Politique culturelle
Keynote du MaMa festival : Chris Wright, fondateur de Chrysalis records

Keynote du MaMa festival : Chris Wright, fondateur de Chrysalis records

13 octobre 2016 | PAR Antoine Couder

Procol Harum, Ten years after et puis Blondie, Ramones, Billy Idols… autant d’artistes du label anglais Chrysalis records qui, dès 1969, prenait part à la mise en orbite de ce qu’il faut bien appeler l’industrie du rock’n roll. Son héros, Chris Wright, 72 ans, était l’invité du Mama’s festival pour une séquence nostalgie.

Cheveux gris, pull violet, basket et petite bedaine, Chris nous réexplique toute l’histoire. Au départ, il y a le blues anglais où dominent notamment le Fleetwood Mac et John Mayal. Une musique entre rock et blues qui impressionne suffisamment les Américains pour que les radios de l’époque nomme « rock anglais » les 45 tours des Blancs qu’ils opposent à ceux des Noirs qu’ils baptisent« soul music » L’histoire dira plus tard que cette segmentation vient essentiellement de réflexes ségrégationnistes qui tente d’endiguer la progression du mouvement des droits civiques de la fin des années 60 (et y parviendront en grande partie au grand désespoir d’un Dylan qui racontera bien plus tard au magazine AARP que pour les musiciens de son âge, tout cela n’avait aucun sens à l’époque… et pourtant, il n’était pas encore prix Nobel).
A l’époque, Chris a 23 ans et, forcément il voit un peu ça de loin. Ce qu’il constate de prime abord, c’est que le management de la musique, à la fin des années 60, ressemble beaucoup à celui des années 50. Y dominent le racket et les dessous-de-table que se partage une nuée de petits délinquants que l’on croise également dans ces casinos où les Franck Sinatra et Dean Martin font les 400 coups. Normal que Chrysalide n’ait pas un rond. Et pour avancer il faut un peu suivre les méthodes du milieu, et faire de la trésorerie sur celui qui reste en bout de chaîne : organisateurs de concerts, agents isolés voire assurance médicale avec les avances de laquelle Chris finance une tournée de Jethro Tull en 1969.

A force d’astuces, de bricolage et de choix artistiques solides (Ten years after notamment), Chrysalis s’installe aux USA et devient un bon petit label des années 70 en suivant une sorte de fil rouge underground qui va l’emmener un peu par hasard jusqu’à la New wave. Le label a appris à mieux marketer ses artistes et pense tenir quelques belles machines à cash avec Blondie et Billy Idol. Le succès, en effet, est foudroyant, mais il est de courte durée. Les années 80 et la scène post-punk en particulier sont dévorées par la drogue qui se révèle une parfaite machine à détruire les carrières. D’autres sources affirment que c’est plutôt le management et les maisons de disques qui sont finalement responsables de tout ça, parce qu’elles gavaient les artistes de cocaïne pour leurs permettre d’enchainer les tournées (voir notamment « Please kill me », Gillian McCain et Legs McNeil, éditions Allia). Sur ce point, Chris ne rentre pas dans les détails.Dommage.

A la fin des années 80, Chrysalis s’interroge sur l’opportunité de rentrer en Angleterre. Les associés se brouillent et Chris ne peut que constater que le marché a changé. La production est devenue bien trop chère pour un petit label dans un monde où, de plus en plus, le rock s’est institutionnalisé. Ainsi, ce n’est plus la mafia qui montre les crocs mais les banquiers qui cherchent à prendre les manettes. Ceux-ci se grattent la tête quelques années avant de finir par trouver : ce sont les droits d’éditions qui vont devenir la poule au œufs d’or de l’industrie. Les fonds de pension commencent à racheter les catalogues tandis qu’en 1991 Chrysalis fusionne avec EMI en pensant trouver un nouveau souffle financier et créatif. Mais c’est le contraire qui se produit, les qualités spécifiques de chaque équipes se trouvant noyés dans un ensemble de procédures normatives inefficaces. Chris s’éloigne et fait carrément ce qu’il appelle de « la radio commerciale», de la télé, un peu de consulting. Il est devenu un homme d’affaires comme les autres. Mais bon, ce n’est pas une raison de ne pas s’en faire un petit dernier pour la route…

Antoine Couder

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

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