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« Tête Haute », l’alliance parfaite de Joël Jouanneau et Cyril Teste au service de l’enfance

« Tête Haute », l’alliance parfaite de Joël Jouanneau et Cyril Teste au service de l’enfance

17 novembre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Quand deux passionnés des mots de l’enfant se réunissent pour faire spectacle, cela donne Tête Haute, texte de Joël Jouanneau et mise en scène de Cyril Teste. Si ce jeu de name dropping suffit à vous inciter à aller voir ce beau spectacle, nous ne nous arrêtons pas là et entrons dans la forêt de Sköld, qui a pris pour quelques jours racine au TGP.

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Il était une fois un conte pour enfants, qui comme tous les contes pour enfants commence par un abandon… d’enfant. De Baba Yaga à Cendrillon, l’histoire commence toujours par séparer les familles. Le dire d’entrée évacue l’angoisse que cela arrive. Alors, Joël Jouanneau s’exécute. Ici, c’est un roi et une reine, qui, à l’arrivée du bébé non garçon, jettent cette petite fille (Murielle Martinelli) comme une ordure, au fond de la forêt de Sköld, avec comme seul ami Babel le dictionnaire en loque (Gérald Weingand), et pour seule source de lumière, une encoche dans un séquoia.

Mais voilà, la petite fille qui bientôt se nommera Eklipse saura grandir et apprendre des épreuves, assez pour affronter le monde, sans peur, mot qu’elle devra apprendre, et sans oublier jamais que son père, le roi de fer, a commis l’irréparable.

Cyril Teste, dont la patte est maintenant signée, offre comme dans Reset (2010) et Sun (2011) un travail à la fois vidéo et théâtral. Il continue de tisser la toile entreprise en 2010, celle dont le but est de redonner la parole à l’enfant en réactivant sa capacité à la poésie.

Le texte de Jouanneau est un poème, en tout cas il résonne comme cela, il faut s’en saisir et se faire porter, comme s’envolent sur l’écran les mots lus par la gamine.

Si l’utilisation vidéo est un classique aujourd’hui au spectacle, elle est ici particulièrement juste, car elle vient puiser dans les « vieux trucs », un panneau sur scène, sur rail, poussé par les comédiens, les fait disparaître quand il faut, et sur l’écran défile un film en noir et blanc, de la clairière au royaume de Nerville. Mehdi Toutain-Lopez a réussi à retranscrire l’imaginaire de l’enfance fait de monstres qui se cachent dans les forêts et de « grands » qui paraissent toujours plus grands.
Sur scène, les comédiens agissent en interaction avec la vidéo mais aussi avec la camera qui filme, soit eux, soit le livre lu par Babel. La comédienne, elle, doit comme au cinéma circuler avec l’image.

Le spectacle, intelligent et bienveillant, séduira tous les publics, et particulièrement les petits avides d’histoire qui réparent les angoisses et les adultes, pour exactement la même raison.

Tête haute est un superbe spectacle qui confronte des thèmes aussi durs que le statut des filles, l’abandon, la peur du noir, tout cela dans un esthétisme parfait, d’une beauté saisissante.

Visuel : © Collectif MxM

Texte publié par Heyoka jeunesse et Actes Sud-Papiers.

Le rôle d’Eklipse est joué en alternance par Murielle Martinelli et Valentine Alaqui.

Infos pratiques

Association Arsène
Studio Théâtre (STS)
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