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[Reportage] 3D printshow au Carrousel du Louvre : ce qui se passe quand la génération du web s’intéresse au monde réel

[Reportage] 3D printshow au Carrousel du Louvre : ce qui se passe quand la génération du web s’intéresse au monde réel

18 novembre 2013 | PAR Idir Benard

On n’ avait rien vu de tel depuis le web lui-même. L’impression 3D, basée sur l’open-source, repense notre manière d’entrer en contact avec la matérialité, et notre manière même de consommer, au point qu’on la qualifie volontiers de prochaine révolution industrielle. Les 15 et 16 derniers au Caroussel du Louvre, le 3D printshow, au croisement entre informatique, business et art : bienvenue chez les Makers, ceux qui construisent le monde de demain.

2 bustes imprimés : l'homme et la technologie, une vraie histoire d'amour
2 bustes imprimés : l’homme et la technologie, une vraie histoire d’amour

On entend souvent ces temps-ci parler de révolution. « Tout va changer » nous dit-on, « le changement, c’est maintenant » etc… . Sauf que le web, qui n’est pas de la politique, et dont les applications n’ont une utilité concrète que depuis une quinzaine d’années, n’en est qu’à ses débuts et nous réserve encore bien des surprises. Après avoir repoussé les limites de l’immatérialité, c’est la matérialité même qui est concernée aujourd’hui avec les imprimantes 3D. Cette technologie surfe sur les mêmes fondations de l’open-source et la libre circulation des données, avec une logique simple : plus une idée est partagée, plus elle a de valeur. Et à plusieurs, on est plus créatifs que tout seul dans son coin. Avec une idée toute simple : devenir les propres artisans de son quotidien. Pourquoi acheter alors que vous pouvez le faire vous même? Exemple : la roue de plastique de votre chaise de bureau s’est cassée suite à une manipulation un tantinet hasardeuse, et il est désormais impossible de s’assoir dessus. En temps normal, à moins de trouver une pièce de rechange chez le fournisseur qui correspond pile-poil à ce dont vous avez besoin, qui de plus sera faite en Chine, il sera plus commode de jeter la chaise et de s’en procurer une autre. Autrement dit, de procéder à un gaspillage outrancier. Avec une imprimante 3D et un peu d’esprit d’abstraction, il est possible de confectionner la pièce dont vous avez besoin sur un logiciel de modélisation 3D.

Urbee, la première voiture issue de l'impression 3D
Urbee, la première voiture issue de l’impression 3D

Cette phase de modélisation 3D n’est en fait même plus nécessaire, puisqu’une infinité de modèles ready-made se trouvent sur des plateformes open source comme Thingiverse. Connectez le tout à un ordinateur des plus banals : il n’y a plus qu’à imprimer CE QUE VOUS VOULEZ. Les seules limites sont celles imposées par l’imagination, c’est à dire aucune. Et cela paraît trop beau pour être vrai, ce qui peut déclencher le scepticisme, réaction classique face aux promesses faramineuses. Sauf que c’est une réalité concrète. Il faut en effet le voir pour le croire. La prise de conscience de ce processus par le public, à travers le travail des exposants, est en effet l’un des objectifs de Kerry Hogarth, organisatrice du 3D printshow. “C’est une innovation radicale”, partage-t-elle avec Toutelaculture.com, “qui impactera de manière substancielle la manière avec laquelle l’on conçoit la création même”. Les impressions vont de la simple monture de lunettes jusqu’au vase en passant par un sèche-cheveux, mais il existe des trucs carrément plus hallucinants. La reconstitution en taille réelle d’une tête de tyrannausorus rex, d’une voiture, ou d’un robot androïde sont également réalisables grâce à l’impression 3D. Peter, de l’université de Nottingham précise que “tout est littéralement concevable.”, tandis qu’il montre du doigt une prothèse d’une technicité poussée, imprimée d’un seul bloc.

L'androïde imprimé et son créateur, une relation au poil
L’androïde imprimé et son créateur, une relation au poil

Car les implications transcendent les domaines : architecture, médecine ou évidemment industrie. Pour Francois-Paul, chirurgien orthopédiste et visiteur attiré par le concept, “les prix sont raisonnables, et l’on peut avoir un résultat de haute précision quasi immédiatement” ; le potentiel résidant dans le fait de pouvoir “faire des tests d’un point de vue professionnel directement à la maison”. En clair, c’est une extension de la philosophie inhérente à la culture web, centrée sur l’empowerment, l’autonomisation des individus, à des sphères de haute-technicité. Pour Kerry, il est impossible de savoir où on en sera dans 5 ans. Même si elle reconnaît qu’il y a beacoup d’excitation autour de l’impression 3D, le processus est prometteur : on peut à la fois avoir le savoir-faire de l’artisan et la vision de l’artiste et créer des objets sur-mesure, fonctionnels et beaux, à la convenance de chacun. En somme, améliorer et embellir la vie de chacun. Pour Adam, commercial chez Makerbot, un des leaders du marché de l’impression 3D, “ce qui se passe maintenant ressemble à ce qui se passait dans le web à la fin des années 90”. Vous croyiez que le monde avait changé avec le web? Il s’apprête à changer à nouveau.

Crédit photo : (c) Idir BENARD

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Idir Benard
Passionné par les nouvelles technologies, la cyberculture et les visionnaires de tout poil, il écrit un mémoire à l'EHESS sur le transhumanisme et la science fiction. Interrogateur du genre humain, en chemin hors de la caverne de Platon. Bon vivant, ne se prive pas de couvrir des évènements sympas en tout genre, qu'il y ait du vin, du dupstep ou de l'art. Fan des dessins animés des années 90 (Tintin, Dragon Ball Z) et des jeux old school (mégadrive en particulier)

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