Arts

Une deuxième Triennale accueillante et liquide [Bruges]

Une deuxième Triennale accueillante et liquide [Bruges]

05 mai 2018 | PAR Yaël Hirsch

C’est sous l’égide du philosophe polonais Zygmunt Bauman et de sa « Modernité liquide » que s’ouvre cette Triennale 2018 d’art contemporain et d’architecture dans les rues de Bruges, le 5 mai. Toute La Culture a vu en avant-première – et souvent présentées par les artistes et architectes – les installations de cet événement urbain et interactif.
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Nous accueillant à la Loge des Bourgeois , le commissaire de la deuxième Triennale de Bruges, Michel Dewilde nous parle du concept de Liquidité, si central dans la pensée du sociologue récemment disparu (lire notre article) Zygmunt Bauman. Et si opératoire peut-être depuis le Moyen-Age pour parler de cette ville d’eau, de commerce et de circulation qu’est Bruges. C’est à pied que se vit du 5 mai au 16 septembre 2018 cette expérience d’art et d’architecture qui interroge à travers 15 installations et deux grandes expositions la question d’un changement à flux constant.

Une carte au trésor liquide

Commençant par parcourir les installations nous avons marché dans un Bruges ensoleillé comme dans un jeu de piste à la recherche de la liquidité.

Dans des volées de sciure de bois, alors que son œuvre est en chantier, nous avons pu entendre l’artiste Wesley Meuris nous présenter son Pavillon « Urban Model » posté près de l’hôtel de ville, qui invite à regarder la ville « inside out » et en plusieurs couches. Pour lui la liquidité c’est le kaléidoscope que Bruges invite à regarder dans sa diversité et sa complexité.

Survolant un Canal, nous avons découvert le Pont de Jaroslaw Kozakiewicz qui nous a parlé de cette installation faite de cinq modèles. Revisitant l’idée antique de mesure de la beauté, l’artiste fait le lien vers une sculpture de Constant Permieke. Il veut mettre en exergue l’humanité des corps. « Ce pont est une métaphore de la rencontre : celle des humains et celle du passé avec le présent », explique-t-il.

Une réflexion qui va du passé au futur ..
Avec Acheron I,Renato Nicolodi livre une architecture mystérieuse et épurée qui ponte vers l’antiquité grecque.

Inspiré d’une légende importante à Bruges, la structure majestueuse en acier rouillé de John Powers, Langhals s’étire sur un canal comme un long coup de cygne. L’artiste américain reflète ici l’histoire de la révolte populaire du XVe siècle menant à la mort du conseiller de Maximilian d’Autriche, Pieter Langhals et à une grande répression. Parmi les obligations imposées à Bruges : entretenir pour toujours 52 cygnes qu’on voit encore aujourd’hui glisser sur l’eau de la ville…

Réflexion sur notre rapport présent à l’environnement, l’installation « Skyscraper » était en plein montage quand nous avons parcouru Bruges. Au pied de la statue de Van Eyck, le Studio Kca fait surgir une baleine de plus de 12 mètres faite de 5 tonnes de déchets venus de la « soupe de plastique » venue des places de Hawaï. Une apparition marine qui interpelle.

Près de l’hôpital Saint-Jean, l’installation de Peter van DriescheInfinity 23 anticipe la montée des eaux de Bruges, due au réchauffement climatique, et propose un habitat en bois et en hauteur.

Des installations à vivre tout l’été
Les architectes espagnols du cabinet Selgascano proposent sur un canal navigable un pavillon flottant qui reflète dans un orangé vitaminé et qui sera ouvert aux familles pour rêver jouer et même se baigner.

Sur le lac du Mine une « Ecole flottante » est la troisième version du projet de Nle Kunle Adeyemi qui a déjà eu lieu au Nigeria et à la biennale de Venise.

Enfin, The Floating Island du bureau d’architecture coréen OBBA zigzague toit en blanc, en ligne et en route le long d’un canal nodal pour offrir sièges, hamacs et jeux aux visiteurs …

Avec le FRAC Val de Loire, une réflexion sur l’architecture liquide

Comme lors de la dernière édition, la Loge des Bourgeois constitue le coeur de ce parcours à l’assaut de la Modernité liquide. Au grand séminaire, les « Architectures liquides » venues des collections du FRAC Val de Loire révolutionnent de l’intérieur d’une nef d’église notre vision d’une discipline. Elles s’appuient sur deux références historiques : la maison tout en plastique de Ionel Schein (1927) qui initie la mobilité. Et le coeur doré de Haus Rucker-Co (1968) qui met en scène le paradis ou un couple se réfugie et où l’on entre dans dans une configuration où l’architecture s’efface pour devenir mentale.

Vers le coeur de l’église, nous sommes tout de suite happés par le rose de l’installation Bloom Games, des architectes Alisa Andrasek et Jose Sanchez qui forme à la fois une sculpture en kit, sorte de colonne vertébrale et une ascension. Le directeur du FRAC, Abdalkader Damani nous explique combien cette sculpture illustre l’idée que les architectures sont des formes accueillant tout usage, spécialement quand elles sont faites, comme celle-ci, pour être partagées dans l’espace public. En regard, A la fois ombre fantôme, forme blanche et grotte ronde, le pavillon « Theverymany » de Marc Fornes accumule 6500 pièces en aluminium et laisse passer lumière et corps. Parlant liquidité dans l’habitat, le FRAC confronté la maison de Peter Eisenmann qui a introduit la deconstruction et celle -locale- de Zaha Hadid, où la courbe et la spirale brouillent toutes les références. Enfin, bienvenue dans le 21e siècle de l’après où la modernité liquide peut se solidifier avec deux colonnes imprimées en 3D par Michael Hansmeyer. Elles sont d’une blancheur classique avec une technique qui fait écho à l’œuvre pionnière du collectif objective qui a imprimé la première sculpture en 3D en 1990!
Un parcours complet : réflexif, beau, interactif et mobilisateur, ancré de manière très cohérente autour du thème tellement postmoderne et tellement omniprésent de la liquidité.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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