Musique

La Puissante Soirée WomenBeats

17 juin 2022 | PAR Pierre Pouj

Le Petit Bain était en ce 15 juin le théâtre d’une soirée à la présence scénique uniquement féminine. En effet, WomenBeats, programme d’accompagnement d’artistes en début de carrière, a investi les lieux le temps d’une soirée, pour promouvoir ses dernières lauréates ainsi que sa marraine.

Dans un contexte où, comme Frieda, l’une des artistes du soir, nous rappelait les chiffres, seulement 3% des artistes se produisant sur scène sont des femmes, des initiatives féministes tentant de renverser la vapeur voient petit à petit le jour. C’est le cas de WomenBeats, qui a été pensé pour mettre en avant d’autres artistes musiciennes. Dans un but d’accompagnement et de promotion, les lauréates, pour la plupart en début de carrière, sont repérées puis choisies lors d’un appel à candidatures où seul leur talent compte. Avec pour objectif de mixer les diverses sonorités, WomenBeats promeut une musique éclectique, où les influences et les éventuelles origines des candidates ont une place importante dans l’univers musical des prétendantes. Une fois choisie, la ou les gagnantes sont suivies, accompagnées et conseillées par différent.es professionnel.le.s de tous horizons, mentorées et accompagnées dans différentes échéances qu’une toute jeune artiste n’a pas forcément les moyens de traverser seule.

Sur la base de la bienveillance et du don de soi, ces femmes tentent à leur manière de renverser ce système encore bien trop patriarcal qu’est le monde de la musique. Hier soir, trois lauréates ainsi que la marraine du projet ont pu faire montre de leur talent sur la scène du Petit Bain.

Pour marquer le coup de cette première année, en plus d’avoir invité ses lauréates et sa marraine, WomenBeats a laissé le champ libre à Beats By Girlz, leur partenaire depuis les tous débuts, pour un DJ Set ensoleillé sur le rooftop du Petit Bain. Cette association propose des formations à la production musicale lors d’ateliers dédiés aux femmes et personnes non-binaires ; à la suite de ceux-ci, Beats By Girlz invite certain.es à s’essayer sur le devant de la scène. C’était hier soir le cas de l’artiste Faiza, qui a su, par son set aux tons orientaux, embellir un début de soirée déjà bien ensoleillé.

Instagram de Beats by Girlz     Instagram de Faiza

Pour ouvrir le bal de cette succession de showcases, décrite comme la Reine du désert, s’avance sur scène Morjane Ténéré, lauréate de l’hiver dernier (Ténéré voulant dire « désert » en touareg). Seule sur scène avec sa guitare, ses chansons se tournent vers la folk et le blues. Ce qui frappe surtout dans ce set intimiste, c’est la voix de l’artiste. Inattendue, profonde et puissante dans les graves, au ton et à la couleur si particulière dans les aiguës, cette voix plonge le public du Petit Bain dans un recueillement silencieux. Entrecoupée d’applaudissements de plus en plus nourris au fur et à mesure des chansons, la méditation contemplative de cette femme seule sur scène, s’ouvrant en anglais comme en espagnol sur ses questionnements existentiels, nous offre une pause bienvenue dans un début de soirée étouffant, canicule oblige. Calme, sobre, et pourtant très poignante, Morjane Ténéré aura captivé un public qu’on imagine ici impressionné par cette voix poétique venue du désert.

Soundcloud de Morjane Ténéré  Instagram de Morjane Ténéré

Changement de registre avec notre deuxième lauréate du soir. Niariu laisse tomber les guitares et la folk, et ramène sur scène son univers sombre, à la limite du spirituel. Surfant sur différentes mouvances, à l’orée entre le RnB, le trip-hop et l’Afro, on se perd dans les méandres de son set mêlant chant, danse et même performance scénique. Sur des sonorités plus graves, plus profondes, celle qu’on décrit comme Sirène du Futur chante l’amour et ses côtés sombres, le tout sur des instrus agrémentées de voix féeriques. Son univers fait la part belle à ses origines, celles du peuple Bayaka, avec l’usage fréquent d’harmonies vocales, donnant une touche mystique à un set rempli de passion. En anglais, Niariu a eu l’audace d’ouvrir son univers au Petit Bain, plus réceptif aux voyages inattendus qu’on ne pourrait l’imaginer, rendant la pareille à grand renfort d’acclamations et d’applaudissements dès que l’occasion se présentait.

Soundcloud de Niariu Instagram de Niariu

Puis vient la claque du soir, comme s’il n’y en avait eu qu’une. Mais celle-ci est sortie d’un autre univers. Anaïs Rosso a en tout cas fait des curieux.ses tant la fosse s’est remplie à une folle vitesse quelques minutes avant le début de son set.

Comme les deux précédentes, la voici seule sur scène (ou presque), avec une guitare et un pad. Et sa voix. Sa voix envoûtante, sa voix perforante, sa voix gigantesque et impressionnante, qu’elle n’hésite pas à modifier au gré de son set. On ne saurait dire comment ça a commencé, mais on s’est retrouvé.e.s embarqué.e.s dans un univers dont on n’aurait pu soupçonné la profondeur et la beauté. La Déesse aux milles facettes (dixit l’orga) plonge au plus profond de son passé et des épreuves qu’elle a pu traverser, et conte ses histoires. C’est ça qui est frappant, c’est que parfois elle ne fait que parler, invente, raconte, mais ouvre devant nous un monde inattendu, parfois bercé de nappes électroniques, de sa guitare, et épisodiquement accompagné d’un saxophoniste. Indescriptible, et pourtant si facile à cerner, cet univers, cette présence scénique, pour une femme qui ne cache pas les angoisses qui l’ont traversées avant de monter sur scène, tout ce mélange donne une claque.

Ovationnée, et le mot est faible, par un Petit Bain transporté, Anaïs Rosso ne pourra pas retenir ses larmes, finissant son set par un discours de remerciement improvisé et ces quelques mots qui résument assez facilement la soirée : « Vive la République, et vive les femmes ».

Et vive Anaïs Rosso !

Soundcloud d’Anaïs Rosso Instagram d’Anaïs Rosso

Pour finir et sublimer cette soirée, Frieda, la marraine de l’association, a apporté dans ses valises sa présence scénique folle et son talent. Prêtresse neo-soul, encore une fois les mots de l’organisation, dont la voix parfaitement sublimée par des instrus tantôt mélancoliques, tantôt ensoleillées emporte le Petit Bain dans un cocktail d’émotions intenses. Avec son discours plus qu’engagé, l’empowerment qu’elle porte à bras le corps se retrouve dans chacune de ses interventions, s’ouvrant sur la place des femmes dans le monde de la musique, ou sur le fait de s’aimer soi. S’accompagnant parfois au piano, ou portée par des instrus aux sonorités Soul, Pop, RnB, ses chansons résument et clament ses engagements et sa façon de voir le monde. Tout au long de la soirée, ses échanges avec le public, tantôt pour converser sur ses sujets de prédilection, tant pour utiliser la fosse comme une chorale de choix, créer un lien étroit qui perdurera bien après la fin du concert. WomenBeats a ici une marraine de choix, on comprend aisément pourquoi les trois lauréates présentées précédemment ont réussi à sublimer leur talent.

Instagram de Frieda

 

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Crédit Photo : Affiche de WomentBeats #6

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