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Échappée belle à la prison de Guingamp

Échappée belle à la prison de Guingamp

09 mai 2019 | PAR Juliette Mariani

Le Centre d’art GwinZegal, qui explore la photographie contemporaine, a inauguré fin avril sa nouvelle adresse au sein de l’ancienne prison de la commune de Guingamp, dans les Côtes-d’Armor.

GwinZegal dispose désormais d’un lieu fixe à l’année, dans un site réhabilité. L’ancienne prison, ouverte en 1841 et classée monument historique en 1997, avait pour particularité d’être l’une des plus vieilles prisons d’Europe fonctionnant sur le modèle pennsylvanien, ce qui signifie que les prisonniers y étaient placés au secret total, de jour comme de nuit. A partir de cet ancien lieu d’isolement situé dans le centre-ville d’une commune rurale, l’architecte Christophe Batard a réussi le pari de créer un espace ouvert à tous : la petite porte qui filtrait sous haute sécurité les passages des détenus a ainsi laissé place à un large portail moderne. Les expositions pourront s’établir dans des salles aux normes muséales pour accueillir des œuvres qui nécessitent des conditions de conservation précises (température, hygrométrie…).

Solange Reboul, codirectrice de GwinZegal avec Jérôme Sother, a accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-vous nous présenter GwinZegal ?
GwinZegal est un centre d’art qui s’intéresse à la photographie et qui a quatre missions principales : la diffusion d’œuvres ; un travail de maison d’édition (nous publions trois à quatre livres par an) ; nous accueillons des artistes en résidence ; et nous remplissons un travail de médiation, d’éducation à l’image.

On connaît d’autres exemples de prisons transformées en centres d’art éphémères, comme la prison Sainte-Anne à Avignon. Dans le cas de Guingamp, le choix est permanent. Pourquoi ce choix ? Y a-t-il eu un « coup de cœur » ?
Il n’y a pas eu à proprement parler de « coup de cœur », mais plutôt une rencontre entre la mairie de Guingamp qui cherchait un projet pour réhabiliter un monument historique, et GwinZegal qui cherchait un lieu à l’année. Mais GwinZegal n’est pas né avec ce nouveau lieu, puisque l’association existe depuis 2002. Et elle était déjà installée à Guingamp depuis 2010.

Quelles étaient les contraintes matérielles liées à la réhabilitation de la prison ? Est-ce que GwinZegal a pu choisir l’aménagement de A à Z ?
Le lieu a vraiment été reconstruit conjointement avec la mairie de Guingamp. Il y avait beaucoup de contraintes liées au fait que la prison est classée. Et GwinZegal n’occupe qu’une partie du bâtiment.

Quel futur pour le Centre d’art ? Est-ce que vous envisagez surtout un ancrage local, ou un rayonnement hors de la Bretagne ?
GwinZegal est déjà très ancré localement sur le territoire breton, où il est présent depuis quinze ans. Mais GwinZegal est aussi labellisé centre d’art contemporain d’intérêt national, donc nous avons une action à l’échelle de la France. Avoir un lieu à l’année est une réelle opportunité : une adresse fixe permet de drainer les touristes. Et le lieu mêlera les publics : ceux qui viennent pour la photo, et ceux qui viennent pour le patrimoine.

En quelques mots, pourriez-vous résumer ce qui va lier GwinZegal à ce nouvel environnement ?
GwinZegal va s’installer dans un lieu chargé d’histoire, et les événements culturels prévus prendront en compte ce passé : par exemple, à la demande de la mairie, Julien Simon a créé un parcours sonore immersif, qui fera entendre les voix de personnes incarcérées à Guingamp. Donc il y a bien la volonté de prendre possession d’un lieu qui a une mémoire, mais les expositions ne tourneront pas exclusivement autour du thème de l’enfermement, GwinZegal continue avant tout son exploration photographique.

 

Le Centre d’art est ouvert gratuitement au public de 14 heures à 18 heures 30 du mercredi au dimanche inclus. L’exposition inaugurale L’échappée, dont les photographies explorent les perspectives et les cultures bretonnes, est d’ores et déjà ouverte à la visite, jusqu’au 9 juin.

 

Visuels : © Mark Neville (Dossier de presse). © Kingbastard CC BY-SA 4.0.

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One thought on “Échappée belle à la prison de Guingamp”

Commentaire(s)

  • Lambert Isabelle

    Article dialogué fort intéressant, qui, par son sujet, fait penser à Fontevraud, qui est une abbaye non loin de Saumur, mais qui fut aussi une prison dans laquelle Jean Genet, entre autres, fut incarcéré. On peut aussi voir à Fontevraud le tombeau de Richard Coeur de Lion. Magique!

    mai 13, 2019 at 16 h 29 min

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