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Musée national de Norvège : montée sur le podium culturel européen

Musée national de Norvège : montée sur le podium culturel européen

17 juin 2022 | PAR Capucine De Montaudry

Samedi 11 juin 2022, le Musée national de Norvège a ouvert ses portes. Sa surface et l’ampleur de sa collection en font d’emblée l’un des plus grands musées du monde. Cet événement, dont l’importance nationale est mise en avant, signe en même temps l’entrée d’Oslo sur la scène culturelle internationale. 

Réunir en un même espace quatre musées différents, c’est le défi que s’est donné la mairie d’Oslo depuis près de vingt ans. Comme entité juridique, le Musée national de Norvège a vu le jour en 2003. Il est le résultat d’une fusion entre la Galerie nationale, le musée d’Art et de design, le musée d’Architecture et le musée d’Art contemporain. Son ampleur rivalise aujourd’hui avec le Louvre à Paris, le Riljskmuseum d’Amsterdam ou encore le musée Guggenheim à Bilbao. 

Un projet éclectique 

La collection rassemble donc plus de 400 000 œuvres d’art, d’architecture et de design. Elle représente un immense patrimoine national. S’y trouve par exemple une célèbre version du Cri d’Edvard Munch. Le musée est également ouvert sur le monde et la création : des tableaux de Matisse et Picasso côtoient une robe qu’a portée Kim Kardashian. De quoi surprendre… Le projet est en effet total et témoigne d’une volonté de dynamisme à travers la fonction première d’un musée, à savoir conserver des œuvres. D’emblée, les critiques soulignent cependant la sous-représentations des artistes femmes et autochtones. 

Dans cette collection, 6500 œuvres sont exposées, avec en plus des expositions temporaires. Elles se répartissent en trois étages. Le premier concerne l’art de l’Antiquité à nos jours ; le second est dédié à la création contemporaine ; enfin le dernier accueille les expositions. L’une des trois premières rend hommage aux racines du musée : « Scandinavian design and the USA » s’intéresse en effet aux échanges entre Scandinavie et USA pendant un siècle, pour se demander ce qu’est le design scandinave. 

Quand culture et environnement se croisent 

L’espace fait plus de 54 600 m2, pour plus de 13 000 m2 consacrés à la surface d’exposition. Le bâtiment, gris, lisse et sobre, résulte de huit ans de chantier et ne fait pas l’unanimité. Il est de fait comparé à une prison ou un hôpital pour son manque de fenêtres. Un pari audacieux ? Nous dirions plutôt cohérent. Le site officiel de voyage d’Oslo explique en effet que « le cahier des charges du projet met l’accent sur la dignité et la longévité de l’architecture plutôt que sur le sensationnel. Le musée est conçu comme un bâtiment aux lignes épurées, d’aspect solide, qui se fond respectueusement dans son environnement et les monuments existants, tels que l’Hôtel de Ville d’Oslo et la forteresse d’Akershus. » Conçu par Kleihues Schuwerk, il se trouve dans le quartier d’Aker Brygge, sur les rives de l’Oslofjord, l’un des plus beaux endroits de la ville. Les matériaux principaux sont le chêne, le bronze, le marbre, l’ardoise et le calcaire : ce sont des matières durables qui illustrent la volonté de réduire autant que se peut l’emprunte carbone du musée. 

Or la pensée écologique est très intime des politiques culturelles en Norvège, comme nulle part ailleurs. Pour les pouvoirs publics, l’art représente une « partie intégrante de notre patrimoine et de notre identité culturels et dans le cadre de la gestion globale de l’environnement et des ressources. » Ainsi, la gestion du patrimoine national relève des compétences du Ministère du Climat et de l’Environnement. Celui-ci fixe les grandes ligne de la politique culturelle. Il donne ensuite à chaque comté la responsabilité d’assurer l’entretien et la gestion des sites et monuments classés, dans une perspective durable qui prend en compte et respecte l’existence des communautés autochtones. Dans le cas du Musée national, le choix architectural de privilégier la longévité correspond parfaitement à ce croisement des enjeux. L’institution est donc emblématique des politiques norvégiennes. 

Intégrer le cercle des villes-monde…

Cependant, les intentions publiques dépassent le seul cadre national. En effet, le maire d’Oslo, Raymond Johansen, mène depuis deux décennies le projet de réaménagement « Fjord city« , en vue d’une réhabilitation culturelle de la ville. Si la puissance internationale de la Norvège repose en grande partie sur les hydrocarbures, le pays est culturellement éclipsé par la Suède et le Danemark.

C’est pourquoi la ville connaît depuis quinze ans d’importantes mutations urbaines et architecturales. L’année 2008 voit ainsi naître un nouvel opéra, puis la bibliothèque Deichman en 2020, le nouveau musée Munch en 2021 et enfin le Musée national. Avec ces nouvelles institutions, la Norvège espère rejoindre le cercle des métropoles culturelles européennes — même mondiales. Un tel projet est comparable à celui des Émirats Arabes Unis lorsque le Louvre Abu Dhabi a vu le jour. 

Tout en établissant des relations fortes avec la population 

En même temps, la toute nouvelle institution affirme son intention première d’établir un lien fort avec les Norvégiens. « Nous voulions en faire un lieu où des gens de toutes classes sociales se rencontrent. Un lieu où l’on peut venir étudier, assister à des concerts, participer à une réunion, ou encore boire un café et lire un livre », déclare en effet le directeur marketting Tord Krogtoft. Un lieu d’interaction et d’échanges donc, consacré à la population nationale. Les raisons sont idéologiques, mais aussi économiques. La construction du bâtiment, à hauteur de 600 millions d’euros, a été presque entièrement financée par l’État — donc les impôts des Norvégiens. Le musée se sent ainsi redevable envers un public à qui il déclare devoir son existence. 

D’après le site touristique Visitnorway, les pratiques culturelles des Norvégiens concernent principalement un patrimoine national. Ainsi, « les musées norvégiens les plus visités sont ceux qui présentent des œuvres d’art et d’artisanat propres à la culture et aux traditions norvégiennes, de l’ère Viking à Edvard Munch. »  Les deux autres expositions en cours correspondent à cette tradition. La première, « East of the Sun and West of the Moon », porte en effet sur les peintres Erik Werenskiold et Theodor Kittelsen, qui ont illustré des contes norvégiens au cours du XIXème siècle.  La seconde, « I call it art », est une interrogation sur ce qui est de l’art et ce qui ne l’est pas, la frontière entre les deux et les questions sociales que cela pose, comme l’identité, la démocratie, l’appartenance, la nationalité. Aussi le musée interroge ses visiteurs sur leur héritage et leur patrimoine. 

Vis-à-vis des publics, il s’agit également de créer présentation fluctuante des œuvres. Si leur matérialité est quelque chose de permanent, la manière dont on les perçoit évolue. En cela, le projet du musée est très dynamique. Un million de visiteurs par an est attendu — à titre de comparaison, le Louvre en 2021 en a accueilli 2,8 millions. Après un retard de deux ans dû à la pandémie, cette immense institution ouvre enfin ses portes : à visiter absolument quand vous vous rendrez à Oslo. 

Visuel : galerie nationale d’Oslo, à présent intégrée au Musée national de Norvège, CC © Bjørn Erik Pedreson. 

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Capucine De Montaudry

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