Politique culturelle
La grève des vacataires précaires de la BPI

La grève des vacataires précaires de la BPI

10 septembre 2020 | PAR Loïs Rekiba

La rédaction de Toute La culture fait le point sur le communiqué de presse émis cette semaine par les vacataires de la Bibliothèque du Centre Pompidou .

« Nous sommes Millie, Denis, Maxime, Silvia, les vacataires précaires de la BPI »

Le communiqué de presse débute en nommant les quatre personnes à l’initiative du projet de grève de la bibliothèque, ainsi qu’en rappelant l’importance cruciale de la fonction des vacataires dans le bon fonctionnement de cette partie du centre culturel parisien : « Nous nous appelons Millie, Denis, Maxime, Silvia, nous vous accueillons, nous rangeons vos livres, nous nettoyons, nous faisons le maximum pour vous aider dans vos recherches… Nous sommes ici pour 6 mois, payé.e.s 600 euros, si nous sommes malades nous ne pouvons pas nous arrêter et finalement nous sommes remercié.e.s. Nous n’avons pas le droit de re-candidater avant deux ans. »

Les quatre représentants des vacataires du lieu insistent ensuite sur le contexte les poussant à faire valoir leurs revendications par le mouvement de grève. Ils soulignent qu’ils ont « assuré avec les titulaires la réouverture de l’établissement dans un contexte sanitaire incertain ». Ils critiquent également le « manque de communication » de la part de l’institution du Centre Pompidou ainsi que « l’absence d’un protocole Covid en cas de suspicion de contamination d’un vacataire ». C’est donc bien « la précarité extrême » de leurs contrats, qui a pris « un nouveau relief dans cette période de crise ».

Des revendications s’ancrant dans un contexte particulier

La gravité de la situation sanitaire mêlée à l’extreme précarité des contrats ont même forcé certains membres de l’équipe à ne pas se soumettre à un test détecteur de Covid, voire à démissionner. Un membre de l’équipe des vacataires de la bibliothèque a quant à lui été touché par le virus, sans que même ses collègues n’en aient été informés.

Une première entrevue négative avec la direction

Le 26 juillet est la date marquant le début de la remontée de revendications « urgentes » auprès de la direction de l’établissement. Parmi ces revendications, on trouve l’obtention des contrats de 12 mois « renouvelables et ouvrant des droits aux allocations chômage ». S’ensuit logiquement la demande de la revalorisation des salaires « du fait de la pénibilité de certaines tâches, et du niveau d’études exigé ». Puis la mise en place d’un protocole Covid qui permettrait aux membres de l’équipe de vacataires de pouvoir s’absenter -le temps de passer un test ou de subir une quarantaine- sans connaître une perte significative de salaire.

La directrice de la BPI, Christine Carrier, n’est apparemment pas restée sans réponse puisque, 3 semaines plus tard, à la date du 27 août, les représentants des vacataires l’ont rencontrée. Bien que, pendant l’été, tous ont pu obtenir une prolongation de leur contrat pour plusieurs semaines, dans le but d’ « assurer le bon fonctionnement de la réouverture de la bibliothèque ». Dans leur communiqué, les vacataires expliquent que, durant l’entrevue, la directrice leur a opposé « une fin de non-recevoir », et plus précisément un non à l’ensemble de leurs revendications. Le motif de la direction est celui de la promotion de la « philosophie contractuelle de l’établissement ». Une philosophie d’embauche « qui se fonde sur la flexibilité, le turn-over permanent et la grande disponibilité du personnel ».

Le communiqué nous informe en outre sur la mise en place – « menée avec une grande difficulté » et « à grands renforts de messages sur panneaux lumineux » postés dans l’enceinte même de la bibliothèque- d’une campagne de recrutement, entre la date du 26 marquant la remontée des revendications auprès de la direction, et la date du 27 durant laquelle la directrice de la BPI a accueilli les représentants de l’équipe des vacataires.

Ensuite nous apprenons que, suite à une Assemblée Générale ayant lieu à la date du 1 septembre à l’intersyndicale de la BPI, a été voté « à l’unanimité » le principe d’une grève, et qu’un préavis a été déposé dès le 10.

« Une direction plus conciliante », pour une deuxième tentative de dialogue

Le 7 septembre, la direction de la BPI recevait à nouveau « une délégation syndicale accompagnée de délégués vacataires ». Le communiqué insiste sur le caractère dès lors plus conciliant de la direction, ayant débouché sur toute une série de propositions qui restent malheureusement « insuffisantes » aux yeux des vacataires de la bibliothèque.

Parmi les propositions, on compte des contrats de 9 mois qui, eux, sont « non renouvelables » et « ne permettent pas à eux seuls l’accès futur au chômage ». La revalorisation des salaires pour 2021 a été proposée sans pour autant, selon le communiqué, préciser si elle pourrait ou non s’appuyer sur un décret ministériel, et sans la précision du moindre montant. La direction a également proposé des « mesures locales soumises à de strictes conditions » . Elles viennent garantir le reversement d’un salaire aux vacataires en cas de suspicion de COVID ou en cas d’isolement nécessaire pour protéger le reste de l’équipe et les proches, mais restent relativement floues quant aux profils des personnes qui pourront en bénéficier.

La BPI, « un lieu emblématique »

Enfin, les vacataires précaires de la BPI ancrent leurs revendications dans leur propre vision de ce qu’est, pour eux, la Bibliothèque Publique d’Information : un « lieu emblématique » s’appuyant sur des principes tels que « la gratuité d’accès », « le cosmopolitisme » ou encore « la promotion de la culture pour tou-te-s » et « l’ouverture à un public très varié (des étudiant-e-s aux chômeurs, sans-papiers, sans-abri et personnes en situation de vulnérabilité, handicapé-e-s) ».

« Une grève reconductible à partir du jeudi 10 septembre 2020 »

Avec le soutien de bon nombre de leurs collègues titulaires, les vacataires de la BPI déclarent donc « une grève reconductible à partir du jeudi 10 septembre 2020 ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Visuel :©LPbib

 

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