Politique culturelle
Les fondations de la « Refondation de l’école » posées

Les fondations de la « Refondation de l’école » posées

22 juillet 2013 | PAR Franck Jacquet

Le 9 juillet dernier, le Journal officiel a publié un premier pan législatif de la Refondation de l’école souhaitée par le Ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon. Elle acte essentiellement la stratégie portée depuis l’élection de 2012, valide les orientations déjà mises en œuvre mais ne donne pas beaucoup de réponses sur des points aussi cruciaux que la revalorisation des métiers de l’enseignement ou la numérisation. Les fondations sont donc posées pour un chantier dont la durée ne peut se concevoir que sur deux mandatures au moins…

L’étape législative
La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République a été validée successivement en commissions parlementaires et par le Gouvernement. Elle entre donc en vigueur et valide les décisions de l’année écoulée. L’embauche de nouveaux enseignants a en effet débuté dès la rentrée 2012 avec l’annonce d’un plan de recrutement de 40.000 postes. De même, l’enseignement de la morale républicaine depuis la primaire jusqu’à la fin du lycée avait déjà été l’objet d’une vive polémique au printemps. Étonnamment, l’objectif de relancer l’accueil scolaire des enfants dès avant trois ans avait été peu mis en lumière. Lui aussi présent dans le programme présidentiel et ministériel, il a été confirmé. La loi crée surtout des soubassements juridiques clairs pour favoriser le financement et l’encadrement des activités périscolaires, à savoir les temps de prise en charge des élèves dans la demi-journée problématique de cette semaine de 4,5 jours tant débattue. Les syndicats, conscients qu’ils ne pouvaient pleinement contester cette mesure, ont d’ailleurs peu réagi sur ce point depuis le début du mois. Dernière mesure symbole, la confirmation d’une langue étrangère obligatoire en primaire, ce qui existait déjà bien souvent. C’est donc une confirmation pleine et entière des orientations de Vincent Peillon à laquelle on assiste.

Refonder une énième fois l’école républicaine
Le Ministre sort donc renforcé au moment où sa collègue de l’enseignement supérieur, Mme Fioraso, encaisse les coups sur le renforcement des enseignements en anglais à l’Université. C’est aussi une confirmation de plusieurs engagements de F. Hollande qui en a bien besoin au moment où les sondages de popularité indiquent un nouveau décrochage. Le projet socialiste sur l’éducation apparaît désormais comme l’un des seuls points d’avancées cohérentes mises en œuvre sur la dernière législature, bien plus que la loi sur l’encadrement du système bancaire très décriée cette semaine. Le volontarisme du médiatique ministre aurait pu en effet faire douter : « refonder du sol au plafond » selon ses termes le mammouth qui est venu à bout de plusieurs de ses prédécesseurs. S’il affirmait développer une stratégie ne passant pas uniquement par la validation législative, sans doute de peur que celle-ci ne devienne le terrain d’une guerre de tranchée, il devait tout de même faire accepter ces orientations. C’est chose faite et il peut désormais en grande partie décliner les grands axes de cette refondation : redonner la priorité à l’école primaire, réinvestir dans les moyens humains du ministère, évolution des programmes d’enseignement. Selon l’entourage du ministre, Vincent Peillon se rêve déjà en nouveau Ferry !

Des avancées et des zones d’ombre
Pour autant le texte laisse de nombreux points en suspens. Le recrutement des professeurs se fait essentiellement au bénéfice du secteur public, l’enseignement privé l’a mis en garde ces derniers jours. Indubitablement, l’axe visant à favoriser la réussite au second degré est nébuleux : le rééquilibrage entre filières générales et technologique et la favorisation de l’enseignement professionnel sont des serpents de mer des politiques de l’éducation en France depuis trois décennies. De même, la revalorisation des métiers de l’enseignement n’a pas encore fait mouche : cette année, de nombreux postes des concours n’ont pas été pourvus, particulièrement dans les matières scientifiques. Dans un contexte de rigueur ne disant pas son nom, on voit mal comment jouer sur le plan salarial, pourtant très attendu. Même point faible sur la numérisation de l’enseignement et la réforme des méthodes : par quels moyens investir massivement ? Et on passe ces derniers jours sous silence la formation des enseignants, en pleine résurrection après l’ère Chatel, l’orientation scolaire ou les contenus de ces nouveaux programmes de morale républicaine alors que les nouvelles options d’histoire de l’art ou du droit n’ont pas encore fait leurs preuves.

C’est donc un texte clé qui entre en application mais un texte de validation d’orientations déjà décidées. Il confirme de grandes orientations, des fondations nécessaires, mais ne montre pas comment le reste de la maison Education sera édifiée. Il élude des points clés comme la place de la culture dans les enseignements de tronc commun, le financement de la numérisation et la difficile mise en œuvre d’une filière professionnelle attractive.

Légende visuel : Publicité lancée à l’occasion du plan de recrutement de l’Education nationale, 2012-2013.

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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