Politique culturelle

Rencontre avec Lorenzo Malaguerra,  directeur du Théâtre Crochetan

Rencontre avec Lorenzo Malaguerra, directeur du Théâtre Crochetan

25 juin 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Lorenzo Malaguerra dirige le Théâtre Crochetan, le Théâtre de la ville de Monthey (Valais), nous lui avons demandé de nous parler de ses projets qui l’amèneront jusqu’au Japon

Depuis 6 ans, vous dansez un pas de deux avec Jean Lambert Wild, comment vous êtes vous rencontrés ?
Nous nous sommes rencontrés au Festival d’Avignon en 2010 grâce à une amie commune. Je connaissais le travail de Jean Lambert-wild pour avoir vu Orgia, de Pasolini, qu’il avait créé au Théâtre de la Colline. Pour ma part, je débutais ma vie de directeur de théâtre et j’avais soif d’ailleurs, de sortir du cocon helvète pour partir vers le grand large. Nous devions nous voir pour un café rapide et notre rencontre s’est prolongée toute l’après-midi. Il est ensuite venu me voir en Suisse et c’est à partir de là que nous avons décidé de travailler ensemble. Jean est devenu un ami, immédiatement, et un compagnon de travail extrêmement proche.

Qu’est-ce qui fonctionne dans votre dialogue ?
Nous n’avons pas les mêmes qualités ni sans doute les mêmes défauts. Le fait est que nous sommes très complémentaires dans notre façon de travailler. Lui a un sens de l’espace exceptionnel, moi je m’intéresse davantage aux acteurs. Il a une capacité créative étonnante, moi je parviens à y mettre de l’ordre tout en appuyant et encourageant sa folie. Et puis nous fonctionnons aussi en prenant le relais l’un de l’autre en répétition, chacun pouvant alors prendre de la distance et reprendre des forces. C’est très agréable d’être à deux pour travailler, en dialogue constant, à la recherche de solutions à nos problèmes. Notre dialogue fonctionne aussi parce que nous partageons un même amour de la scène comme un lieu de toutes les extravagances poétiques.

Votre prochain spectacle se nomme Frida Jambe de Bois, de quoi s’agit-il ? Jean-Lambert y jouera quel rôle ? Dans sa forme, pouvez-vous me dire quelle est la grande direction prise ?
Frida, jambe de bois est un spectacle sur Frida Kahlo, comme son nom l’indique. Ce projet est porté par la Compagnie suisse de l’Ovale, composée de musiciens et de chanteurs totalement déjantés. J’ai travaillé avec eux sur différents projets à la frontière du cabaret, du théâtre et du spectacle musical. Le compositeur et chanteur Pascal Rinaldi, un des animateurs de l’Ovale, est épris de Frida Kahlo et voulait réaliser ce spectacle depuis de nombreuses années. Notre projet est de parler de l’obsession, voire de l’envahissement de la figure de Frida Kahlo partout sur les scènes de théâtre, sur la mode, sur les objets du quotidien, sur les poupées pour les enfants. Sur scène, nous aurons donc cinq Frida, jouées tant par des femmes que par des hommes qui vont chacun raconter Frida Kahlo, leur Frida Kahlo, tout cela dans une ambiance de salle des fêtes de village surréaliste et très décalée. Au milieu de ces Frida évoluera la Mort, personnage interprété par Jean Lambert-wild, dans un pyjama-robe de clown, comme à son habitude. La Mort sera furieusement grotesque, cynique, festive, amoureuse peut-être de Frida et parfaitement iconoclaste. Nous espérons donc à la fois parler de l’immense artiste qu’était Frida Kahlo tout en déplaçant le propos de sa littéralité plutôt inintéressante pour le théâtre.

En parlant de direction, vous aller partir loin, après la Corée, le Japon, pour un tout public, racontez-moi
Nous avons la chance de travailler avec la troupe de Satoshi Miyagi, au SPAC (Shizuoka Performing Arts Center). Avec eux, nous nous lançons dans un spectacle tout public autour du monde des Yokaï, ces esprits, démons ou fantômes très présents dans le folklore japonais. Nous nous sommes inspirés de l’auteur de manga Shigeru Mizuki, très connu au Japon et récemment décédé, dont l’oeuvre est habitée par les esprits, renouant ainsi à la fois avec la tradition japonaise tout en se questionnant sur les rapports contemporains qui unissent l’homme et la nature. Les acteurs du SPAC ont une capacité d’invention extraordinaire, nous l’avons constaté en répétant avec eux une quinzaine de jours sur le spectacle.

Dans un second spectacle que vous allez créé au Japon, vous travaillez avec Miyagi, avez vous une tentation plus silencieuse ? Est-ce que le corps comme outil vous intéresse ?
(Il s’agit du même spectacle. Nous travaillons chez Miyagi, pas avec lui. Il nous accompagne dans la production). Notre méthode de travail avec les acteurs japonais est directement inspirée de celle de Satoshi Myiagi, c’est-à-dire que nous avons deux narrateurs qui décrivent toutes les actions pendant que les autres acteurs jouent sans parler. Notre spectacle sera donc en effet très physique mais je dirais que le théâtre que nous pratiquons avec Jean est toujours très physique, il l’est même de plus en plus car nous misons sur un engagement total des acteurs, parfois excessif comme peut l’être le clown de Jean qui donne en quelque sorte la tonalité du théâtre que nous pratiquons.

Programme 2017/2018

Crédit photo : ©Tristan Jeanne-Valès

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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