faisait salle comble, ce mercredi 21 février 2018, malgré les soucis de santé de la star Anna Netrebko et son remplacement par Marina Rebeka qui assurait déjà le rôle de Violetta Valery depuis la première représentation. Très élégant, le public n’entend presque pas le début de l’ouverture et continue de murmurer presque jusqu’à ce que le rideau se lève, non pas sur une fête à Paris, mais déjà sur le lit démesurément grand de la Courtisane, où trône l’Olympia de Manet. Voyant dans La Traviata « avant tout un livre ou une oeuvre cinématographique » et un opéra un peu par accident, Benoît Jacquot a privilégié un réalisme élégant et une scène scindée en deux éléments symboliques forts pour chacun des actes. Dans cet espace immense et assez libre, les chanteurs flottent un peu et retrouvent les gestes outrés des années 1970 pour l’habiter. Le doux Alfredo (l’américain Charles Castronovo) tombe amoureux de la courtisane touchée par la phtisie et l’emmène vivre loin de Paris. Puissante, la soprano semble convaincre le public dès son premier morceau de bravoure de ce premier acte « Siempre Libera ». Néanmoins, il y a quelque chose d’un peu forcé aussi bien dans la voix que le jeu toujours trop expressif pour toucher vraiment jusqu’à la fin du deuxième acte où elle semble vraiment entrer dans le drame.

Le deuxième acte commence au pied d’un arbre et Jacquot y peint la campagne plus italienne que française d’un côté de la scène, tandis que que le stupre parisien est symbolisé par un escalier noir. Le père d’Alfredo, le comte Giorgio Germont vient trouver la femme dévoyée et condamnée par la tuberculose. Il fait irruption pour lui demander de quitter son fils et de sauver ainsi l’honneur de sa famille le mariage de sa fille. Actuellement à la baguette de Tosca à Londres, le ténor Placido Domingo, qui a plus 50 ans de carrière derrière lui est un père très doux et humain, bien loin de toutes les statues du commandeur. Sa voix est toujours aussi chaude même si le souffle semble coupé par l’émotion. Lorsque tout à coup, il fait même une grande frayeur quand il s’interrompt et fait reprendre quelques mesures de son duo avec Charles Castronovo, suivi par l’orchestre. Ovationné très longuement par le public, Domingo est impressionnant de sang-froid, imperturbable dans la poursuite de l’intrigue, après ce heurt. Alors que l’intrigue se poursuit et que Violetta accepte et reprend sa vie parisienne de fêtes, après le fameux airs des gitans et des toréadors ou brillent les costumes de Christian Gasc et où le chorégraphe Philippe Giraudeau joue au mélange des genres, Domingo est à nouveau rayonnant dans le sublime final du deuxième acte. Il entérine que le drame arrive, inéluctablement : Alfredo suit sa belle, ne comprend pas l’humilie et se bat contre un de ses protecteurs.

Le rideau se lève une dernière fois sur une Violetta mourante, allongée dans un inévitable lit de fer à côté de l’immense baldaquin défraîchi du premier acte. Il ne lui reste quelques heures. In extremis elle revoit son amour et meurt. Marina Rebeka est encore plus puissante dans cet acte ou son personnage se vide. Son « Morir si giovine » est touchant et elle est applaudie comme il se doit pour son excellente interprétation de l’air « Addio del passato ».

Faussement classique et réellement sur le fil du destin, cette Traviata du 21 février 2018 à l’opéra de Paris nous a moins émus par le destin de ses personnages que pour les challenges que ses interprètes ont du relever.

Visuel :  ©Emilie Brouchon / Opéra national de Paris

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

Une réflexion sur « Une Traviata sans Netrebko et classique à l’Opéra de Paris »

Commentaire(s)

  • Joan Cahill

    L’opéra était superbe, Marina Rebeka, Charles Castronovo, Placido Domingo et tous les autres chanteurs étaient fantastique et le mise en seine était très jolie.
    Merci
    Joan Cahill

    février 24, 2018 at 12 h 04 min

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