Politique culturelle

[Interview] Hala Moughanie, prix RFI Théâtre 2015 « pour moi la guerre c’était une espèce de grand feu d’artifice »

[Interview] Hala Moughanie, prix RFI Théâtre 2015 « pour moi la guerre c’était une espèce de grand feu d’artifice »

16 juillet 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A l’occasion du cycle de lectures Ca va ça va le monde ! organisé par le Festival d’Avignon et la compagnie e(utopia) avec le soutien de la SACD, l’auteure libanaise Hala Moughanie vient de recevoir le deuxième prix RFI Théâtre 2015. L’occasion pour nous de la rencontrer, en plein deuil national, dans le jardin suspendu de la rue de Mons. Cette interview s’inscrit dans le cadre du dossier Résistance que la rédaction a mis en place en novembre 2015. Ce dossier est constitué d’entretiens réalisés avec des artistes qui créent en zone de guerre. L’idée est de comprendre comment continuer à faire un acte artistique est non seulement possible mais nécessaire.

Vous êtes en zone de guerre dans le sud de la France, la guerre vous rattrape, vous avez l’impression qu’elle vous poursuit? 

Je suis dans le sud de la France. Elle ne me suit pas personnellement, elle s’installe un petit peu partout. En fait depuis hier je suis en train de me dire que j’ai étudié en France, que  j’ai été abreuvée à l’idée de l’universalité des droits et des libertés. Et là tout d’un coup; je me dis qu’on est en train d’universaliser le sang et la souffrance…  je trouve ça assez terrible.

Vous avez grandi au Liban?

Oui, j’ai grandi au Liban. J’y ai vécu jusqu’en 1990, moment auquel je suis venue en France. Je suis rentrée au Liban en 2003.

Est-ce que tous vos textes, toutes vos oeuvres, parlent de la guerre? 

Il y a toujours ça en toile de fond en fait. Parce que nous vivons la guerre. Soit parce qu’il y a des événements guerriers ou des événements de guerres qui sont là : attentats, explosions, conflits. Soit parce qu’on traîne avec nous les résultats de ce que la guerre a fait. Et parce qu’on a pas vraiment effectué un travail de paix.

A partir de quand vous avez commencé à créer autour de ça? Comment ça s’est passé?  Est ce que c’est une sublimation?

J’ai grandi dedans. Et quand j’étais toute jeune pour moi la guerre c’était une espèce de grand feu d’artifice, c’était un jeu. Et puis je n’avais connu que ça. Donc pour moi c’était évident que c’était un peu mon élément naturel. Même si j’ai vécu par la suite en France, vous héritez finalement de cette guerre, elle est dans votre bagage génétique, elle est dans votre un bagage culturel. On ne peut pas s’en défaire comme ça.

A partir de 2001, 2002, 2003, toute la région du Moyen Orient à laquelle j’avais commencé à m’intéresser a flambé, avec notamment la guerre en Irak. Et je suis rentrée en 2003 à Beyrouth, où la guerre c’est le quotidien. Si vous aviez une guerre continue en Allemagne, forcement vous vous sentiriez touchés. Je suis à Beyrouth et il y a des guerres à Beyrouth, des conflits à Beyrouth, des attentats ou des événements très violents. Ou alors dans notre voisinage direct, que ce soit en Palestine, que ce soit en Syrie ou en Irak. On est dans des conflits continus.

Est-ce que c’est pour cela que vous avez quitté votre pays, que vous êtes venue vous installer en France ?

Pas du tout. J’ai vécu en France de 1990 a 2003 puisque mes parents sont venus s’y installer. Puis en 2003 j’ai décidé de rentrer seule à Beyrouth en et j’y vis encore aujourd’hui. Je reste là-bas car je pense qu’il y a des choses a faire de là-bas.

Comment ça se passe la création à Beyrouth? Celle qui vous concerne littéraire et théâtrale? Est ce qu’il y a de la richesse? Est ce qu’il y a de la peur? Est ce que vous êtes libre de créer ?

Oui a Beyrouth nous sommes libres de dire de faire ce que vous voulez. Apres, si vous êtes médiatisés vous pouvez avoir des problèmes avec la sûreté générale ou avec la censure. Mais comme pour l’instant ce n’est pas mon cas on me laisse tranquille. Donc théoriquement vous avez énormément de liberté. Et finalement avec les médias actuels, les moyens de com même si la censure essaie d’exercer son pouvoir indirectement elle fait parler de vous et de votre travail. Donc indirectement on espère que la censure nous épingle car Facebook, les médias,internet, Youtube, démultiplient l’intérêt qu’on peut avoir de notre travail.

Visuel : Capture d’écran RFI.fr

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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