Politique culturelle
Festival d’Avignon 2020 : pour Olivier Py, « nous faisons exactement tout pour qu’il y ait une 74e édition »

Festival d’Avignon 2020 : pour Olivier Py, « nous faisons exactement tout pour qu’il y ait une 74e édition »

08 avril 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Presque comme si de rien n’était, le directeur du Festival d’Avignon a tenu la rituelle conférence de presse d’annonce du programme de la 74e édition dans un contexte fou. Les annulations tombent comme des mouches, hier c’était le Printemps des comédiens, aujourd’hui c’est June Events. Retour vers un futur hypothétique sur un programme exigeant qui, s’il a lieu, verra Dimitris Papaioannou ouvrir dans la Cour d’Honneur.

Des questions très pratiques

C’est donc seulement en ligne que la présentation a eu lieu, suivie, à 14h00 pile, sur Facebook, par 744 personnes – avec un pic de 16.000 au cœur de la réunion – devant un écran dont le message indiquait « vidéo en ligne dans quelques minutes ». Oliver Py y apparaît en tee-shirt. Il souligne qu’il n’est pas omniscient et qu’ils respecteront ce que les autorités sanitaires leur demanderont de faire. Le directeur rappelle que les équipes du festival travaillent toutes, actuellement, à distance. D’entrée, la question des cadres est posée. Si Py affirme « nous faisons exactement tout pour qu’il y ait une 74e édition », il souffle l’idée que, à la fois les dates, et le programme pourraient être modifiés.

Rappelons que le montage de la Cour d’honneur se déroule habituellement dès le mois d’avril et se réalise de nuit pour les travaux avec une grue. Actuellement, le Festival travaille avec Avignon Tourisme pour décaler le montage et travailler autrement (peut-être de jour avec une autre circulation des touristes…). L’équipe du Festival d’Avignon nous informe par mail : « Nous allons aussi prendre contact avec les proviseurs des lycées et principaux des collèges suite aux dernières informations concernant l’annulation des épreuves et la poursuite des cours jusqu’au 4 juillet, mais cela ne devrait pas avoir un impact trop important sur l’activité dans ces lieux. »

Olivier Py annonce qu’il faudra faire un autre point début mai. Et là toutes les hypothèses sont ouvertes : « C’est une hypothèse de repousser les dates, déborder sur le mois d’août, c’est difficile ». Il ajoute : » J’ai joué des soirs de deuil, j’ai joué des soirs de fatigue extrême…. j’ai toujours pensé qu’il fallait que le rideau se lève, rien n’est plus sacré que ce geste-là, rien si ce n’est que la vie elle-même ».

Cependant deux questions n’ont pas été évoquées pendant la conférence de presse ; elles sont pourtant essentielles : que se passe-t-il pour les compagnies étrangères ? Et pour les répétitions ? Pour que le festival ait lieu, quand les compagnies devraient-elles commencer à travailler ? Avignon reste un festival sinon international, du moins européen, et l’on se demande aujourd’hui comment Dimitris Papaioannou pourra quitter la Grèce, pour la France, à temps. En clôture de la conférence, quelques chiffres sont cités, auréolés de cette phrase comme une sentence : « Nous avons rêvé à une 74e édition qui rassemblerait plus de 80% de créations  et plus de 65% d’artistes internationaux ».

Un programme tourné vers Eros et Thanatos

Deux dieux donc, dans cette actualité folle. Le programme pose la question de l’inconscient. « Le fait théâtral ce n’est pas être derrière un écran ; il s’agit de chercher en nous ce qu’il a de plus humain. » Alors, pour questionner nos passions, Olivier Py offre un programme aux allures parfaites. Et à l’heure où l’on ne sait pas si le Festival aura lieu, nous sommes tristes de constater que cette 74e édition est sur le papier, et de loin, la plus exigeante et la plus contemporaine que Py ait jamais pensé depuis les débuts de sa direction. Nous retrouvons un best of fou. 

Au programme donc, le Freud d’Ivo Van Hove, une nouvelle création de Dimitris Papaioannou, Lisbeth Gruwetz, un travail sur Debussy, le grand retour d’Angelica Liddell qui s’attaque au troisième volet d’Histoire(s) du théâtre, Israel Galván et Niño de Elche avec Millizo Doble. Hofesh Shechter avec Double murder. Kaori Ito, Jan Martens et Emma Dante sont également programmés. Du côté de Vive le sujet ! La programmation de la SACD est comme toujours alléchante et pointue : Nach, Johanny Bert, Loïc Touzé

Du côté du théâtre, une relecture des classiques est prévue. Une Andromaque de Gwenaël Morin, Oskaras Korsunivas s’attaque à Othello, tout comme Olivier Py et Enzo Verdet qui prévoient un Othello astrologue. Dans la cour d’honneur, le second spectacle sera celui de Jean Bellorini, le jeu des ombres.

Pour le moment, les dates du Festival sont : du 3 au 23 juillet, avec une ouverture de la billetterie le 8 juin.

Toute la programmation est en ligne ici

Visuel : A la Une ©ABN

En galerie : Yan Pei-Ming, Tigres et vautours (détail), 2015, huile sur toile, 250 x 300 cm, photographie Clérin-Morin © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2020 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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