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Regards du Grand Paris, exposition sur une géographie en formation

Regards du Grand Paris, exposition sur une géographie en formation

25 juin 2022 | PAR Jane Sebbar

Du 24 juin au 23 octobre, le musée Carnavalet – Histoire du Grand Paris met à l’honneur l’exposition Regards du Grand Paris qui nous plonge dans l’histoire de la capitale et de son devenir. Une invitation à déambuler sur l’ensemble du territoire francilien et à redécouvrir en images des réalités sociales et politiques qu’on peut avoir tendance à oublier. 

Traversez les collections permanentes du plus ancien musée de Paris … Vous saisirez la virtuosité d’un lieu qui expose aussi bien des scènes historiques sur la période révolutionnaire qu’un panorama de regards contemporains sur la ville et sa banlieue. L’exposition Regards du Grand Paris s’est ouvert ce vendredi 24 juin en proposant des oeuvres sélectionnées parmi celles d’une commande photographique, confiée en 2016 par le ministère de la Culture aux Ateliers Médicis. Fruit d’une collaboration entre de nombreux instituts culturels (Ateliers Médicis, Centre national des arts plastiques, Magasins généraux, musée Carnavalet), l’exposition dévoile ces oeuvres pour la première fois au public. 

La moitié du chemin 

L’exposition photographique ne marque que le mi-parcours d’un travail de longue haleine. Regards du Grand Paris fait office d’étape artistique au sein de ce long itinéraire urbain qu’il reste à tracer. A l’occasion de l’exposition, est publié un ouvrage consacré aux 5 premières années de la commande nationale Regards du Grand Paris. Chaque année depuis son lancement en 2016, cette dernière propose un nouveau thème et sélectionne six à dix artistes. Comme Baudouin Mouanda qui interroge la société de l’apparence où le luxe des vêtements permet d’être reconnu. La Sape : rêve aller et retour dépeint un homme élégant qui pose devant un mur bigarré. Sa tenue recherchée contraste avec l’environnement. C’est un membre de la SAPE, mouvement culturel congolais qui s’est aussi développé dans le Grand Paris. Un travail poétique autour de l’influence du milieu urbain sur le style vestimentaire. 

« Le Grand Paris, c’est pas un délire d’architectes, ça existe chez les habitants »

L’exposition Regard du Grand Paris entend bien rendre aux habitants ce qui leur appartient. Le musée Carnavalet invite les visiteurs à découvrir les paysages franciliens en mouvement et les vies de celles et ceux qui les habitent. L’exposition se prolonge sur l’ensemble du territoire francilien. Des Ateliers Médicis (nord-est) au Parc de la Blanchette (sud-ouest), en passant par le Centre Pompidou ou l’Hôtel de Ville, le Grand Paris déploie des lieux d’expositions extérieurs pour faire découvrir aux habitants ce territoire en formation qu’ils contribuent à façonner. 

Roseaux, Sarcelles 

Lorsqu’on rejoint le parcours permanent du musée Carnavalet, qu’on s’insère dans la salle dédiée à la création contemporaine, on tombe immédiatement sur la photographie grand format de Francis Morandini. Roseaux, Sarcelles annonce la couleur trouble de cette exposition qui prend pour cible des espaces intermédiaires entre ville et campagne. Morandini saisit le tissu urbain en cours de distension, là où la nature reprend ses droits. Sous des lignes haute tension, s’épanouit un cercle de roseaux. Des flocons de neige se déposent sur les longues tiges brunies au fil des saisons. L’oeuvre interroge l’idée que nous nous faisons de la ville dont le seul nom suggère un urbanisme protéiforme. 

Une métropolisation du monde 

Regards du Grand Paris, c’est une invitation à explorer les confins d’une géographie urbaine en formation. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la majeure partie de la population mondiale vit en milieu urbain. La ville assemble et désassemble sans cesse les formes de vie en leur offrant le sentiment d’un refuge où tout est connecté et interdépendant mais aussi similaire et exclusif. La ville peut également générer des phénomènes d’exclusion et d’isolement. Face à la métropolisation du monde, les artistes approchent des modes d’existence décalés qui échappent aux systèmes de représentation dominants. Si certains habitants ont l’impression qu’on les regardent comme des « symptômes sociologiques », le projet initial demeure celui de capter l’identité des corps en tant que « symptômes poétiques ».  

La Société du Grand Paris 

En plus des nombreux instituts culturels qui soutiennent le projet photographique, la Société du Grand Paris (SGP) mise sur cette exposition pour faire éprouver aux visiteurs la matérialité d’une ville en reconfiguration perpétuelle. La SGP entend construire 200 km de métro pour 2 millions de voyageurs à l’horizon 2030. Une véritable révolution, non seulement entre Paris et sa banlieue mais également entre ses différentes banlieues. Les photos sont visibles sur les palissades des chantiers à proximité des futures gares du Grand Paris Express. Pour aller du musée Carnavalet à Clichy Montfermeil, il ne faudrait plus 1h20 mais 40 minutes de transports en commun !   

Un monde au-delà du périph 

Ce que cherche à montrer Regards du Grand Paris, c’est l’existence dans l’imaginaire commun de deux mondes distincts : la Ville Lumière et le reste de l’Ile de France. Les réalités sociales et politiques se rencontrent en images, au coeur d’un territoire monde, sous le ciel millénaire de Paris et ses alentours. La photographe Marion Poussier a choisi de dévoiler le visage d’une Aubervilliers invisible, de montrer surtout la façon dont les corps affirment un droit à s’approprier ces lieux. Comme cet homme sur la photo « On est là » qui se recroqueville avec lassitude autour d’un poteau. Maxence Rifflet, quant à lui, plonge dans les réalités fiévreuses de la Seine Saint-Denis. Il crée un portrait inédit de la métropole à travers les gestes de ceux qui la nettoient et qui sont chargés de faire disparaitre les traces laissées par tous les autres. On suit également, avec  l’artiste émergent Karim Kal,  la ligne D du RER, de Grigny à Corbeil-Essonne. On arrive sur ce sentier de traverse, aussi familier qu’inquiétant, qui nous fait entrevoir la tension entre l’espace urbain et ses marges … 

Visuel : © affiche officielle dossier de presse 

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Jane Sebbar

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