Arts
« Derain, Balthus, Giacometti » au Musée d’Art moderne : figures croisées

« Derain, Balthus, Giacometti » au Musée d’Art moderne : figures croisées

01 juin 2017 | PAR Géraldine Bretault

Jacqueline Munck, commissaire de cette exposition du Musée d’Art moderne, décline ainsi sa note d’intention : éviter l’écueil d’une triple rétrospective, pour tenter de montrer au contraire les rapprochements, les croisements qui s’opèrent entre les œuvres de ces trois grands artistes liés d’amitié. Le parcours alambiqué et parfois confus ne nous a pas convaincus.

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André Derain était l’aîné du trio. Portant sur son amitié artistique avec Balthus et Giacometti, l’expo fait délibérément silence sur ses années fauves, qui seront de surcroît traitées à la saison prochaine par le Centre Pompidou (« Derain, la décennie radicale, 1904-1914 »). Ce parcours couvre donc l’entre-deux-guerres, et se conclut dans les années 1960 avec la disparition de Giacometti et Derain.

Premier écueil, le visiteur est assailli de chronologies, en préambule, dans la salle d’introduction, puis dans les salles consacrées au théâtre. Le parcours s’ouvre sur le regard tourné vers le passé de ces artistes. Mais si la plupart des artistes se forment alors en copiant les maîtres du passé, au gré de leurs visites au musée ou de leurs voyages, nulle communauté d’intention entre la relecture des volumes précubistes de Cézanne et Gauguin par Derain, le choc du chromatisme de PIero della Francesca pour Balthus et la relecture formelle de l’Egypte, la Chaldée, Michel-Ange par Giacometti…

La section suivante intitulée « vies silencieuses » examine la place de la nature morte et des paysages dans les peintures des trois artistes. Là, après quelques toiles post-impressionnistes dans le sillage de son père, Giacometti semble littéralement s’envoler, porté par une vision éminemment originale du plan dans la sculpture et comme du volume dans la peinture. La modernité est à l’œuvre, déjà, et ne se démentira plus.

Du côté de Derain et Balthus, la démonstration prend des détours alambiqués, entre les portraits de leurs galeristes (Pierre Matisse, Pierre Colle), puis l’apparition des troubles jeunes filles prépubères chez Balthus. Dès la salle consacrée au jeu, l’incongruité des rapprochements perturbe le regard : quel lien entre les jeux sadiques sculptés par Giacometti (présents uniquement en photographie), qui rencontreront aisément les visées du surréalisme, et les scènes d’intérieur figées, empâtées de Balthus, ou ses pochades maladroites au jardin du Luxembourg ?

Deux salles « d’Intermezzo » tentent de ressusciter le foisonnement de la création théâtrale des années 1930 puis 1950-60. Une réalité bien fifficile à exposer, entre les livrets ouverts dans les vitrines ou les costumes reconstitués… Quant à l’arbre de plâtre imaginé par Giacometti pour la mise en scène d' »En attendant Godot » de Beckett par Jean-Louis Barrault, dont la simplicité spectrale faisait merveille, quel besoin de le soumettre à un éclairage multicolore ?

La fin de l’exposition se révèle brouillonne, enfermant un agrandissement de l’atelier de Giacometti sous cloche, avec des textes de Giacometti sur Derain et un tableau de Balthus… l’œil s’y perd. Et que vient faire l' »Objet invisible » de Giacometti dans une des dernières sections, en anachronie avec l' »Homme qui chavire » présent dans la même salle ?

Si l’exposition « Picasso-Giacometti » au musée Picasso nous avait impressionné par la pertinence de sa démonstration, ce « Derain, Balthus, Giacometti » déçoit, tant par le rapprochement forcé entre ces trois oeuvres que le traitement assez confus du parcours, notamment dans sa deuxième moitié.

 

Visuels : @ Balthus, Jeune fille à la chemise blanche, 1955 @ Balthus @ Collection of the PIerre and Tana Matisse Foundation – Photo Christopher Burke, NY
Balthus, La Rue, @ Balthus @ 2017. MoMA, New York/Scala, Florence
André Derain,  Geneviève à la pomme, vers 1937-38 @ ADAGP, Paris 2017
Alberto Giacometti, L’Homme qui marche II © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2017

 

Infos pratiques

Maison Européenne de la Photographie
Salle Gaveau
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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