Fictions
« Les Émotions », le dernier roman de Jean-Philippe Toussaint nous laisse de marbre

« Les Émotions », le dernier roman de Jean-Philippe Toussaint nous laisse de marbre

10 septembre 2020 | PAR Chloé Hubert

Les Émotions, deuxième tome du nouveau cycle romanesque de Jean-Philippe Toussaint aux Editions de Minuit poursuit les aventures – intérieures cette fois – de son héros, l’eurocrate Jean Detrez. Un récit des émotions que traverse le héros, à propos de la mort de son père et de ses rencontres amoureuses, qui nous laisse de marbre. 

Dans La Clé USB (voir notre critique), il était déjà question de Jean Detrez, commissaire européen spécialiste de prospective approché par des lobbyistes, qui se retrouvait en possession d’une clé USB dans laquelle se trouvait des documents compromettant. Il s’envolait alors pour la Chine afin de mener une enquête haletante. Après ce qui s’apparentait à un roman d’espionnage, « le moment est donc venu de dire un mot de la vie privée de Jean Detrez » selon les mots de l’éditeur. C’est ce que s’emploie donc à faire Les Émotions avec un titre évocateur.

Il est principalement sujet des émotions de son personnage face à la mort de son père et à ses rencontres amoureuses, évoquées plus ou moins conjointement dans des souvenirs. Y sont alors décrites des scènes familiales comme celle où le père, commissaire européen lui-même accompagné du fils, futur commissaire européen, vont visiter le chantier du Berlaymont, siège de la commission européenne, en cours de construction par le frère architecte. Les scènes de rencontres amoureuses sont aussi contées, comme celle qui commence au bar d’une soirée mondaine sur une discussion autour du Malbec et qui se fini dans une baignoire en pleine nuit. Un univers assez éloigné, donc, du commun des mortels, que Jean-Philippe Toussaint nous livre sérieusement, sans le second degrés ni l’ironie de ses débuts. Ce narrateur dans son costume de commissaire est bien notre héros et nous voilà un peu embarrassé lorsqu’on réalise que ce sera un roman ni drôle ni vraiment émouvant.

Portée par une écriture toujours irréprochable, on glisse sur ce récit comme sur une surface lisse, lustrée et parfaitement propre, si bien qu’on peut y apercevoir notre reflet légèrement ennuyé. Une sensation de gris, voilà ce qui se dégage du roman. Un beau gris, certes, métallisé, moderne, un peu chic, mais qui nous laisse de marbre. Peut être est-ce le thème ? Difficile et audacieux de mettre l’Union Européenne en toile de fond. Peut être est-ce le personnage ? On ne sait trop que faire de cet eurocrate prudent en costume, spécialiste de la prospective, avec qui l’auteur est un peu trop clément. Peut être est-ce le ton ? Si l’écriture est toujours aussi juste et quelques petites fulgurances parcourent le récit, celui-ci est dans son ensemble un peu plat. C’est très bien fait, mais il manque quelque chose. 

En fait, on est tiraillé entre l’impression que l’auteur, qui sait parfaitement écrire, le fait ici de manière mécanique, et l’envie de croire que c’est à l’inverse une tentative de dévoilement pudique de sa part qui s’incarne, malheureusement, dans un narrateur qui nous indiffère. 

 

Jean-Philippe Toussaint, Les Émotions, Les Editions de minuit, 240 p. 18,50€, sortie le 10 septembre 2020

Visuel: ©Couverture officielle

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